Les Trois Coups

Le Théâtre Paul-Éluard de Bezons fête

ses 15 ans

 

Le bel âge ! Point de crise… adolescente pour Monique Ungar, à la tête, depuis ses débuts, de cette scène conventionnée (danse contemporaine). Mais l’esprit militant anime bel et bien cette programmatrice guidée dans ses choix par une fraîcheur intacte, un goût de l’aventure, une certaine impertinence. Parmi les chorégraphes à l’affiche : Toméo Vergès. Actuellement en résidence, il présente sa prochaine création : « Meurtres d’intérieur ». Cette actualité est l’occasion de braquer un coup de projecteur – une fois n’est pas coutume – sur Monique Ungar, qui aime plus que tout partager ses coups de cœur. Avec le public. Et avec « les Trois Coups ».

 

logo-tpe-bezons Les Trois Coups. — Cela fait maintenant quinze ans que vous dirigez le TPE. Comment en êtes-vous arrivée là ? Votre formation de psychomotricienne ne vous prédestinait pas vraiment à cela !

Monique Ungar. — J’ai toujours été fascinée par le spectacle vivant. Mon premier souvenir marquant : West Side Story. Et le choc déterminant qui m’a fait carrément changer de métier : Cunningham. Le grand écart, n’est-ce pas ?! En effet, j’ai pris une claque en assistant à l’un de ses spectacles en 1976 au palais des Papes. Jusque-là plutôt amatrice de ballet classique, j’ai découvert la danse contemporaine. J’ai pris conscience qu’on pouvait exprimer, par le corps, des choses profondes et que l’abstraction permettait à chacun de se les approprier. Intimement persuadée que la société ne peut évoluer que par la création – la plus apte à nous enrichir humainement –, j’ai donc démissionné des Archives nationales, où je travaillais alors, pour défendre des artistes, bien décidée à partager ainsi mes émotions artistiques. J’ai d’abord participé à la création du centre de documentation de la Fédération française de danse. Et de rencontre en rencontre, je suis arrivée ici. J’en ai pris la direction au moment où les élus de Bezons projetaient de réhabiliter ce lieu, qui n’était au départ qu’un centre d’activités culturelles, en salle de spectacles consacrée à la danse.

 

monique-ungar gilles-larvor Les Trois Coups. — Quelles ont été vos missions ?

Monique Ungar. — Promouvoir et diffuser la danse dans toutes ses formes, mais aussi la musique, le théâtre, le cirque. Produire une création par saison grâce à des résidences d’artistes. Cela ne s’est pas fait en un an ! Nos moyens ont augmenté avec la labellisation « Plateau danse » en 1997, puis le conventionnement en 1999. Dès lors, nous avons pu faire des coproductions. Actuellement, avec un budget de 1,2 million d’euros, notre marge artistique n’est pas énorme, mais nous accompagnons nos artistes dans de meilleures conditions grâce à un véritable engagement de nos tutelles, au soutien précieux de la ville de Bezons et à de nombreux dispositifs mis en place par la DRAC Île-de-France ou par le Val-d’Oise.

 

Les Trois Coups. — Vous aussi, vous avez donné leur chance à des chorégraphes aujourd’hui renommés. Les plus grands sont passés par ici, comme Angelin Preljocaj, Maguy Marin, Régine Chopinot, ou encore Cunningham en personne l’année dernière, juste avant qu’il ne disparaisse. Mais ce que vous préférez, c’est défricher les territoires artistiques, emprunter des chemins de traverse plutôt que des autoroutes, non ?

Monique Ungar. — La découverte de nouveaux talents fait partie des plaisirs de ce métier. Cette année illustre bien l’esprit qui nous anime. La programmation conjugue fidélité et découverte. La re-création d’Ulysse de Claude Galotta est un clin d’œil, car j’ai programmé ce spectacle à nos tout débuts. Le centre chorégraphique de Grenoble nous fait là un beau cadeau d’anniversaire, car cette pièce est mythique. Sinon, parmi les habitués, on retrouve Valérie Rivière, Catherine Diverrès ou Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna. Là aussi, nous avons beaucoup de chance, car la Cie Toujours après minuit nous présente son dernier spectacle (Genre oblique) avant même le Théâtre de la Ville de Paris. Parmi les talents à découvrir cette saison : Hélène Cathala, Pierre Rigal, Stéphanie Nataf… Soit une dizaine de créations sur trente propositions.

 

logo-tpe-bezons-150 Les Trois Coups. — Vos partenariats vous permettent de faire circuler les œuvres et les publics entre les villes…

Monique Ungar. — Aux côtés de L’Apostrophe, scène nationale de Cergy-Pontoise, et de la ville de Gonesse, le TPE participe à Périphérique, une manifestation qui s’attache à faire découvrir des spectacles hybrides, véritable cabinet de curiosité et d’inventivité. Associer plusieurs structures voisines permet d’explorer des voies singulières tout en guidant le public. S’inscrire dans des réseaux est vital pour les structures. Escales danse réunit ainsi une vingtaine de programmateurs du Val-d’Oise, sous l’égide de l’ADIAM (Association départementale d’informations et d’actions culturelles), avec de vrais échanges, des concertations mensuelles et plusieurs temps forts au printemps. Le TPE est aussi entré dans le réseau Cirkévolution pour défendre des circassiens prometteurs ou confirmés.

 

monique-ungar gilles-larvor-150 Les Trois Coups. — Le TPE s’est donc ouvert peu à peu à toutes les disciplines (d’ailleurs, c’est aussi un cinéma classé art et essai). Mais il est surtout devenu une référence en Île-de-France en matière de danse contemporaine. Comment êtes-vous parvenue à asseoir la réputation de cette scène ?

Monique Ungar. — Grâce à la confiance de tous nos partenaires et à force de ténacité. L’équipe s’est peu à peu étoffée, ce qui me permet de rechercher de nouveaux financements et de mener à bien mes activités de programmatrice. Enfin, il m’importe de partager mes coups de cœur. Car, finalement, le plus intéressant, c’est de faire connaître les nouveaux talents. En fait, mon militantisme se situe surtout à cet endroit : la médiation entre les artistes et les spectateurs, la rencontre avec les publics.

 

logo-tpe-bezons-150 Les Trois Coups. — D’où les nombreuses actions culturelles mises en place.

Monique Ungar. — Quotidiennement, je m’interroge, avec mon équipe, sur les outils à mettre en place pour présenter au mieux le travail des artistes aux publics. Chaque jour, nous nous évertuons à rendre la culture accessible. Or ce n’est pas évident, surtout dans une ville de banlieue comme Bezons. En 2008, nous avons été fiers de compter 8 000 spectateurs (cirque et danse uniquement) et 4 000 abonnés. Les chiffres augmentent chaque année, mais nous ne devons jamais relâcher nos efforts. Comme en matière artistique, le travail de relation avec les publics exige de l’imagination puisqu’il faut sans cesse inventer de nouveaux modes d’approche. Mais nos actions culturelles restent toujours connectées aux artistes, avec un grand respect de leur travail.

 

monique-ungar gilles-larvor-150 Les Trois Coups. — Ce travail de fond est justement assuré en grande partie par la compagnie que vous accueillez en résidence.

Monique Ungar. — Les résidences d’artistes offrent le luxe suprême aux artistes de se donner le temps de la création. Nous les accompagnons, et ils nous aident à placer l’échange au cœur de nos activités. Nous sommes à la veille de la première de la Cie Man Drake. Pourtant Toméo Vergès et ses danseuses sont sur le terrain depuis septembre. Au total, ils assurent plus de 200 heures de sensibilisation (Éducation nationale, liens aux pratiques amateurs, tissu local, associations, formation continue…) ! Au TPE, nous agissons dans le droit fil de l’éducation populaire. Nous souhaitons voir rassembler ici toutes les classes sociales, toutes générations confondues.

 

logo-tpe-bezons-150 Les Trois Coups. — Tout adolescent qu’est donc le TPE, vous vous adressez particulièrement aux jeunes que vous aimeriez voir davantage concernés par le spectacle vivant. À en voir l’hommage que ceux-ci vous ont rendu lors du lancement de saison, c’est plutôt réussi ! Votre famille est grande : elle comprend des artistes formidables et un public diversifié.

Monique Ungar. — Cet anniversaire fut une bien belle fête, chaleureuse, à l’image de ce que nous souhaitons pour cette saison et celles à venir. Le parcours Adodyssée permet aux jeunes entre 12 et 19 ans de découvrir des spectacles, bien sûr, mais aussi de faire des stages artistiques, de découvrir nos coulisses et nos métiers, de participer à des ateliers de spectateurs. Ils étaient là le 25 septembre 2009 pour lancer cette 15e saison, dont nous avons alors dévoilé les ingrédients : un soupçon de folie, une dose de rébellion, un instant de poésie, une pincée d’évasion, une lichette de fantaisie et une rêverie généralisée. Nous espérons ainsi garder notre fraîcheur d’adolescent. Nous offrons même un passeport pour le Québec, avec des artistes venus tout droit de là-bas. Car les voyages – y compris artistiques – forment la jeunesse ! 

 

Propos recueillis par

Léna Martinelli

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

Saison 2009-2010

Théâtre Paul-Éluard, scène conventionnée • 162, rue Maurice-Berteaux • 95870 Bezons

Accueil, informations, réservations : 01 34 10 20 20

tpebezons@orange.fr

www.tpebezons.fr

Infos ciné : 01 34 10 20 60

Toute l’actualité du TPE est sur le site Internet www.tpebezons.fr (spectacles, stages, rencontres, avis de recherche, souvenirs de spectateurs, infos pratiques)

Accès : pour les spectacles de danse (sauf spectacle offert aux abonnés), des navettes sont prévues place du Châtelet (à l’angle de la rue Victoria). Départ à 19 h 45. Le retour est assuré. Réservation indispensable.

Transports :

– par la Défense (RER ou métro), puis autobus 272 (arrêt Place-des-Droits-de-l’Homme)

– par la SNCF (Argenteuil), puis autobus 514 (arrêt Éluard)

Tarifs des spectacles de 9,50 € à 17,50 €

Meurtres d’intérieur, de Toméo Vergès

Compagnie Man Drake (en résidence au TPE)

Contact : 8, place Charles-Dullin • 75018 Paris

01 42 23 11 74

mandrak.tverges@wanadoo.fr

Avec : Sandrine Maisonneuve, Alvaro Morell, Véronique Petit

Collaboration artistique : Véronique Petit

Lumières : Philippe Gladieux

Espace sonore : Thomas Fernier

Théâtre Paul-Éluard Bezons, du 21 au 22 janvier 2010 à 21 heures

Tournée :

– Scène nationale de Besançon (dans le cadre d’une résidence d’implantation soutenue par la DRAC Franche-Comté), du 24 au 26 février 2010

www.theatre-espace.fr

Mer 20 jan 2010 Aucun commentaire