Les Trois Coups
Mots armés à maux dire
La Compagnie Travaux publics quitte un instant sa résidence au Théâtre de l’Usine de Cergy-Pontoise, dans le Val-d’Oise, pour une escale aux Déchargeurs. « À double tranchant » est la dernière pièce d’Agnès Marietta, un duo d’amour qui ne cesse de finir. C’est un moment précieux qui fait de ce lieu un écrin pour un petit bijou, tout en délicatesse, offert au public.
La compagnie a pour vocation de diffuser l’écriture de son auteure, Agnès Marietta. Une équipe pérenne de différents travailleurs du théâtre s’attelle à cet objectif, avec elle et Michel Marietta, qui met la plupart du temps en scène ses pièces. Leur fil rouge : la sincérité humaine, derrière ses masques et ses grimaces. Un théâtre au plus près de l’intime, avec l’authenticité en exigence. Un théâtre qui touche en toute simplicité et qui ne confond pas émotion et lourdeur.
La lumière se fait d’abord sur une discussion prise au vol entre une femme et un homme. Ils se sont séparés il y a un an, leur fille vit avec le père et sa nouvelle amie (jeune – l’ex-aimée ne manquera pas de nous le rappeler). Lui, Laurent, est écrivain et metteur en scène. Elle, Ariane, est comédienne. Il lui propose un rôle dans la pièce qu’il vient d’écrire. Mais les deux personnages fictifs sur le papier, ce sont eux, et, page après page, ce sont les vrais mots de leur rupture qui sont écrits.
© Dominique Chauvin
Là réside précisément l’audacieuse intelligence de l’écriture d’À double tranchant. La pièce de Laurent devient un médiateur pour le couple dé-lié. En s’opposant sur le texte et le discours qu’il porte, les protagonistes dialoguent par le biais des soi-disant personnages. Une manière comme une autre de ne pas dire je tout en criant ce que l’on est. Ce que l’on a été. Le texte est corrigé, les personnages précisés, leur désir affûté, leur rapport éclairé, leur histoire apaisée. Ce remède au couple défait est finement, délicieusement infusé par Agnès Marietta. Il a la qualité suprême de nous parvenir limpide et léger. Mais quelle humilité pour décrire si sobrement et sans pathétique abusif tous les nœuds d’une rupture d’amour ! Quelle perspicacité pour nous en faire rire tant les tendresses et mauvaises fois décrites sont d’une justesse imparable ! Sans talent, le résultat aurait eu vite fait de tourner à la fausse bonne idée, un règlement de comptes lourdement ficelé par pièce interposée.
À la pureté de l’écriture, devait répondre une vérité aiguë dans l’interprétation. Là encore, nous sommes cueillis. Quand le rideau s’ouvre, le premier regard des comédiens et les mots qu’ils échangent ont le ton de la vérité et de la sincérité. Ils ne nous quitteront pas jusqu’à la fin du spectacle. Bérengère Gilberton est terriblement émouvante. Rigide et passionnée, elle provoque chez nous des pincements soudains de cœur. Geoffroy Guerrier, de son côté, donne à un personnage fuyant une spontanéité troublée de doutes profonds : un acteur tout en subtilité. Leurs derniers mots respectifs sont « merci » et « merci ». C’est aussi ce qui me vient en voyant un tel spectacle. Merci pour le paradoxe : marquer en douceur. ¶
Claire Néel
Les Trois Coups
À double tranchant, d’Agnès Marietta
Compagnie Travaux publics • 5, rue Édouard-Remé • 95640 Marines
01 34 28 09 63 | 06 75 63 30 79
Mise en scène : Agnès Marietta
Avec : Bérengère Gilberton et Geoffroy Guerrier
Lumières : Nicolas Japelle
Les Déchargeurs • 3, rue des Déchargeurs • 75001 Paris
Réservations : 08 92 70 12 28
Du 13 octobre au 21 novembre 2009 à 21 h 30
Durée : 55 min
22 € | 18 € | 10 €
vendredi 26 mars à 21 h, dimanche 28 mars à 16 et mardi 30 mars à 21 h...
Renseignements, réservations : 01 30 37 01 11, billetterie@theatredelusine.net
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