Les Trois Coups
L’écrin rouge ou l’ode à Anaïs
Le Théâtre du Kronope, dirigé par Guy Simon, présente « la Tempête », de William Shakespeare, à la Fabrik’Théâtre pendant toute la durée du Off du Festival d’Avignon 2009. De la belle ouvrage. L’auteur va apprécier.
Puisqu’il faut, dit-on, raconter l’histoire, voici le début : « Prospéro, ancien duc de Milan, évincé par son frère, trouve refuge et vit reclus avec sa fille Miranda sur une île inconnue. Grâce à la magie que lui confèrent ses livres, il apprend à maîtriser les éléments et les créatures mystérieuses représentées par Ariel et Caliban ». C’est ce que nous dit le dossier de presse. Vous en savez assez. De toute façon, l’enjeu est ailleurs.
Donc, la Tempête. Et, bien sûr, Shakespeare. En conséquence, je ne vais pas épiloguer sur la qualité théâtrale du texte. Comme toujours, le grand Will sonde les reins et les cœurs. La bassesse comme la grandeur humaine. Avec intelligence. Avec profondeur. Par les dialogues, qui font émerger des vérités. Qui flottent avec entêtement à la surface du monde des hommes.
© Théâtre du Kronope
Quoi qu’il en soit, la Tempête du Kronope, c’est comme l’essence de ses spectacles précédents. J’y découvre encore plus de magie. J’y repère des maquillages et des masques oniriques, des costumes extraordinaires (ah, le manteau de Prospéro ; ah, le « vêtement » de Caliban !, par exemple, tous signés Joëlle Richetta). Je me régale de la mise en scène millimétrée, nerveuse, sombre et enjouée de Guy Simon. Je déguste aussi les lumières somptueuses de Jean-Claude Delacour et de Fodør. Je me délecte enfin de l’interprétation impeccable et bondissante de tous les comédiens (Martine Baudry, Loïc Beauche, Anouck Couvrat, Anaïs Richetta, Guy Simon, Jérôme Simon). Vous l’avez compris : dans ce spectacle, plaisir est le mot clé.
Mais j’ai l’impression que cette Tempête recèle aussi une pépite cachée. Dissimulée comme un secret entre un père et sa fille. Comme si, au-delà de la pièce elle-même, Guy Simon avait tissé un écrin rouge dont le bijou nacré était la jeune Anaïs Richetta. Comme s’il avait voulu l’introniser chevalière de l’ordre des comédiens. Comme s’il lui disait : « À toi de jouer maintenant ; à toi de porter l’étendard du Kronope partout où tu le pourras, partout où tu le voudras, partout où tu le sentiras, partout où tu auras envie d’offrir la parole dramatique, les mots de l’art ». Comme s’il lui avait murmuré à l’oreille : « Va, belle Anaïs, va, cours, vole et nous venge ! ». ¶
Vincent Cambier
Les Trois Coups
La Tempête, d’après William Shakespeare
Théâtre du Kronope • 32, boulevard Limbert • 84000 Avignon
04 90 27 14 31
Mise en scène, adaptation, scénographie : Guy Simon
Avec : Martine Baudry, Loïc Beauche, Anouck Couvrat, Anaïs Richetta, Guy Simon, Jérôme Simon
Musique originale : Fodør
Conception décor et conception graphique : Vivien Simon
Décors : Jacques Brossier
Conception et création costumes : Joëlle Richetta
Chef costumière : Virginie Bréger, assistée de Laura Martineau, Eva Tourault et Anne Véziat
Réalisation du manteau de Prospéro : Monique Vernier
Partenariat avec la section couture, dirigée par Monique Vernier, du lycée professionnel Vincent-de-Paul à Avignon
Masques et accessoires : Martine Baudry
Création lumière : Jean-Claude Delacour et Fodør
La Fabrik’Théâtre • 32, boulevard Limbert • 84000 Avignon
Réservation : 04 90 86 47 81
Administration : 04 90 86 47 81
Du 8 au 31 juillet 2009 à 18 h 15
Durée : 1 h 35
18 € | 13 € | 8 €