Les Trois Coups

 

Dans quel état j’erre !

 

Hôpital psychiatrique de Ville-Évrard à Neuilly-sur-Marne. Il fait nuit noire. J’erre dans le parc à la recherche des « Anciennes Cuisines », où la Cie Vertical-Détour présente « Kyoto Forever », écrit et mis en scène par Frédéric Ferrer, une pièce sur le réchauffement climatique. Elle est bonne, celle-là ! Je suis complètement gelé. Je repense à Vincent Cambier, notre rédac-chef, qui m’a dit : « Vas-y, tu verras : c’est un truc pour toi. ».

 

Il a raison, Vincent Cambier. On est tous, en effet, bons à enfermer avec notre passion du théâtre ! Cette jeune troupe, déjà, qui travaille en résidence dans cet hôpital psychiatrique où non seulement elle répète, mais aussi anime divers ateliers. Un truc de ouf, comme disent les jeunes. (Si j’ose dire dans un H.P. !) Première bonne surprise : cest plein. Des gens de tous les milieux, de tous les âges, venus voir. Deuxième bonne surprise : ce décor des anciennes cuisines, ça a une gueule « folle ». (Encore ?!) Cest comme une gigantesque station de métro à labandon, avec des voûtes immenses de carrelage qui se délabrent.


Bon, quest-ce que ça raconte Kyoto Forever ? Difficile à dire. Je suppose quau départ Frédéric Ferrer avait voulu faire une critique des atermoiements des nations industrialisées face aux périls écologiques, dont pourtant elles sont responsables et qui menacent la Terre. Ces nations se réunissent en effet régulièrement : Munich, Kyoto, Bali, bientôt Poznan, sans jamais parvenir à un accord réel et efficace sur la « réduction des émissions de gaz à effet de serre » selon la formule consacrée.


Ferrer commence curieusement par une mise en cause du chef-dœuvre des sœurs Brontë, les Hauts de Hurlevent, dont on se demande vraiment ce que ça vient faire là. Railler lidée romantique quon se faisait de la nature il y a un siècle et demi ? Ensuite, cest la conférence ou plutôt sa parodie. Des délégués du monde entier (huit mille en vrai, nous dit-on) sempêtrent au micro dans leurs politesses, leurs arrière-pensées et leurs mesquineries.


On voit ainsi lAmérique (Astrid Cathala) faire sa star, le Venezuela (Maria Montès) jeter son poil à gratter, la Russie (Délia Roubtsova) monopoliser lattention tandis que le président de séance (Jean-Claude Montheil), complètement débordé, essaie de ménager la chèvre et le chou. Le tout assez bien vu mais interminable, du mauvais Ionesco monté par Bob Wilson.


Pressentant le danger, Astrid Cathala fait diversion en poussant des airs dans des jolies robes, les autres esquissent des pas de danse, cest un peu le bazar. Le meilleur moment, cest celui où les délégués, harassés, parlent de leurs vies privées, se découvrant des points communs, parfois saugrenus : plusieurs font des modèles réduits ! Il y a alors une jolie scène entre Karen Ramage (lEurope) et Délia Roubtsova (la Russie), où elles évoquent les poupées russes. Cette trêve nest pas faite pour durer. Revoici Bob Wilson avec des délégués qui reviennent en armure, lAmérique en diva, les autres en technocrates robotisés. « Pétage de plombs », dailleurs pas désagréable, mais qui survient un peu tard.


La sincérité de Ferrer ne fait pas de doute. Cest son deuxième spectacle sur les périls écologiques (le précédent date de 2005 et sappelait Mauvais temps). Il sest documenté, sappuyant notamment sur la compétence de Jean-Pierre Tabet, qui fait autorité en la matière. Cest plutôt que son spectacle a peu de choses à dire de personnel, en réalité, sur le sujet et brouille donc les pistes pour que ça ne se voit pas trop. On préférerait quil prenne le temps de pondre de vrais dialogues puisque quand il le fait, trop rarement ici, cest tout de suite vivant. Bref, quil nous fasse entendre ce que pensent, même pour rire, ces forçats de la négociation condamnés à refaire sans cesse Kyoto Forever au lieu davancer. 


Olivier Pansieri

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

Kyoto Forever, de Frédéric Ferrer

Compagnie Vertical-Détour

www.verticaldetour.org

Écriture, scénographie et mise en scène : Frédéric Ferrer

Avec : Astrid Cathala, Frédéric Ferrer, Maria Montès, Jean-Claude Montheil, Benjamin Nicolas, Karen Ramage, Délia Roubtsova, Stéphane Schoukroun

Conseiller scientifique : Jean-Pierre Tabet

Création lumières : Olivier Crochet

Création son et arrangements : Pascal Bricard

Création costumes : Anne Buguet

Construction décors : Olivier Crochet, Timothy Larcher

Assistante plateau : Céline Crépy

Traductions : Yann Roublou, Délia Roubtsova, Carlos Montes, Laura Diez

Coproduction Vertical Détour | théâtre Le Quai Open-Arts d’Angers

Avec l’aide de la DRAC, du conseil régional d’Île-de-France, du conseil général de Seine-Saint-Denis et de l’ADAMI

Avec le soutien de l’EPS de Ville-Évrard

EPS de Ville-Évrard • 202, avenue Jean-Jaurès • 93330 Neuilly-sur-Marne

RER A4 : Neuilly-Plaisance

Réservations : 01 43 09 35 58

Du 17 au 20 septembre 2008, tous les jours à 20 h 30, vendredi à 15 heures, samedi à 17 heures

Tournée : théâtre Le Quai (Open Arts) d’Angers, 8 et 9 octobre 2008 à 19 heures

Durée : 2 heures

Prix des places : non communiqué

Lun 22 sep 2008 1 commentaire
Quelques images de ce spectacle :
http://www.lequai.tv/fr/bdd/video_id/177
frédéric - le 12/01/2009 à 14h34