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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 13:34

« BetiZ » : copie à revoir


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Malgré la conviction de son interprète, Christel Kern, cette improbable histoire d’une fille de bonne sœur devenant chanteuse à succès ne décolle pas.

betiz-615

« BetiZ » | D.R.

On se demande où Christel Kern et Delphine Gustau sont allées chercher cette histoire : une petite fille dont la mère est bonne sœur grandit dans un couvent et aspire à la gloire. Ses dix-huit ans révolus, elle monte à Paris et, de fil en aiguille, connaît le succès tant espéré. Revêtant alors une gravité tout à fait inattendue vu la teneur plutôt légère du propos jusque-là, l’histoire montre alors l’héroïne confrontée aux affres de la célébrité. Célébrité qu’elle « vend » littéralement à une habitante du nord de la France, avant de rentrer à son tour dans les ordres.

Christel Kern, coauteur et interprète principale, met une conviction certaine dans sa composition, que ce soit dans les moments chantés ou les intermèdes parlés. Sur des musiques qui swinguent plutôt bien, créées par Matthieu Michard, son complice au piano, elle fait preuve de qualités d’interprète. Mais quel dommage qu’elle ne soit pas mieux servie par l’écriture et la mise en scène !

Côté écriture, l’histoire de BetiZ est ponctuée de pseudo-interviews réalisées par deux journalistes, l’un d’une radio pour les jeunes, l’autre de France Culture. Bonjour les clichés sur les jeunes (bien sûr associés au rap) et France Culture, évidemment snob ! Pas très recherché et un poil racoleur. Ces passages très artificiels alourdissent une écriture qui manque déjà de rythme et s’appuie trop souvent sur des gags ou allusions lourds. Ainsi, BetiZ, arrivée à Paris en compagnie de son petit chat, entend en songe les dix commandements donnés par son « papa Dieu » (eh oui, puisque sa mère est nonne) : « De ta chatte, tu t’occuperas ! ». La messe est dite.

Pour mettre mieux en forme la matière musicale qui pourrait être l’atout maître de la comédienne-chanteuse, il faudrait aussi une mise en scène beaucoup plus dynamique, qui crée un véritable mouvement sur le plateau, et qui mettrait mieux en valeur les musiciens. On voit bien, par exemple, que Matthieu Michard en a certainement pas mal sous la pédale, à la fois côté musique et côté comédie. Et cela éviterait aussi les changements de costumes interminables, comme lorsque, à la fin, BetiZ revêt un habit de nonne.

Bref, on sent la volonté de faire un spectacle décapant et enlevé, mais le résultat est plutôt plat et maladroit. Et pourquoi diable adopter un ton si sérieux, totalement inapproprié ici – on ne croit pas une seule seconde à cette histoire de célébrité mal vécue, et encore moins à cette pompeuse entrée dans les ordres. Le « message », s’il y en a un, se révèle en tout cas aussi moralisateur que saugrenu. 

Céline Doukhan


BetiZ, de Delphine Gustau et Christel Kern

J’ai lu, coll. « Librio », nº 536, 2004

Côté artistik • 153, rue de la Ganzau • 67100 Strasbourg

www.cote-artistik.com

contact@cote-artistik.com

Texte et mise en scène : Delphine Gustau et Christel Kern

Musique : Matthieu Michard

Direction vocale : Richard Cross

Avec : Christel Kern, Matthieu Michard, Jérôme Wolf

Création lumières : Daniel Knipper

Conseiller à la musique : Grégory Ott

Costumes : Humeur aqueuse

Théâtre Arto • 3, rue Râteau • 84000 Avignon

www.theatre-arto.com

Réservations : 04 90 82 45 61

Du 4 au 27 juillet 2014 à 21 h 45

Durée : 1 h 10

16 € | 11 €

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 17:17

Grande marche silencieuse


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Les Trois Coups.com


Rendez-vous et départ place de l’Horloge à 17 heures.

Dans le grave contexte actuel, nous nous refusons de célébrer de manière festive l’ouverture du Off et animer, comme si de rien n’était, le cœur d’Avignon.

Fort de ses 8 000 professionnels, de ses 52 000 abonnés et de son nombreux public, le Off apportera donc cette année encore à la ville d’Avignon, au département de Vaucluse et à la région, une manne financière considérable et une extraordinaire énergie créatrice.

Oui ! L’écrasante majorité des compagnies jouera pendant ce festival.

Les compagnies joueront, parce qu’elles n’ont pas le choix, et non parce qu’elles sont en accord avec un agrément qu’elles rejettent massivement.

Elles joueront le dos au mur parce qu’elles n’ont pas les moyens de tirer un trait sur un investissement artistique, humain et financier de plusieurs mois.

Elles joueront parce qu’elles ont rendez-vous avec leur public.

Nos lettres aux pouvoirs publics sont à ce jour restées sans réponse. Le Off et ses milliers de créateurs sont comme d’habitude passés sous silence. Puisqu’ils se débrouillent pour jouer, pourquoi s’intéresser à eux ?

Au silence qui nous est opposé, nous répliquerons par le silence.

Le 4 juillet, les artistes et techniciens du Off se rassembleront pour une marche silencieuse dans les rues d’Avignon. Au terme de cette marche, des milliers de ballons seront lâchés dans le ciel, chacun porteur d’un message.

Nous appelons tous les Avignonnais, tous les festivaliers, tous les citoyens qui désirent s’engager au côté du Off à nous rejoindre pour donner encore plus de retentissement à cette action.

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 15:16

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Les Trois Coups.com


Après trois mois de lutte et de contestation, l’État a confirmé hier son mépris des travailleurs les plus précaires en signant l’accord Unédic du 22 mars réformant l’assurance chômage.

Il réaffirme par cet acte sa soumission devant le M.E.D.E.F. et le monde de la finance, au détriment du respect des droits sociaux.

Suite à cette annonce, nous, salariés permanents, saisonniers et intermittents du Festival d’Avignon, nous sommes réunis en A.G. jeudi 26 juin à 19 heures.

Nous avons convenu de déterminer le positionnement du collectif quant à la suite de notre mouvement par un vote dont le dépouillement aura lieu en interne le lundi 30 juin dans la soirée.

Quelle que soit l’orientation que nous prendrons, elle sera inscrite dans la continuité des idées que nous défendons et du combat que nous menons.

Nous rendrons publique notre décision à l’occasion d’un point presse organisé à La FabricA ce mardi 1er juillet à 12 h 15.

Une action de sensibilisation auprès du public aura lieu ce vendredi 27 juin à 19 h 30 place Pie à Avignon.

Le 27 juin 2014

Le collectif du In

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19 juin 2014 4 19 /06 /juin /2014 17:34

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Nous, personnel du Festival d’Avignon, artistes, régisseurs généraux, régisseurs et techniciens, affirmons notre solidarité avec le personnel en grève, dans toute la France.

Nous dénonçons fermement le protocole d’accord inacceptable du 22 mars et ses corrections, qui affaiblissent toutes les catégories de travailleurs précaires. Nous exigeons donc le non-agrément par le ministre du Travail, comme l’ont déjà demandé de nombreux député(e)s, sénateurs et sénatrices de la majorité gouvernementale.

Nous soutenons les propositions du comité de suivi et demandons à ce qu’elles soient entendues par les partenaires sociaux au cours de nouvelles négociations.

Une réforme oui, mais une réforme juste !

Ces propositions ont déjà été signées par M. Rebsamen alors qu’il était candidat à la mairie de Dijon et seulement quelques semaines avant sa nomination au ministère du Travail.

Ce désaveu marque une rupture avec les positions soutenues par le Parti socialiste concernant les enjeux de la culture dans notre société et notre quotidien.

La nomination du médiateur, Jean-Patrick Gilles, ouvertement d’accord avec l’agrément, n’est pas recevable. Cela ne nous fera en aucun cas reculer dans notre combat.

Si l’État devait agréer l’accord du 22 mars, nous nous réservons la possibilité d’appliquer notre droit de grève dès le 4 juillet et le gouvernement en assumera les conséquences.

Nous appelons toutes les personnes qui se sentent concernées, directement ou indirectement, par cette menace à nous rejoindre dans notre lutte et signifier leur mécontentement au gouvernement.

Pas de culture sans droit sociaux !

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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 15:34

Avignon, le 18 juin 2014

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Les Trois Coups.com


Le conseil d’administration du Festival d’Avignon, réuni ce jour, a entendu des représentants du personnel du Festival.

Le conseil d’administration, conscient à la fois de l’importance pour le Festival de leurs métiers et soucieux qu’ils ne soient pas fragilisés, exprime son plein soutien aux salariés intermittents.

Le conseil d’administration considère qu’il est vital que l’édition 2014 ait lieu.

Les conséquences d’une éventuelle annulation pour le Festival, les salariés, les spectateurs et l’ensemble de l’environnement, économique, politique, social et culturel sur le territoire seraient désastreuses pour 2014 mais aussi pour les éditions suivantes.

Le conseil d’administration et ses membres mettront tout en œuvre pour convaincre les différents partenaires d’indispensables négociations.

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Festival d’Avignon • cloître Saint-Louis • 20, rue du Portail-Boquier • 84000 Avignon • France

Tél. +33 (0)4 90 27 66 50

festival@festival-avignon.com

www.festival-avignon.com

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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 18:58

Communiqué


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carre-rouge Suite à la volonté affichée par de nombreuses personnes du public, commerçants, structures culturelles et sociales, de nous témoigner leur soutien, nous avons décidé d’emprunter un symbole de solidarité, d’équité et de lutte contre les réformes qui appauvrissent la population.

Il s’agit du « carré rouge » proposé en 2004 par le Collectif pour un Québec sans pauvreté, en réaction à la loi 57 sur la réforme de l’aide sociale. Il fut ensuite récupéré par les mouvements étudiants québécois en 2005 puis plus largement en 2012, pour lutter contre la hausse des frais de scolarité.

Nous proposons à toutes les personnes qui veulent manifester leur refus de l’agrément du protocole du 22 mars et leur désir de voir se dérouler les festivals de l’été, de porter ce petit carré de tissu rouge épinglé sur le vêtement.

Il est facile à fabriquer soi-même et sera également disponible gratuitement à la billetterie du Festival ou à l’accueil de tous les lieux qui souhaiteront s’associer à cet élan de solidarité.

Le 16 juin 2014

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14 juin 2014 6 14 /06 /juin /2014 21:00

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L’ensemble du personnel du Festival d’Avignon a décidé à la majorité, lors d’une assemblée générale extraordinaire, d’une journée de grève et d’actions pour ce lundi 16 juin.

Cette mobilisation générale de tous les professionnels du spectacle, permanents et intermittents, s’inscrit dans le cadre d’un appel à la grève nationale, en opposition à l’accord Unédic du 22 mars visant la réforme de l’assurance chômage.

Nous jugeons cet accord injuste et nous sommes déterminés à ce que les négociations reprennent dans le dialogue et le respect de tous (intermittents, intérimaires, vacataires, demandeurs d’emploi), avant que le manque de considération ne mène à la mise en danger des festivals de l’été, dont l’annulation serait un grand préjudice pour tous.

Dans l’espoir et la volonté d’accueillir les artistes ainsi que le public du Festival dans de bonnes conditions, nous continuons à œuvrer à la mise en place du Festival.

Nous restons toutefois très vigilants, et plaçons entre les mains du gouvernement l’avenir de l’édition 2014 du Festival d’Avignon.

Avignon, le 14 juin 2014

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 14:40

Avignon, le 12 juin 2014

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Les Trois Coups.com


Avignon Festival & Compagnies, l’association qui accompagne ce grand rassemblement de compagnies indépendantes qu’est le Off, constatant la situation créée par les mouvements de protestation contre la nouvelle convention d’assurance chômage, et en particulier les annexes 8 et 10, dans une situation générale de crise et de fragilité économique, comprend l’inquiétude des intermittents du spectacle, et se déclare solidaire du mouvement.

Pour autant, Avignon Festival & Compagnies,

• rappelle que le Off d’Avignon est le premier et le seul marché du théâtre dans notre pays et que les compagnies qui s’y rendent, très majoritairement autoproduites, ont déjà payé la quasi-totalité des frais inhérents à leur séjour (hébergement, lieux, répétitions, communication, etc.) ;

• rappelle que les 139 compagnies étrangères et les 16 compagnies d’outre-mer, présentes cette année ont ajouté aux frais précités, ceux de leurs transports aériens ;

• constate que nos abonnés (52 000 en 2013) ainsi que de très nombreux spectateurs, inquiets devant la tournure des évènements, nous interpellent quant aux répercussions possibles dans le Off ;

• constate que les programmateurs nous interrogent eux aussi face à l’impossibilité devant laquelle ils se trouveraient pour remplir leurs missions d’achat de spectacles.

En conséquence, Avignon Festival & Compagnies, dont la mission est d’être le premier prestataire de services de compagnies aux opinions multiples et diverses,

• s’engage auprès des 1 307 spectacles représentés par 1 083 compagnies, des 112 théâtres, des spectateurs et des professionnels fidèles du Off à poursuivre toutes les actions entreprises pour la bonne marche du Off 2014 ;

• affirme que les services de l’association resteront ouverts pendant toute la durée du festival pour le public – sans lequel le spectacle vivant n’aurait pas de sens –, les professionnels et toutes les compagnies, indépendamment des positions de chacun vis-à-vis du conflit actuel.

N.B. : en 2003, année de l’annulation du Festival d’Avignon, 87,4 % des compagnies présentes dans le Off ont joué pendant tout le festival.

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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 12:02

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Nous, personnel du Festival d’Avignon, artistes, régisseurs généraux, régisseurs et techniciens, affirmons notre solidarité avec le personnel en grève, dans toute la France.

Nous dénonçons fermement le protocole d’accord inacceptable du 22 mars 2014 et ses corrections, qui affaiblissent toutes les catégories de travailleurs précaires. Nous exigeons donc le non-agrément par le ministre du Travail, comme l’ont déjà demandé de nombreux député(e)s, sénateurs et sénatrices de la majorité gouvernementale.

Nous soutenons les propositions du comité de suivi et demandons à ce qu’elles soient entendues par les partenaires sociaux au cours de nouvelles négociations.

Une réforme oui, mais une réforme juste !

Ces propositions ont déjà été signées par M. Rebsamen alors qu’il était candidat à la mairie de Dijon et seulement quelques semaines avant sa nomination au ministère du Travail.

Ce désaveu marque une rupture avec les positions soutenues par le Parti socialiste concernant les enjeux de la culture dans notre société et notre quotidien.

La nomination du médiateur, Jean-Patrick Gilles, ouvertement d’accord avec l’agrément, n’est pas recevable. Cela ne nous fera en aucun cas reculer dans notre combat.

Si l’État devait agréer l’accord du 22 mars, nous nous réservons la possibilité d’appliquer notre droit de grève dès le 4 juillet et le gouvernement en assumera les conséquences.

Nous appelons toutes les personnes qui se sentent concernées, directement ou indirectement, par cette menace à nous rejoindre dans notre lutte et signifier leur mécontentement au gouvernement.

Pas de culture sans droit sociaux !

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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 15:44

Cour d’école et cour d’honneur


Par Corinne François-Denève

Les Trois Coups.com


Avant le Festival d’Avignon, où la pièce se jouera pour neuf représentations à la chapelle des Pénitents-Blancs, « la Jeune Fille, le Diable et le Moulin », troisième version, dans une distribution presque entièrement renouvelée, se rôde dans les écoles de Paris : un diamant brut.

theatre2-reduit

Les enfants, un peu impressionnés, sont prévenus : le lieu a beau être leur gymnase, bien familier, il faut l’imaginer en théâtre, et donc ne rien dire. Le dit gymnase a été partagé en deux : d’un côté, les bancs d’écolier, sagement alignés ; de l’autre, une petite estrade, et un tissu qui ressemble à de la toile à matelas, tendu vers le ciel, « rideau » derrière lequel s’agitent déjà des silhouettes blanches et noires, et se casent à grand peine une foule d’accessoires hétéroclites et bizarres. « Le monsieur qui a écrit et mis en scène cette pièce s’appelle Olivier Py. » L’ex-directeur de l’Odéon ? Le nouveau directeur du Festival d’Avignon ? Les enfants l’ignorent sans doute, dans cette chaleur du vendredi après-midi, après une semaine d’école fatigante. Semblant de silence, et musique : sur « ses planches pauvres », déboulent quatre comédiens, qui pendant cinquante minutes vont prendre à bras le corps le beau texte d’Olivier Py, adapté de la Jeune Fille sans mains des frères Grimm.

Il y a d’abord le diable, un diable d’acteur à la silhouette terriblement élégante ; un couple de meuniers, et leur fille, que le diable a distinguée, et qu’il va poursuivre. Plus tard, il y aura un prince, évidemment, un ange à la figure sale, un jardinier, une poire. Et puis l’exil dans la forêt sombre, la guerre, et le Malin qui veille. Et puis la fin, le bonheur, peut-être ? Le texte d’Oliver Py n’est pas un texte « pour enfants », pas plus, sans doute, que les contes de Grimm ne sont de « la littérature jeunesse ». C’est un texte difficile, touffu, drôle et philosophique, qui ne livre pas immédiatement tous ces secrets aux enfants : il faudra que ces enfants soient un peu plus grands pour comprendre pourquoi « la gueuse fait lever son sabre » au monsieur, et ce que la chanson Dieu que la guerre est jolie rappelle de souvenirs de… récitations. Mais c’est aussi un texte qui a la noirceur, la profondeur, la cruauté des vrais enfants, quand on ne les enferme pas dans des catégories de public ou de lecteurs.

Shakespeare dans la cour d’école

Ce jour-là, ces enfants-là ne s’y sont pas trompés : « La hache ! La hache ! » criait la salle, bienveillante, au meunier qui pense à couper les mains de sa fille ; « Non ! » murmurait-ton, en se cachant un peu les yeux, quand le meunier l’avait enfin prise, cette (vraie) hache. « Qui pourrait me croire ? », se lamentait un personnage en re-racontant son histoire ; « Moi ! Moi ! » répondait-on en chœur, défi à des décennies d’analyses de quatrième mur et de distanciation. Il faut dire que cette version de la Jeune Fille… se tourne vers l’enfance du théâtre : des tréteaux nus, du blanc de clown, de la musique de fanfare, des effets soulignés, des courses, des cabrioles, des acteurs face au public, qui viennent s’asseoir sur les bancs… On naît, on meurt, on aime, devant, ou derrière la toile, selon les convenances. On grandit de trois ans ou de deux ans en cinq minutes. De même, lorsque la jeune fille réclame un « accessoire de théâtre », elle sort de derrière la toile un crâne shakespearien. « Êtes-vous des artistes ? » demande la jeune fille aux squelettes de la danse macabre ; « l’art, c’est dire d’un mot la mort avec la joie », apprend-on en passant.

Ici, Grimm vient tutoyer le Goethe de Wilhelm Meister. Et la commedia dell’arte croise Shakespeare : cette jeune fille pourrait sortir de Titus Andronicus. Un peu de Comédiens italiens, un peu d’Hôtel de Bourgogne, un peu de Globe : l’animation du vendredi devient cour(s) de théâtre.

L’énergie de la jeune troupe n’y est pas pour rien : à la seule exception du diable (Benjamin Ritter), ce sont des jeunes gens qui reprennent les rôles : Léo Muscat et François Michonneau pour les hommes, aussi impeccables en jeu qu’en chant, et Delia Sepulcre Nativi pour la jeune fille : virginale, spectrale, elle a aussi l’énergie farouche d’une héroïne de Claudel, ou de Py. 

Corinne François-Denève


La Jeune Fille, le Diable et le Moulin, d’Olivier Py

Mise en scène : Olivier Py

Avec : François Michonneau, Léo Muscat, Benjamin Ritter, Delia Sepulcre Nativi

Décor et costumes : Pierre-André Weitz

Musique : Stéphane Leach

Chapelle des Pénitents-Blancs • place de la Principale • 84000 Avignon

Festival d’Avignon, recréation 2014, jeune public

http://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2014/la-jeune-fille-le-diable-et-le-moulin

Du 23 au 27 juillet 2014, le 23 à 15 heures, les autres jours à 11 heures et 15 heures

Durée : 50 minutes

À partir de 7 ans

De 8 € à 17 €

Les Plateaux-pôle art de la scène de la Friche Belle-de-Mai • 41, rue Jobin • 130003 Marseille

04 95 04 95 95

http://www.lafriche.org/

Du 4 au 7 novembre 2014, mardi à 14 heures, mercredi à 10 heures, jeudi à 14 heures, vendredi à 19 heures

De 5 € à 7 €

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