Samedi 3 août 1996

 

« La Guitare », diamant noir

 

Un éblouissant mâcheur de mots brûlants, gorgés de sens, nous conte l’histoire d’un nain bossu « laid… d’une laideur qui fait peur ». Ce nain n’a que deux solutions : « l’état religieux ou le péché solitaire » ! Ce nain va, provisoirement, guérir du malheur de vivre grâce à Linda, sa guitare. Le seul être qui va le faire vibrer d’une joie… désespérée. Avec elle, ce nain décide de s’engager dans la voie de l’art. Voie jonchée de cailloux coupants comme des rasoirs : une guitare, aussi, ça peut mourir…


Ce spectacle s’adresse à nous tous. Nous qui « ne sommes même plus capables de percevoir, sous la mélodie trompeuse du discours, le gémissement d’une âme ».


Le décor métaphorique, construit par Vital Desbrousses, permet toutes les dérives à notre imaginaire. La mise en scène de Jack Percher et les lumières de Pascal Batard ont l’intelligence aiguë de la simplicité.


Le comédien Didier Lastère a été hanté pendant trois ans par le texte somptueux de Michel del Castillo. Ses yeux de noyé nous scrutent, dans l’urgence de nous dire la souffrance, la différence du nain. La différence, notre différence. Souverain de silences bruissant de mille sens, Didier Lastère nous émeut profondément en pariant sur la sobriété. 


Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Guitare, de Michel del Castillo

Théâtre du Chêne-Noir à 16 heures

04 90 86 58 11

Tarifs : 100 F et 70 F

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Jeudi 1 août 1996

 

Docteurs ès sons

 

À l’origine, quatre chanteurs comédiens se retrouvent sur une création du Théâtre du Lierre, l’Opéra nomade, mis en scène par Farid Paya. Immédiatement se forge une complicité vocale, issue de leur passion commune pour les chants traditionnels du monde entier et de leur amour du théâtre.

 

Ainsi, ces « mâcheurs de langues » vont nous entraîner dans Dum Tak (création à partir de polyphonies rythmiques d’Indonésie), Anarita (création pour voix et percussions inventées), Namou (comptine sénégalaise), Miwalgu (chant grégorien), Tchakoumbousa (polyphonie de fête), Véoumania (duo mixte), Berceuse tamoule, Alchimie du verbe d’Arthur Rimbaud en langue des signes, Boropkinaï, Oséo et Salé (trois créations inspirées des chants de République centrafricaine et de chants d’enfants mongo avec percussions, etc.


Valérie Joly est formidable de candeur souriante et de talent. Marie-Claude Vallez est étonnante de fraîcheur, de délire contrôlé et de maîtrise dans les aigus. La présence de Jean-Yves Pénafiel est comme une évidence jubilatoire. Vincent Audat joue finement les bouffons « allumés » avec un entrain communicatif. Tous les quatre se situent à un très haut niveau et hors de la planète à l’air raréfié de nos classifications habituelles.


La mise en scène est peut-être un poil trop sobre, mais ce spectacle est, à coup sûr, le bol d’air le plus rafraîchissant du Off 1996 ! 


Vincent Cambier

Les Trois Coups

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Quatuor vocal Nomad

Théâtre de l’Escalier-des-Doms • Avignon

04 90 14 07 99

Du 9 juillet au 3 août à 21 heures

85 F et 60 F

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Mercredi 31 juillet 1996

 

Un jeune animal de race

 

Tita et Lou, deux sœurs presque siamoises, tant elles sont unies de cœur, de corps et d’esprit. Incapables de se séparer, donc. Pour que le drame s’accomplisse, un homme va s’immiscer…

 

La mise en scène simplissime d’Yves-Laurent Schwob nous oblige à imaginer. « On dirait qu’on irait dans la carte postale, on dirait qu’on ferait la sieste, pas pour dormir mais pour chuchoter, on dirait que… »


Le décor est inexistant, la musique et la voix off assourdissantes. La pièce de Catherine Anne, un peu confuse, est tendre, subtile, cruelle et violente. Tout repose donc sur le jeu des deux comédiennes.


Karine Dadi (Tita), souvent un peu froide, finit par nous émouvoir quand elle « craque ».


Mais… il y a Christine Sireyzol (Lou), un jeune animal de race, capable d’avoir des éclats d’une sauvagerie inouïe et de vous faire « pleurer de joie à l’intérieur », capable de passer par toutes les émotions, de sourire à vous liquéfier le cœur, de vous transpercer au fond de l’âme, de vous clouer au fauteuil, éblouis par sa lumière, irradiant de tous les pores de sa peau.


Rappelez-vous, Christine, l’enthousiasme, c’est, littéralement, « le divin qui est en nous ». 


Vincent Cambier

Les Trois Coups

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Tita-Lou, de Catherine Anne

Théâtre du Funambule à 14 h 16

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Mardi 30 juillet 1996

 

Que la vie vous soit légère

 

Un rituel recommencé. Une ambiance africaine. Une histoire d’amour entre le Voyageur (Victor Mazzili) et la Femme (Anne de Galbert), histoire d’amour sadomasochiste entre la Femme et le Traqueur (Henri Thomas). Histoire de haine et de répression entre le Voyageur et le Traqueur. Histoire éternelle, donc. Racontée par un musicien accoucheur de mots, le Sonneur (Alain Lafuente). Un texte de Kossi Efoui, mis élégamment en scène par Mamadou Dioume.


Alain Lafuente domine la distribution par son étonnant talent musical, suivi de près par Victor Mazzili, animal et pudique. 


Vincent Cambier

Les Trois Coups

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Que la Terre vous soit légère

Théâtre du Bélier • 53, rue du Portail-Magnanen • Avignon

04 90 82 51 83

Tous les jours à 13 heures (1 h 15)

Tarifs : 90 F et 65 F

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Dimanche 28 juillet 1996

 

Notre rêve du monde

 

« Je suis la plaie et le couteau !/Je suis le soufflet et la joue !/Je suis les membres et la roue,/Et la victime et le bourreau ! », disait Baudelaire dans son magnifique Héautontimorouménos. Ash et Margot vont jouer à ce jeu sadomasochiste particulièrement dangereux. Comme nous tous, dans nos histoires d’amour, nos histoires de vie. Ash et Margot vont donc essayer de s’aimer. Mais « l’amour ne supporte pas le dilettantisme ».


Ash, qui croit « savoir regarder les gens », qui observe notre « quelconquerie », « guette la catastrophe ». Il oublie malencontreusement que la « lucidité est aussi une manière de mourir ». Il terminera dans la peau du ricaneur, peut-être parce que « rien ne pimente plus le style que le ricanement ». Pauvre esthète ! Interprété avec envergure et grande sobriété par Jean-Michel Noirey, il continuera, blessé à jamais, à proférer, de sa voix chaude, des aphorismes glaçants, et préférera s’abandonner au désespoir.


En revanche, Margot, incarnée avec une belle conviction par Isabelle Malin, d’abord digne petite poupée cassée, la fêlure au bout de l’âme, le sourire lumineux cousu de spleen, finira, elle, « entre la folie et la saloperie », par choisir la vie.


La pièce d’Enzo Cormann, jouée pour la première fois, au Festival d’Avignon, est une des plus belles que nous ayons vues. La mise en scène de Sophie Duprez-Thébault est comme une évidence.


Il faut aller voir Âmes sœurs, car entre notre monde et notre rêve du monde, il y a… le théâtre. 


Vincent Cambier

Les Trois Coups

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Âmes sœurs, d’Enzo Cormann

Mise en scène : Sophie Duprez-Thébault

Avec : Jean-Michel Noirey et Isabelle Malin

Théâtre de l’Escalier-des-Doms • 1 bis rue des Escaliers-Sainte-Anne • Avignon

04 90 14 07 99

Tous les jours à 12 heures

Tarifs : 85 F et 60 F

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« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, “Pariscope”, rubrique « Théâtre »


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