Les Trois Coups
Trop poli pour être crédible
Des patients d’un hôpital psychiatrique qui se prennent pour des œuvres d’art célèbres : l’idée est engageante. Je voyais déjà un homme fiévreux aux yeux insensés, prenant la pose du penseur de Rodin. J’avais imaginé une Vénus nue, lippe pendante, récitant le bréviaire… Mais non. Non. Ô déception !
Récapitulons : ils sont nombreux (neuf), ils chantent plutôt bien, ils savent danser, ils sont beaux. La pièce
est montée comme une comédie musicale qui ne se prend pas au sérieux. Elle alterne des scènes chantées et dansées, et des scènes parlées. Le pianiste est présent et joue en direct. L’idée de la
pièce est bonne. Normalement, avec ces ingrédients, le plat obtenu promet de faire frétiller nos papilles.
Et non. Je n’y ai pas cru. À aucune minute, je n’ai éprouvé de réel intérêt pour ces personnages interprétés en surface, trop beaux et trop lisses. Pas un seul ne paraît vraiment fou. Et c’est de la mise en scène que vient le problème. J’ai la sensation que le metteur en scène Jacques Dombrowski s’est concentré sur les effets spectaculaires, plus que sur la matière réelle de ses acteurs. Il a très bien su chorégraphier les mouvements physiques des corps présents sur le plateau – quelques jolis tableaux durant les chansons –, mais les personnages n’ont aucune densité.
Servi si légèrement, le texte ne peut pas passer. Et ce n’est pourtant pas la bonne volonté qui manque à ces jeunes acteurs sémillants ! Ils auraient eu besoin d’être guidés pour oser offrir leur âme et nous faire vibrer. D’autant plus si le registre est comique. Pour l’instant, j’ai vu une troupe de jolies recrues techniquement opérationnelle, qui tentaient de me convaincre avec une version édulcorée de leur être. Trop bien élevées à mon goût. En revanche, je me suis surprise à battre la mesure à plusieurs reprise avec mon pied, surtout lors de la marche militaire de la fin de la pièce, et ce, malgré les lumières bariolées…
Il est vrai que nous le savions depuis le début : ce n’est pas parce que ce huis clos se passe dans un asile que les Folies de Lucien ont grand chose à voir avec Vol au-dessus d’un nid de coucou. Confirmation faite. Mais quelle déception ! ¶
Laurie Thinot
Les Trois Coups
Les Folies de Lucien, d’Alain Barois et Jacques Dombrowski
Galerie & Cie (ABJD) • 64, rue de Montgeron • 91800 Brunoy
06 08 73 88 48
http://www.lesfoliesdelucien.com/
Mise en scène : Jacques Dombrowski
Avec : Clotilde Chevalier, Sébastien Duchange, Sandra Durando, Éric Jetner, Marie Klaus, Virginie Perrier, Léovanie Raud, Benjamin Rolland, Loïc Tévenot
Parolière : Marie Klaus
Composition musicale : Baptiste Chéron
Création lumière : Jacques Châtelet
Régisseur général : Gilles Ducombs
Photo : Hélène Milon
Théâtre des Lucioles • 10, rue du Rempart-Saint-Lazare • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 14 05 51
Du 8 au 31 juillet 2009 à 14 heures
Durée : 1 h 15
18 € | 13 €