Les Trois Coups
Rencontre avec Thibaut Gonzalez
La comédie de Hanokh Levin, « Yaacobi et Leidental », actuellement présentée au Théâtre du Marais, est la quatrième pièce jouée par Thibaut Gonzalez en dehors des cours Florent. On a notamment pu le voir dans « Percolateur blues » de Fabrice Melquiot, au Théâtre Tallia en février 2007 et au Off d’Avignon la même année. Il tourne aussi dans des courts-métrages remarqués dans les festivals, comme « Gilles Corporation ».
Après Percolateur blues de Fabrice Melquiot et Pierre et Papillon de Murielle Magellan, pourquoi votre compagnie Le Chœur du théâtre a-t-elle choisi Yaacobi et Leidental de Hanokh Levin pour sa troisième production ?
Juliette Tresanini, Paul Lapierre et moi voulions travailler ensemble autour de l’œuvre de Levin, et Yaacobi et Leidental a fait l’unanimité. C’est une comédie musicale acerbe qui comporte trente tableaux et douze chansons : trois personnages un peu pitoyables courent après le bonheur. Yaacobi décide de « vivre », en commençant par piétiner son passé : en reniant son meilleur ami Leidental. Il rencontre alors Ruth, qui cherche un époux, et décide de la suivre dans le mariage en attendant d’éprouver de l’amour. Mais Leidental s’immisce dans la vie du couple, avec couardise et autodérision. En somme, la situation est burlesque, mais la pièce est moins légère qu’il n’y paraît. Elle pose des questions essentielles sur le désir, l’amour, l’amitié, avec un humour qui frise l’absurde. C’est ce ton qui nous a plu, ainsi que le défi de jouer, danser et chanter, et la distribution des personnages.
« Yaacobi et Leidental »
Qu’est-ce qui vous a intéressé dans le rôle de Leidental ?
C’est un personnage drôle et grave. Leidental est d’abord un martyr, puisqu’il est largué par son meilleur ami. Mais ce looser essaie de positiver, de se faire accepter coûte que coûte par le couple de jeunes mariés. Il a beau être lucide sur lui-même et la situation, il suit Yaacobi comme un boulet ou une sangsue, au lieu de courir vers son propre destin. Lui qui est lent finit toujours par rattraper les deux autres et par obtenir une place majeure dans le triangle amoureux : il est là tout le temps, partout. Ce qui m’a intéressé, c’est que son étiquette de victime tombe à la fin de la pièce : certes Leidental se révèle incapable d’agir, même s’il a des envies et songe à l’amour, mais Ruth et Yaacobi se montrent largement aussi ridicules et pathétiques que lui. Tous sont humains, en tous cas.
Paul Lapierre, qui incarne Yaacobi, a signé la mise en scène. Comment a-t-il conçu le plateau ?
En dehors des trois comédiens, ces trois pantins qui nous ressemblent et dont on rit, il y a « peu de choses », comme Paul le dit lui-même : deux ou trois cartons remplis de bric et de broc, et un peu de lumière pour transformer la scène en bazar organisé, ludique et surprenant, comme ces livres pour enfants dont chaque page regorge de cachettes et de languettes à tirer pour donner vie à un univers de papier. Au fond d’une boîte, des instruments de musique aussi, car Hanokh Levin s’amuse à mettre le désespoir en chanson. Le jeu et la mise en scène révèlent la vérité des personnages de Levin : ils sont loufoques mais lucides, et au lieu de s’écrouler, ils entonnent un nouveau refrain ! ¶
Recueilli par
Lorène de Bonnay
Les Trois Coups
Yaacobi et Leidental, de Hanokh Levin
Éditions Théâtrales
Traduction : Laurence Sendrowicz
Le Chœur du théâtre • 20, rue de Boulainvilliers • 75016 Paris
06 61 41 85 80
Mise en scène : Paul Lapierre
Avec : Paul Lapierre, Thibaut Gonzalez, Juliette Tresanini
Théâtre du Marais • 37, rue Volta • 75003 Paris
Réservations : 01 45 35 75 87
Du 8 octobre au 19 décembre, les jeudi, vendredi, samedi à 21 h 15
Durée : 1 h 10
18 € | 12 €