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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 20:53

« Récital emphatique » de Michel Fau


Annonce de parution

Les Trois Coups.com


Ce spectacle atypique, créé en 2011, qui triomphe à chacune de ses reprises sur scène, est enfin disponible en D.V.D. !

recital-emphatique-300Avec sa présence et sa générosité si singulière, Michel Fau, amoureux des tragédiennes d’antan et des icônes de l’opéra, aime avec humour se réinventer sur scène en star des revues du music-hall, ou comme ici en jouant les divas dans le plus improbable des récitals. Au cœur de son dispositif transformiste, voici Michel Fau s’emparant de l’opéra de Saint‑Saëns, Samson et Dalila, pour revisiter par la voix et la danse quelques-uns des moments forts de l’œuvre, de la Danse des prêtresses de Dagon à Mon cœur s’ouvre à ta voix, ou encore avec L’amour est un oiseau rebelle de la célèbre Carmen de Bizet. Une thématique lyrique joyeusement perturbée par quelques extraits de Phèdre de Racine, le climax baroque de Castor et Pollux de Rameau, ou la tendre madeleine proustienne du Summertime de Porgy and Bess de George Gershwin.

Les Trois Coups


Récital emphatique

Mise en scène et interprétation : Michel Fau

Accompagnement piano : Mathieu el‑Fassi

D.V.D. édité par La Compagnie des Artistes

Captation produite par Monbo Prod, en accord avec Scène indépendante contemporaine

1 h 20

Disponible dès maintenant sur www.copat.fr et dans les réseaux de distribution à partir du 4 novembre 2014

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 12:09

Une rencontre fructueuse


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Innacor est un label indépendant qui travaille depuis plusieurs années à la production et à la diffusion des esthétiques populaires de Bretagne et d’ailleurs. Sa dernière production permet à la fanfare bretonne Burek de rencontrer les cuivres d’un quartier tzigane de Kočani (Macédoine).

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« Gipsy Burek Orkestar » | © Nicolas Le Borgne

Le catalogue d’Innacor accueille des noms qui comptent dans le paysage culturel breton : Kristen Noguès, Érik Marchand, Jacky Molard, Gigi Bourdin et Laurent Jouin, pour ne citer qu’eux. Mais on y trouve aussi des artistes africains comme Founé Diarra, des Turcs, etc. Cette articulation singulière entre l’ici et l’ailleurs (ce métissage pour tout dire) semble aujourd’hui capitale pour défendre une culture particulière, tout en restant ouvert à l’autre. Dans ce registre, quand la fanfare bretonne Burek rencontre les cuivres macédoniens du quartier tzigane de Mahalla à Kočani, cela donne naissance à l’ensemble Gipsy Burek Orkestar.

La fanfare Burek voit le jour en août 2004, au festival Prijateljstva de Gorazde en Bosnie-Herzégovine. Puis, grâce au saxophoniste Fanch Martres qui se partage entre la Bretagne et la Macédoine, la fanfare Burek rencontre, en 2010, les musiciens virtuoses de Kočani en Macédoine. En y ajoutant la bombarde de Gaby Kerdoncuff, vous avez le Gipsy Burek Orkestar.

Son premier disque résulte d’échanges artistiques entre la Bretagne et Kočani, portés par La Grande Boutique (Innacor) et la compagnie Hirundo Rustica depuis quatre ans. Ces quatre années, ponctuées de séjours réguliers des Bretons en Macédoine et vice-versa, ont forgé une véritable culture musicale commune entre les musiciens bretons et leurs collègues tziganes.

Rencontre exceptionnelle

Le résultat, c’est une rencontre exceptionnelle à la croisée des esthétiques. Dans une pièce comme Mali Poni, le style habituel des fanfares balkaniques domine, comme dans Kaj Stole ou Ficó Kolo, mais certains passages ressortissent clairement à la musique turque ottomane. Les tziganes de Kočani appartiennent en effet à la forte minorité turcophone de la ville. Comme le suggère son titre, Gavotten Kočani mêle les cultures bretonnes (bombarde) et balkaniques. C’est aussi le cas de Burek Arabski Cocek et de Quand les saules pleureurs feront du raisin (sic), une suite de ridées six temps (une danse traditionnelle du pays vannetais). À l’inverse, Gabiski Pesma est une ballade orientale, où le phrasé de la trompette est parfois très occidental. O Galazios Dromos, dont le titre en grec signifie « la Route bleue », fait entendre des accents de jazz sur un fond plutôt orientalisant. On pourrait continuer ainsi ad libitum.

Le résultat est une œuvre originale qui illustre une fois de plus la fécondité d’un métissage bien tempéré. Une variation, en quelque sorte, sur la « fusion » qui a fait les beaux jours du jazz-rock dans les années 1970 et au-delà. 

Jean-François Picaut


Gipsy Burek Orkestar

À paraître sur le label Innacor le 26 mai 2014

Une coproduction Innacor / Hirustica

Innacor Booking & Records • « Le haut-parleur des cultures de Bretagne et du Monde » • 3, rue des Milad • 56630 Langonnet (France)

02 97 23 82 82

Site : http://www.innacor.com/

Avec : Aki Demirov (tuba), Elvis Ptkov (trompette), Elvis Aliev (baritone = tuba basse) et Serhan Dautov (baritone = tuba basse) pour la Macédoine, Fanch Martres (saxophone alto), Gaby Kerdoncuff (trompette, bugle, bombarde), Guillaume Le Guern (clarinettes), Lionel Mauguen (guitare, saz, banjo), Manu Martres (hélicon et Yves‑Marie Berthou (tapan, riq, derbouka) pour la Bretagne

Tournée :

– Le 31 mai 2014 : Rencontre internationale de la clarinette populaire à Glomel (22)

– Le 10 juin 2014 : Festival de Roznystock (Pologne)

– Le 24 juillet 2014 : Temps fête à Douarnenez (29)

– Le 16 août 2014 : Sziget Festival (Hongrie)

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 20:54

De l’héritage comme invitation à innover


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Après avoir beaucoup donné à la fusion et au jazz électro, Gaël Horellou poursuit depuis quelques années son aventure dans le jazz acoustique. C’est dans cette veine que s’inscrit son nouvel opus. On l’y retrouve en compagnie d’Abraham Burton pour un album plein de ferveur. Nous l’avons entendu en concert aux Champs libres (Rennes).

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Gaël Horellou et Abraham Burton | © Jean-François Picaut

Gaël Horellou n’a pas quarante ans, mais déjà une longue carrière mouvementée, commencée avant même qu’il ne soit distingué avec le Collectif Mu au concours du Festival de Vienne (1995) puis à la Défense (1996). Son parcours est jalonné d’une vingtaine d’enregistrements à peu près également répartis entre électro et acoustique. Comme cofondateur de Cosmik Connection, ce laboratoire de fusion électro-drum’n’jazz, il est consacré Découverte électro du Printemps de Bourges (2000) et distingué par les Talents M.I.D.E.M. (Marché international du disque et de l’édition musicale) en 2001 Sa collaboration à l’écriture d’Organics avec Laurent de Wilde est récompensée par les Talents A.D.A.M.I. (société civile pour l’administration des droits des artistes et musiciens interprètes) en 2005. Le tournant acoustique est pris en 2008.

C’est dans cette lignée que s’inscrit l’album Legacy (Breakz / Harmonia mundi), enregistré en direct au Duc des Lombards en janvier 2013 avec Abraham Burton et sorti le 11 février 2014. Abraham Burton, qui fut l’élève de Jackie McLean à la Hartford’s Hartt School of music et qui a côtoyé ensuite le batteur Arthur Taylor, les pianistes Kenny Baron et Mulgrew Miller, les trompettistes Wynton Marsalis et Roy Hargrove, etc., est un invité d’honneur de choix pour cet enregistrement. Portant catogan et barbe, Gaël Horellou n’a rien perdu de son mordant en passant de l’acoustique à l’électro, le concert de ce jour l’illustre à la perfection.

Entre fièvre et douceur

Sur les cinq titres de l’album, seul le cinquième et dernier, que nous n’entendrons pas, ne fait guère que cinq minutes. Palace Special est une superbe ballade lente qui met en valeur tous les membres du quintette, avec une mention spéciale pour le pianiste Étienne Déconfin et le jeune contrebassiste Viktor Nyberg. Les quatre autres compositions durent de plus de onze minutes à 16 minutes et demie, le temps de permettre à une composition de se développer et à chaque instrumentiste de s’exprimer.

Le premier titre de l’album et du concert, Clifford Jordan, est dédié au saxophoniste ténor compagnon de Max Roach, Sonny Stitt, Charles Mingus… Il commence aussi dans la douceur d’une ballade, mais bien vite c’est la fièvre et l’urgence qui l’emportent dans le solo de Gaël Horellou. Le saxophoniste alto, dans un grand déploiement de puissance et de vélocité, n’hésite pas à aller chercher des notes suraiguës, qu’il tient de surcroît. La réponse, très longue, d’Abraham Burton est à l’unisson, pleine de puissance et d’énergie, allant jusqu’au paroxysme dans la recherche des aigus avant d’alterner aigus et très graves à intervalles très courts : du grand art. Derrière les deux solistes, la rythmique court la poste à grand train dans une belle entente, notamment entre le pianiste et le batteur (Antoine Paganotti).

Jackie McLean, la pièce la plus longue de l’album, est une composition commune d’Étienne Déconfin et Gaël Horellou. À côté de moments de pure énergie, on y trouve aussi un duo très mélodieux des deux saxophonistes. À un passage très rythmique succèdent des moments empreints d’une grande douceur tandis que la rythmique poursuit, en arrière-plan, une sorte d’ostinato fiévreux. Avant que le titre ne s’achève par un tutti très coloré, le trio rythmique mené par le piano s’illustre dans un passage remarquable de musicalité.

Écrite en Sardaigne, Berchida’s Song est un titre qu’on a déjà entendu dans l’album Live ! du Gaël Horellou Sextet (2011). Bien que ce soit plutôt un hommage à la sereine beauté d’une des plus belles plages sardes, son atmosphère apaisée, quand les deux saxophonistes dialoguent dans un chant à deux voix, nous fait penser aux joutes bucoliques des bergers de Virgile ou Théocrite. Et la douce profondeur des graves d’Abraham Burton dans cette conversation ferait fondre le cœur le plus endurci.

On reste dans les îles avec Saint-Leu, le dernier titre du concert, clin d’œil à cette charmante ville balnéaire de La Réunion, à moins qu’il ne s’agisse d’autres Saint-Leu français. Une nouvelle fois, le trio rythmique s’illustre ici, notamment le batteur par un joli travail sur les cymbales et le jeune Viktor Nyberg (il n’a que 23 ans, comme Étienne Déconfin) par un solo parfaitement maîtrisé de contrebasse.

Le temps a passé très vite et le moment est venu de se séparer : la salle doit être libérée et certains spectateurs aussi, nous sommes à l’heure de la pause déjeuner ! Ce nouveau concert de midi aux Champs libres pose cet établissement culturel rennais parmi les hauts lieux de diffusion du jazz à Rennes. L’initiative est d’autant plus remarquable que les concerts sont gratuits. On regrettera seulement la prédominance des têtes chenues dans le public… 

Jean-François Picaut


Legacy, de Gaël Horellou

Un album Breakz / Harmonia mundi, 2014

Avec : Gaël Horellou (saxophone alto), Abraham Burton (saxophone ténor), Étienne Déconfin (piano), Antoine Paganotti (contrebasse), Viktor Nyberg (contrebasse)

Réalisation : Dominique « Dume » Poutet

Les Champs libres • 10, cours des Alliés • 35000 Rennes

Réservations : 02 23 40 66 00

Site : www.leschampslibres.fr

Le 12 février 2014, à 12 h 30

Durée : 1 heure

Gratuit

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 14:38

D’Ella Fitzgerald à Brassens


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Nouvelle étoile montante au firmament du jazz, Tricia Evy, jeune chanteuse d’origine guadeloupéenne, vient de sortir un nouvel album, « Meet Me ». À cette occasion, « les Trois Coups » vous proposent de la rencontrer.

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Tricia Evy | ©Jean-Baptiste Millot

Les Trois Coups. — Votre tout récent album, Tricia Evy, s’appelle Meet Me. Les Trois Coups répondent donc à votre invitation, et je vous remercie d’avoir accepté de rencontrer nos lecteurs par mon intermédiaire. Si vous le permettez, ma première question sera : « Tricia Evy, c’est votre nom de scène ou votre nom de naissance » ?

Tricia Evy. — C’est moi qui vous remercie d’avoir accepté de me rencontrer. Et je suis très heureuse également de pouvoir rencontrer les lecteurs des Trois Coups. Pour répondre à votre question, Tricia c’est mon prénom et Evy, c’est mon deuxième prénom. J’ai toujours été fière de mes deux prénoms.

Les Trois Coups. — Comment vous êtes-vous formée à la musique et plus spécialement au jazz ?

Tricia Evy. — J’ai appris le jazz sur scène, je n’ai fait aucune école. J’ai la chance de pouvoir apprendre très vite, en observant et en écoutant ce qui se passe autour de moi. J’ai donc appris le jazz en écoutant Ella Fitzgerald, Louis Armstrong, Billie Holiday. Et j’ai appris à chanter en écoutant Patrick Saint-Éloi et Georges Brassens. Le jazz, je m’y suis mise en 2007. Ça été un vrai coup de cœur.

Les Trois Coups. — Même si j’y retrouve votre voix claire et chaude, d’une belle étendue, votre sens aigu de la pulsation, Meet Me semble pour moi assez différent de ce que je connaissais, notamment dans votre hommage à Ella Fitzgerald. Vous avez l’impression d’une évolution, voire d’un tournant ?

Tricia Evy — Avec moi, il ne faut s’attendre à rien mais juste se laisser surprendre. On ne peut pas parler d’évolution ou de tournant, quand le jazz est là, il reste. Je m’épanouis et je m’exprime chaque jour un peu plus. J’ai fait un album qui me ressemble, il est jazz, mais pas seulement…

Les Trois Coups. — Comment avez-vous choisi les musiciens qui vous accompagnent dans cet album ?

Tricia Evy — Ce sont des rencontres, des coups de cœur. Dans la musique, le côté humain et les affinités sont très importants. Je ne me voyais pas faire cet album sans David Fackeure et Thierry Fanfant. Ils me soutiennent depuis le début de ma carrière, et ce sont de merveilleux musiciens. Francis Arnaud, je l’ai rencontré plus tardivement, lors d’un hommage à Billie Holiday, l’année dernière, et j’ai adoré son jeu subtil et pourtant bien présent. Je l’appelle « le Bijou ». J’ai aussi invité le talentueux Sonny Troupé, comme une cerise sur le gâteau.

Dans cet album, vous signez, comme auteur, trois titres en français et j’en suis ravi, car vous apportez la preuve que notre langue est évidemment compatible avec le jazz. C’est un aspect que vous aimeriez développer ?

Tricia Evy. — Je suis ravie que les morceaux en français vous plaisent. Le français est ma langue maternelle, donc je suis plus à l’aise avec cette langue pour écrire et exprimer mes sentiments. J’ai écrit en français parce que c’est cette langue qui m’est venue en écoutant ces morceaux. Parfois, c’est plutôt l’anglais, d’autres fois, c’est le créole. Mais le plus important en fin de compte, c’est de faire swinguer tout ça. Tant que ça sonnera juste à mon oreille, je continuerai.

Les Trois Coups. — Meet Me comporte des univers musicaux assez différents. C’est pour montrer l’étendue de vos possibilités ? Cet éclectisme vous est naturel ? Ou c’est un manifeste pour la diversité ?

Tricia Evy. — Je revendique mon éclectisme [rires]. Je suis issue du métissage entre deux îles (Guadeloupe et Martinique). Je suis née à Bondy, j’ai commencé le jazz il y a six ans, j’aime la bossa-nova, la chanson française, la biguine et plein d’autres choses. Donc, j’ai appris, depuis toute petite, à être ouverte d’esprit et je ne me mets aucune barrière. À partir du moment où la musique me touche et que j’arrive à bien la chanter, je ne vois pas de raison de ne pas le faire. Et puis je n’ai rien à prouver, je me fais juste plaisir en espérant que ça fera plaisir à d’autres personnes.

Les Trois Coups. — Vos origines sont antillaises, caribéennes, c’est un atout dans votre musique ?

Tricia Evy. — Tout ce qui fait de moi celle que je suis aujourd’hui est un atout. Donc, oui, mes racines antillaises, caribéennes, j’en suis très fière. Je le dis à chaque fois que j’en ai l’occasion, la musique antillaise m’a beaucoup aidée pour le jazz. Ce sont des musiques qui ont un chemin parallèle.

Les Trois Coups. — Merci encore, Tricia Evy, de vous être prêtée de si bonne grâce à cette rencontre.

Tricia Evy. — Merci à vous. Au plaisir de vous rencontrer en direct très bientôt. 

Propos recueillis par

Jean-François Picaut


Meet Me, par Tricia Evy

Un album Plus loin music / Abeille musique (2013)

Avec : Tricia Evy (chant), David Fackeure (piano), Thierry Fanfant (contrebasse, basse et guitare), Francis Arnaud (batterie) et Sonny Troupé (gwo ka sur Lanmou A)

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 16:54

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 14:25

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 12:33

À ne pas réserver aux enfants


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Les éditions Didier jeunesse viennent d’avoir une heureuse initiative. Elles ont publié un livre-disque regroupant quinze des plus belles berceuses de jazz. Elles n’enchanteront pas seulement les enfants.

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« les Plus Belles Berceuses jazz » | © Ilya Green

Les éditions Didier jeunesse ont entrepris d’initier le jeune public au jazz. Ce n’est pas aux Trois Coups qu’on s’en plaindrait ! Après avoir publié Swing Café (2009) avec la voix de Jeanne Balibar puis Peter Pan & Wendy (2011) autour de la figure de Mingus, elles ont récidivé fin 2012 avec les Plus Belles Berceuses jazz. Le dernier album a une parenté avec le précédent : les illustrations d’Ilya Green.

La tendresse, l’émotion, l’amour

C’est ce qui frappe d’abord quand on tient ce livre album de 48 pages en format 265 × 265 mm entre les mains. Cette jeune illustratrice (37 ans) possède, en effet, un univers bien personnel. Ses illustrations, très graphiques, à la fois stylisées et réalistes, traduisent à merveille la tendresse, l’émotion, l’amour et le climat de chacune des berceuses. S’il n’y avait que cela, le livre serait déjà un régal.

Le C.D. ne le dépare en rien. Il faut d’abord parler du choix des chansons. On le doit à Misja Fitzgerald Michel, un guitariste de jazz nommé aux djangos d’or de la guitare en 2006 et aux victoires du jazz en 2012. Ce sont des grands classiques, bien sûr, de Lullaby of Birdland à Russian Lullaby en passant par Over the Rainbow et Summertime, mais l’auditeur trouvera aussi quelques titres (un peu) moins connus. Les plus perspicaces reconnaîtront la Valse des lilas (Marnay / Legrand) derrière Once Upon a Summertime… On y retrouve aussi des voix qui comptent parmi les plus grandes du jazz : Ella Fitzgerald (2 titres), Sarah Vaughan (2 titres également), l’incontournable Billie Holiday, Nat King Cole et Frank Sinatra, tout comme Chet Baker, évidemment. Certains noms feront peut-être tordre le nez aux puristes, mais le jazz est si accueillant, et heureusement, qu’on ne s’y attardera pas.

Le grain de l’époque

Les interprétations choisies ont toutes plus de cinquante ans, et on comprend pourquoi. La qualité du son est pourtant remarquable. On a su garder le grain de l’époque en évitant la plupart du temps les craquements et grincements qui sont monnaie fréquente dans les enregistrements historiques. Pour chaque titre, on précise l’auteur et le compositeur. Les chansons sont brièvement présentées ainsi que les interprètes. Peut-être peut-on regretter que pour ces derniers la notice omette les dates repères et soit parfois très, trop succincte. De même que, si les crédits sont scrupuleusement repris en fin de volume, on déplorera de ne pas trouver mention des albums d’origine et des musiciens qui y participent : la page des crédits s’y prêtait.

Il convient enfin de parler des textes. Les textes anglais sont intégralement reproduits. On peut ainsi se rendre compte que certaines ballades sont aussi de belles chansons d’amour. Chaque berceuse est traduite par Valérie Rouzeau. Ces traductions, sans s’attacher au mot à mot, sont conformes à son esprit et brillent par leur délicatesse, on y sent la touche du poète qu’elle est.

Voilà donc un livre-album qui a sa place dans la bibliothèque de toute famille. Les enfants y trouveront l’initiation la plus douce à l’univers du jazz et des chansons propices à l’entrée dans un sommeil suave. Les adultes, amateurs de jazz ou non, profiteront de belles mélodies que l’on déguste à deux, et pourquoi pas au coin d’un feu ? 

Jean-François Picaut


Les Plus Belles Berceuses jazz, un choix de Misja Fitzgerald Michel

Un livre-disque édité par les éditions Didier jeunesse

Le disque dure environ 44 minutes

Le C.D. seul : 17 €

Le livre en édition classique : I.S.B.N. 978 2 278 06834 0 (23,80 €)

Édition de luxe (tirage limité) : I.S.B.N. 978 2 278 06829 6 (29,90 €)

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 17:47

Voyage au cœur des blues


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Jean-Jacques Milteau n’avait plus accepté de réaliser un disque pour autrui depuis plus de trente ans. Son nom seul invite à écouter le nouvel album de Mathis Haug. On ne le regrette pas.

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Mathis Haug | © Marie Llamedo

On peut évidemment se demander pourquoi produire un disque de blues vocal, dans une langue que la plupart des auditeurs ne maîtrisent pas et hors des conditions historiques, sociales et culturelles qui ont vu la naissance et le triomphe du genre. Il est également loisible à chacun d’ignorer ces considérations théoriques. On s’immergera alors dans un univers étranger, mais pourtant si familier depuis que la musique américaine a conquis notre vieux continent. C’est effectivement une impression de familiarité qui saisit à l’écoute de Distance, le dernier album de Mathis Haug. Le terme de distance, dit Jean-Jacques Milteau le réalisateur du C.D., « évoque à la fois l’éloignement qui sépare et le trajet qui rapproche ». On ne saurait mieux définir cette œuvre lointaine et proche.

We’ll Get There by Dawn qui ouvre Distance nous fait entendre une voix qu’on ne dirait pas appartenir à un musicien franco-allemand. Cette voix, grave, légèrement voilée, un peu nasalisée, « négrifiée » a-t-on envie de dire, nous la connaissons déjà. Son évocation des bayous nous transporte au-delà de l’Atlantique, comme la sonorité des guitares et les notes discrètes de l’harmonica qui les accompagnent. Et l’atmosphère est la même dans Carnival Train, avec une profération plus forte. Wise Advice, beaucoup plus rapide, conserve des échos du rythm & blues des années 1960 avec des interventions de Céline Bonacina au saxophone qui font l’effet de ponctuations semi-ironiques.

À déguster lentement

Introduit à la guitare acoustique, Poodle Dog est interprété pour partie avec une sorte de voix de tête, qu’on retrouve dans la belle ballade The Clown. On entend dans cette chanson sur un caniche (poodle dog) quelque chose qui tient de la protest song dans le style musical avec une partie d’harmonica déchirante (Jean-Jacques Milteau). Mais, en slow, elle aurait aussi fait un vrai tabac dans la touffeur des boîtes de nuit entre 1960 et 1980. Si l’on veut une vraie protest song à la manière des années soixante, on écoutera plutôt Paper Cup avec sa voix très en avant dans une sorte de parlé-chanté. Heartbreaker, avec ses percussions dramatiques, ses vibratos à la guitare et ses envolées au saxophone soprano (toujours Céline Bonacina) a, lui, quelque chose de psychédélique. Pour faire bon poids, on trouve aussi un gospel à l’ancienne avec claquements de mains, chœur et répétitions incantatoires : Is Jesus on My Side ? Quant à Sand and Lonesome Day Blues qui clôt l’album, c’est comme il se doit une agréable ballade blues.

Si on l’écoute distraitement, Distance, le cinquième album de Mathis Haug, glisse dans une certaine indifférence. Il faut donc le déguster lentement et y revenir souvent si l’on veut apprécier toute la richesse des climats qu’y a introduits la réalisation de Jean-Jacques Milteau. La récompense se mérite, mais ne déçoit pas. 

Jean-François Picaut


Distance, de Mathis Haug

Un album Dixiefrog / Harmonia mundi (2013)

Réalisation : Jean-Jacques Milteau

Avec : Mathis Haug (guitares électriques et acoustiques, banjo), Stéphan Notari (batterie, guitare acoustique, chœurs), Benoît Rapetti (basse, contrebasse), Mike Latrell (tuba, mandoline, orgue), Céline Bonacina (saxophones baryton et soprano), Jean-Jacques Milteau (harmonicas)

Tournée :

– Le 10 avril 2013 : New Morning, Paris

– Le 12 avril 2013 : Vauvert

– Le 19 avril 2013 : Montluçon

– Le 10 mai 2013 : Nîmes

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 19:17

Une rencontre authentique


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Voici un album qui est tout sauf de circonstance. Eric Bibb et Habib Koité nous offrent une vraie rencontre entre deux traditions et deux sensibilités.

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Eric Bibb et Habib Koité | © Jean-François Picaut

Brothers in Bamako n’est pas de ces disques comme il s’en rencontre trop, où l’on accumule les invités ou les collaborations sans autre véritable projet que multiplier les noms qui font vendre. Cet album est véritablement une création à deux voix, fruit d’une rencontre authentique et d’une coopération fraternelle.

De délicates ballades narratives

Nous avons déjà dit ici toute l’estime, l’admiration même, que nous avons pour Eric Bibb et pour le travail qu’il réalise avec son ami de plus de dix ans Habib Koité. Ce n’est pas leur album commun qui va nous faire réviser ce jugement. Les deux artistes se mettent en avant tour à tour comme dans ces chants alternés (amébées *) des bergers de Virgile et Théocrite ou s’expriment en duo, car il n’y pas de compétition entre eux.

On My Way to Bamako qui ouvre l’album est une chanson d’Eric Bibb qui chante son premier voyage en Afrique de l’Ouest et à Bamako pour y retrouver un ami, Habib Koité, « un grand musicien, par ailleurs ». Il dit qu’il s’y sent « comme s’il venait de rentrer chez lui ». Habib Koité lui répond par L.A. (Los Angeles), un titre chanté moitié en anglais, moitié en langue vernaculaire du Mali, où il compare son Mali natal avec ce qu’il rencontre en Californie et spécialement à Los Angeles. Les deux morceaux sont de délicates ballades narratives à la mélodie prenante qui sont plutôt murmurées, susurrées que chantées.

L’inscription des deux artistes dans leur époque

On poursuit avec Toumani Kelen (Needed Time), une chanson écrite par les deux compères sur un thème traditionnel. Ils la chantent et la jouent ensemble comme le traditionnel qui clôt l’album, Goin’ Down the Road Feelin’ Bad. Toumani Kelen est chanté en langue vernaculaire et en anglais, comme pour signifier l’absence de frontière entre les deux artistes, et le livret pousse même la courtoisie jusqu’à traduire quelques couplets en français. C’est ce qu’on appelle respecter son public.

Tombouctou (le Puits de l’espoir) est aussi une composition commune. Ce titre chanté en anglais avec des expressions françaises et vernaculaires est emblématique de l’album. Avec son allure traditionnelle, il est complètement ancré dans la réalité historique immédiate du début 2012. Son titre est ambigu à souhait, car Tombouctou, c’est bien sûr le puits de l’espoir dans cette « mer de sable », mais c’est, à ce moment-là, devenu également le puits où certains prétendent noyer les espoirs de toute une population.

Au cœur de l’album, deux titres également écrits, composés et interprétés à deux confirment l’inscription des deux artistes dans leur époque. We Don’t Care dénonce notre indifférence au cours du monde pourvu que nous ayons notre confort et Send Us Brighter Days est une sorte de prière qui demande que, après les longs errements de l’humanité, on lui permette de s’adonner désormais au pardon et à la paix, dans le souci retrouvé d’autrui. Superbes chansons qui allient la tradition du griot et celle du bluesman ou celle du chanteur protestataire, puisant leur inspiration dans leur environnement.

C’est également le cas de Khafolé et de Foro Bana, deux compositions d’Habib Koité qui parlent l’une d’un drame de la circoncision et l’autre du parcours du combattant pour épouser une fiancée. Comme les deux instrumentaux d’Habib Koité, Nani Le et Mami Wata, dédié à la déesse de l’eau, ce sont de beaux exemples de musiques aux racines traditionnelles réelles, mais qui ne sont pas du folklore ou de la simple reviviscence. Du coup, la reprise par Eric Bibb accompagné par Habib Koité du Blowin’ in the Wind de Dylan, l’étendard de la protest song des années soixante, peut apparaître comme un manifeste. L’interprétation très lente et grave plaide pour cette thèse.

Brothers in Bamako, à mi-chemin de la chanson traditionnelle africaine et du blues, est tout simplement un témoignage d’humanité et de fraternité. L’exemple aussi qu’une chanson de qualité est encore possible à l’écart des codes trop étroits et de la tyrannie des modes. 

Jean-François Picaut


Poét. (gr. et lat.). [Se dit d’un chant, d’un poème, d’un dialogue] Où deux interlocuteurs échangent des couplets alternés d’égale longueur, à la manière de Théocrite (Idylles, 4, 5, 8) ou de Virgile (Églogue, 3).


Brothers in Bamako, d’Eric Bibb et Habib Koité

Un album Dixiefrog records (2012), distribué par Harmonia mundi

Avec : Eric Bibb, Habib Koité, Mamadou Koné, Kafoune et Olli Haavisto

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Publié par Les Trois Coups - dans C.D.-D.V.D.-Album musique
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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 00:43

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