Les Trois Coups
Sentiments mitigés
La farce policière frissonnante de Patricia Levrey s’installe à la Comédie de Paris… Le titre m’avait quelque peu refroidie et j’ai eu du mal à dégeler mes réticences… Si la comédie a longtemps été considérée comme un art théâtral secondaire, « le Chalet de l’horreur de la trouille qui fait peur » ne contribue pas vraiment à redorer son blason.
Le Chalet de l’horreur de la trouille qui fait peur pourrait être une pièce digne des 10 petits nègres : cinq personnages se retrouvent coincés dans un chalet par une avalanche, sans savoir le motif de leur réunion. C’est lorsque des bruits étranges se font entendre qu’ils commencent à craindre pour leur vie. La chute est certes inattendue, mais la pièce en elle-même m’a laissée insatisfaite.
Le décor est conventionnel : les personnages évoluent dans un chalet savoyard décoré dans les règles de l’art. On s’attend presque à y sentir des effluves de tartiflette ou de fondue. L’éclairage est quant à lui simplifié au possible. Il est essentiellement utilisé pour allumer le salon qui est la pièce unique du décor, ou ajouter des effets spéciaux qui illustrent des coups de tonnerre et participent au suspense. Car, en effet, il y a des passages où le spectateur retient son haleine, se demandant comment cette comédie policière peut bien se terminer. Ces montées d’adrénalines sont fortement influencées par des effets sonores dont le volume et la bande-son choisie rappellent celui des films d’action.
© « le Chalet de l’horreur de la trouille qui fait peur | © B. Fantin/wikispectacle
Les personnages sont, eux, tous plus loufoques les uns que les autres. Ils sont même à la limite de la caricature, ce qui ajoute à la dimension comique, mais empêche les acteurs de leur insuffler de la crédibilité. D’ailleurs, les comédiens ont un jeu qui semble parfois emprunté et manquant de justesse. À cet égard, Jean-David Stepler dans le rôle du politicien véreux se repose, me semble-t-il, sur une technique théâtrale figée qui m’a donné l’impression qu’il ne croyait pas lui-même à son personnage. En revanche, Isabelle Parsy, incarnant une bonne sœur illuminée, s’en donne à cœur joie et pourrait nous convaincre qu’elle a vu la Vierge.
C’est cette même fervente catholique qui n’hésite pas à affirmer que la Résurrection est tout à fait plausible puisque, si les vivants meurent, pourquoi l’opération inverse ne serait-elle pas possible ? Quelques répliques sont donc bien senties et nous arrachent un sourire, un rire même, par moments. Pourtant, mon impression générale reste que le comique de caractères ne laisse pas suffisamment de place à des dialogues qui pourraient être plus fins. Le dénouement de la pièce est également bien trouvé. Cependant, encore une fois, il pourrait aller beaucoup plus loin. Il inscrit, certes, la pièce au cœur du débat sur l’image de la politique, mais se contente de l’effleurer par une cabriole humoristique qui clôt la réflexion avant même de l’avoir amorcée.
Ainsi, le Chalet de l’horreur de la trouille qui fait peur propose de belles ébauches de satire sociale, malheureusement, aucune n’est approfondie. C’est un spectacle qui reste, en tout cas, divertissant, mais qui ne prétend pas ébranler les convictions du spectateur. À vous de voir si vous voulez y mettre le prix. ¶
Noémie Doutreleau
Les Trois Coups
Le Chalet de l’horreur de la trouille qui fait peur, de Patricia Levrey
ACTA Prod
Mise en scène : Michel Crémadès
Avec : Cristelle Ledroit, Isabelle Parsy, Jean-David Stepler, Bertrand Fournel, Pascal Parmentier
Chorégraphie : Lydie Muller
Décors : Dominique Slabbinck
Création lumière : Thierry Benoist
Comédie de Paris • 42, rue Pierre-Fontaine • 75009 Paris
Réservations : 01 42 81 00 11
À partir du 13 septembre 2009, les dimanche et lundi à 20 h 30
Durée : 1 h 20
25 € | 18 € | 10 €