Les Trois Coups
Le cas « Buzzati » à l’honneur
Le metteur en scène Xavier Jaillard nous donne sa recette pour transposer sur scène le texte d’un auteur majeur tel que Dino Buzzati : « une profonde admiration, une absolue sincérité, un comédien de talent, une bonne dose d’inconscience, un peu de temps et beaucoup de modestie ». Dans le Théâtre du Petit-Hébertot, la magie opère pour « le K » : pari réussi !
Le spectacle prend le parti de faire entendre quinze des nouvelles du célèbre auteur italien, regroupées avec d’autres
dans son recueil le plus connu : le K. On pourrait redouter l’hétérogénéité de cette forme de pièce, mais il n’en est rien, tant la force du style de Buzzati rend chaque nouvelle
fascinante, autour de thèmes majeurs qui s’entrecroisent : le temps qui passe, la création artistique, la relation amoureuse, la destinée… Il est aussi question de mort, de Dieu, de
justice… Si les textes oscillent entre réalisme et fantastique, l’humour est souvent là, noir, grinçant, désespéré. Clairvoyant.
La lumière se fait sur l’unique élément de décor : un grand K en trois dimensions, construit en contreplaqué, se dresse sur la scène du Petit Hébertot. C’est intéressant comme objet, un K. Debout, énigmatique jusqu’à la fin, il s’élève dans tout son mystère. Couché, il devient un bureau. De l’autre côté, il peut être un lit, un fauteuil, un bateau, un banc… Déplacée entre chaque récit, cette machine à jouer est bien utilisée dans toutes ses possibilités. Il en est de même pour le costume du personnage, décliné au maximum : avec ou sans chaussures, avec ou sans cravate, avec ou sans chapeau, avec ou sans veste, avec ou sans chemise… Dans un parti pris de simplicité, Xavier Jaillard utilise très bien les possibles qui s’offrent à lui.
Dans ce seul en scène, Grégori Baquet sait se servir de sa beauté et de son naturel pour s’attirer d’emblée toute notre sympathie. Charmeur, subtil, comique, sincère, sa palette de talents est large, et on l’accompagne avec plaisir tout au long du spectacle. L’illustration sonore, trop redondante avec le texte dans les bruitages, prend peut-être un peu trop de place, mais la création lumières est d’une grande qualité, créatrice à la fois d’atmosphères et d’espaces différents.
L’ensemble est bien rythmé (alors qu’il s’agissait de la première), bien construit, et se laisse voir avec bonheur. La magie de la rencontre sur une scène entre un comédien et un auteur opère totalement : les deux, ici, sont excellents. La pièce est à l’image de son affiche : élégante et intrigante. Une excellente occasion de découvrir ou redécouvrir Dino Buzzati, formidablement servi et respecté ici. ¶
Emmanuel Arnault
Les Trois Coups
Le K, de Dino Buzzati
Collection « Pocket », 2002
Mise en scène et adaptation : Xavier Jaillard
Avec : Grégori Baquet
Musique : Frédéric Jaillard
Lumières : Stéphane Baquet
Photo : © Julie Carretier-Cohen
Théâtre du Petit-Hébertot • 78 bis, boulevard des Batignolles • 75017 Paris
Réservations : 01 55 63 96 06
À partir du 15 o
ctobre 2009 à 19 h 30, du mardi au samedi ; dimanche à 15 heures
Durée : 1 h 15
20 € | 15 €