Les Trois Coups
Un premier volet réussi
« Crocodile OPA » est le premier volet d’un projet en trois parties. Trois spectacles mêlant le théâtre, la musique et l’image. Un triptyque titré « Trois utopies pour un désastre », trois sujets de société imposants : l’argent, la religion et enfin les médias. Ici, donc, l’argent. En effet, dès l’« annonce portable » la couleur est annoncée, rouge vif : nous sommes priés d’éteindre nos téléphones portables afin que nos opérateurs téléphoniques ne bouffent pas tout notre pognon. La suite ne dément pas : nous sommes là pour parler d’argent et non pas utiliser la langue de bois.
Lorsque l’on se présente au Théâtre de l’Opprimé, on sait que l’on aura affaire à un spectacle politiquement engagé. Ce n’est donc pas une grande surprise, mais la question et l’inquiétude du spectateur dans un spectacle abordant un thème aussi sérieux portent sur la part de divertissement. Or Crocodile OPA, s’il traite avec acidité des réalités sociales, n’en est pas moins un spectacle entraînant.
Les comédiens entrent en même temps que les spectateurs, ce qui n’est pas novateur, mais nous donne une sensation de proximité. Le sujet nous concerne, car, que l’on soit intermittent ou salarié, nous sommes tous esclaves du système. Une fois sur scène les artistes se défont de leur pantalon, veste et chemise. Les costumes se construisent par l’entassement de sous-vêtements et sont un intermédiaire intéressant entre le quotidien et l’étrange. On enlève la carapace du vêtement pour nous montrer l’humain.
© Ernesto Timor
Ensuite, chaque « métier » sera représenté par un costume précaire (une veste et une cravate, un pull) enfilé face à nous. Ainsi, il n’y a pas de personnage, tout juste des « rangs sociaux » portés par des êtres anonymes. Il y a cependant une exception de taille, celle des trois petits cochons tirelire (yen, dollar, euro). C’est leur histoire, car ce sont eux qui nous manipulent du haut de leur toute-puissance. Ces trois cochons drôles et inquiétants nous font entrer dans un univers mêlant très justement l’absurde et le concret.
Comme cela était clairement annoncé, il s’agit de faire fusionner la musique, l’image et le théâtre. Ici, l’utilisation de la musique et de la vidéo est parfois agressive, mais absolument jamais gratuite, si l’on peut me passer l’expression. Car le rythme de la pièce comme les émotions du spectateur sont très bien orchestrés. En effet, après le calme la tempête et vice-versa, si bien qu’on n’en perd pas une miette. C’est un vrai défilé de quotidiens, certains difficiles, d’autres moins. Et, s’il y a un jugement peut-être un peu facile sur les plus riches, la démonstration reste efficace. Nous avons face à nous des catégories sociales, mais surtout du malheur. Et, dans une société en crise depuis quelques années, je pense qu’il n’est pas mauvais de rappeler que notre aliénation au travail et à l’argent nous rend parfois la vie impossible.
Quant à l’interprétation, elle est tout simplement jubilatoire. Précis et justes, les comédiens nous entraînent avec eux au fil du texte et de la musique. En outre, la mise en scène ingénieuse déplace très souvent le regard et l’attention des spectateurs. Si bien qu’on ne cherche plus à deviner, ce qui serait vain, et l’on se laisse surprendre. Ainsi, on ne voit pas les émotions arriver ni le temps passer. La pièce nous plonge dans un état de réflexion, nous secoue et nous permet de retourner à notre quotidien en restant éveillés et lucides quant à notre implication dans ce système. ¶
Lévy Blancard
Les Trois Coups
Crocodile OPA, de François Chaffin
Théâtre du Menteur • Théâtre de Bligny • centre médical de Bligny • 91640 Briis-sous-Forges
01 69 26 10 39 | portable : 06 07 49 73 43
Auteur en scène : François Chaffin
Assistante mise en scène : Isabelle Picard
Jeu et Chant : Serge Barbagallo, Thierry Barthe, Violaine de Carné, Céline Liger, Virginie Peres
Architecture sonore et instrumentation : Bernard Garabédian
Réalisation costumes : Laura Tavernier, assistée d’Aline Pichon
Régie son : Olivier Méteyer et Nicolas Verger
Assistant régie : Antoine Clémot
Images mobiles : Murielle Félix
Costumes, accoutrements, textiles : Bruno Jouvet
Création lumière, régies en scène : Isabelle Picard et François Chaffin
Complicité intemporelle : Valérie Dassonville
Jonglage administratif : Ethan Marchan
Graphisme, photos : Bertrand Sampeur (Timor rocks !)
Chargée de diffusion : Laurence Larcher (06 81 62 34 44)
Théâtre de l’Opprimé • 78 , rue du Charolas • 75012 Paris
Réservations : 01 43 40 44 44
Jeudi 15 janvier 2009 à 15 heures, vendredi 16 janvier 2009 à 20 h 30, samedi 17 janvier 2009 à 19 h 30 (en diptyque avec la Première Fois que la nuit est tombée : 16 h 30) et dimanche 18 janvier 2009 à 16 h 30 (en diptyque avec la Première Fois que la nuit est tombée : 19 h 30)
Durée : 1 heure
16 € | 12 € | 10 €| 6 €