Reportage | Interview


Samedi 14 août 2010 6 14 /08 /2010 17:57

« Le meilleur moyen de pratiquer

la musique klezmer est… d’aller en France »

 

C’était son premier « Avignon ». Amit Weisberger, musicien et théâtreux pour l’occasion, présentait « Shlémiel », un spectacle de contes yiddish, avec pour complice Jean-Luc Bansard, du Théâtre du Tiroir. Avec son violon et ses airs de vieux juif grincheux (plus exactement « khoutzpa », précise-t-il), il apportait une touche délicate et comique qui laissait entrevoir une personnalité attachante. « Les Trois Coups » ont voulu en savoir plus…

 

Quand il arrive à la terrasse de café, Amit Weisberger a toujours sa silhouette de grand jeune homme lunaire et cet air doux qui transparaissait à travers son personnage burlesque. Le képi mou a laissé place à un chapeau plus classique, qui laisse néanmoins échapper une masse de fines boucles brunes. Il m’accueille par un surprenant : « Céline ? J’avais peur que tu ne me reconnaisses pas… ».

 

Amit est israélien. Il préférerait sans doute qu’on évite de commencer ainsi son portrait, d’ailleurs : « Je ne suis pas à l’aise avec mon identité d’Israélien, vu la politique menée par ce pays. Je préfère me penser d’abord comme juif ». Israélien, donc, mais installé en France depuis 2007 avec sa femme, française, et leurs enfants. Là, dans un petit village de Bretagne, Amit fait revivre avec sa fanfare Beigale Orkestra la musique klezmer, qu’il définit comme « la musique traditionnelle des juifs d’Europe de l’Est ». Une musique qui connut son apogée au tournant du xxe siècle, jusqu’aux années vingt, puis une traversée du désert en partie liée à la création de l’État d’Israël. « Afin d’en finir avec l’image du juif victime, du juif errant, Israël interdit la langue et toute la culture yiddish. Il fallait montrer l’image des « nouveaux juifs » pionniers, forts, comme les fondateurs des kibbouztim. »

 

C’est ainsi qu’aujourd’hui en Israël, explique-t-il, le meilleur moyen de pratiquer la musique klezmer est… d’aller en France. La greffe a en effet bien pris : Amit trouve que les Français sont bon public, voire judéophiles, même s’il avoue avoir la nostalgie d’Israël.

 

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Amit Weisberger | © Céline Doukhan

 

À l’école de musique traditionnelle de Redon, où il enseigne le violon, Amit Weisberger transmet aussi cette culture, celle de ses grands-parents. Mais pas question pour lui de faire de la propagande. Le sionisme, le nationalisme israélien, il en est loin : lui milite pour la paix. Et pas qu’avec des notes de musique : de 2003 à 2005, un voyage quasi initiatique digne d’un film de Tony Gatlif l’a conduit du Maine-et-Loire jusqu’à Jérusalem… en roulotte. Déjà, sa femme et son premier enfant, encore bébé, étaient de l’aventure. Lui qui avait abandonné le violon s’en était alors acheté un en route et en a depuis fait sa vie.

 

Le théâtre, il en fait en bakhdan, en « amuseur ». À Avignon, revêtu du vieux costume rapiécé qu’il porte sur scène, il arpentait les rues écrasées de soleil pour, en quelque sorte, faire la manche à l’envers, implorant les passants de lui prendre un tract. Un premier « Off » et, déjà, des observations bien senties : « Ici, toutes les compagnies mendient, cherchent à se vendre, elles sont comme des boîtes de sardines sur une étagère… Je n’aime pas mendier ; là, je jouais mon rôle de mendiant, ce qui m’a permis de me protéger… ». Mieux : de se mettre dans la peau de ce personnage aujourd’hui archaïque de juif khoutzpa, tour à tour revêche et d’une gentillesse désarmante, à l’opposé des stéréotypes virils véhiculés par Israël : « J’étais un peu redevenu ce juif errant, qui ne cherche pas à imposer son identité aux autres… ».

 

L’identité : voilà qui nourrit les interrogations et le travail d’Amit Weisberger. S’il assume sans complexes son identité juive, cela n’est rien en comparaison de la ferveur très, trop présente en Israël, et qui le met mal à l’aise. La musique, en revanche, permet d’éprouver et de croiser toutes les composantes de cette identité juive. C’est ainsi qu’à Avignon, Amit a pu jouer avec des musiciens tsiganes. « Je me suis rendu compte qu’ils connaissaient quasiment tous les airs que je leur proposais, mais aussi qu’ils les jouaient différemment. Et je pourrais aussi reconnaître entre deux musiciens lequel est juif à sa façon de jouer. » Où se trouve cette subtile différence ? Accompagnant ses paroles, les mains longues et mobiles d’Amit Weisberger marquent parfois un temps de repos. « La musique tsigane contient plus de feu, alors que le klezmer est plus émotionnel : on peut passer plus facilement de la gaieté à la tristesse. »

 

Pour Amit, cette musique est bien présente en Israël, mais « cachée » sous la musique actuelle. Là-bas, dit-il, c’est la musique irlandaise qui fait un tabac. À chacun son ailleurs… Sa fanfare y a tout de même reçu un accueil chaleureux. En France, les projets ne manquent pas : concerts, documentaire sur son voyage en roulotte, sans oublier la reprise de Shlémiel à Rennes et à Paris. Même quand il est sérieux, Amit a l’œil qui frise et un sourire aimable au coin des lèvres. Un peu à l’image de sa chère musique klezmer, « jamais cynique ». 

 

Céline Doukhan

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Shlémiel ou la Sagesse des fous, de Jean-Luc Bansard et Amit Weisberger

Le Théâtre du Tiroir • 8, rue Jean-Macé • 53000 Laval

theatre-du-tiroir@wanadoo.fr

www.theatre-du-tiroir.com

Contact artistique : Jean-Luc Bansard | 06 76 29 62 91

Contact diffusion : Chloé Bourgy | 02 43 91 15 66

Avec : Jean-Luc Bansard, Amit Weisberger

Regard complice : Laurent Stéphan

Costumes : Méduline

Durée : 1 h 10

Le samedi 28 août 2010 à 20 h 30 à Rennes, place de la mairie, avec sa fanfare Beigale Orkestra.

Informations : www.ville-rennes.fr et http://www.beigale-orkestra.com/

Entrée gratuite.

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Mercredi 11 août 2010 3 11 /08 /2010 16:08

Claude Nougaro réinterprété avec bonheur

 

Claude Nougaro nous a quittés, il y a déjà un peu plus de six ans. Mais la voix, les textes et la musique d’un des plus grands chanteurs des cinquante dernières années continue à résonner en chacun de ses admirateurs, et ils sont légion. Parmi eux figure André Ceccarelli, qui fut son batteur. « Les Trois Coups » l’ont rencontré au festival de Coutances pour parler du très bel hommage qu’il vient de lui consacrer chez Plus loin music et dont nous avons déjà parlé ici.

 

Les Trois Coups.— André Ceccarelli, vous avez été pendant seize ans le batteur de Dee Dee Bridgewater, et c’est pourtant à Nougaro, que vous avez côtoyé pendant toute sa carrière mais de façon épisodique, que vous choisissez de consacrer un hommage. N’y a-t-il pas là un paradoxe ?

André Ceccarelli.— Je ne le crois pas. D’abord Dee Dee, qui est une grande amie, est toujours là heureusement, contrairement à Claude, mais surtout c’est une interprète et pas un auteur. Et puis, il faut le dire, je n’aurais jamais osé me lancer si je n’avais pas été sollicité par Mme Nougaro.

 

Les Trois Coups.— Parmi tous les titres de Nougaro, pourquoi avoir choisi le Coq et la Pendule qui est loin d’être le plus connu ?

André Ceccarelli.— Ce choix, pour moi, a été une évidence : il ressemble à Claude. Le rapprochement entre l’animal et l’objet a quelque chose d’arbitraire, même s’ils peuvent avoir une fonction commune, il y a une forme de contradiction, mais c’est de là que surgit la poésie.

 

Les Trois Coups.— Pouvez-vous nous retracer la genèse de l’album ?

André Ceccarelli.— Je crois qu’au départ, il y a ce duo que nous avions projeté avec Claude au Drum Summit de Toulouse et que la maladie l’a empêché de réaliser. Et puis, il y a aussi ce superbe album, posthume malheureusement, la Note bleue, paru chez Blue Note. Enfin et surtout, comme je l’ai dit, la demande de Mme Nougaro pour célébrer le 80e anniversaire de sa naissance.

 

Les Trois Coups.— Il faut quand même une certaine audace pour s’attaquer à ce monstre sacré qu’était Nougaro, pour transformer certains de ses titres en morceaux instrumentaux et en confier d’autres à la voix de David Linx.

André Ceccarelli.— Vous savez, Nougaro adorait qu’on reprenne ses morceaux, qu’on les « bidouille », c’est en cela aussi que c’est un homme du jazz. Et puis, comment aurait-on pu concevoir un hommage sans qu’on entendît ses textes ? Les mots de Nougaro, c’est quelque chose : même quand il parlait, on était au théâtre !

 

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André Ceccarelli | © Jean-François Picaut 

 

Les Trois Coups.— Certes, mais pourquoi avoir choisi David Linx pour l’interpréter, les deux hommes sont très différents vocalement ?

André Ceccarelli.— C’est vrai qu’ils sont différents physiquement et sur le plan vocal, et c’est peut-être ça l’intérêt, mais humainement ils étaient très proches. David Linx s’est naturellement imposé, car c’est le seul chanteur de jazz homme « estampillé Nougaro », si je puis dire.

 

Les Trois Coups.— Quel a été votre rôle dans le projet ?

André Ceccarelli.— L’écriture de cet album a été collective. C’est vraiment notre projet commun. Vous savez que nous l’avons d’abord réalisé à compte d’auteur avant que Plus loin music ne nous propose de le produire…

 

Les Trois Coups.— N’êtes-vous pas en train de minorer votre rôle ?

André Ceccarelli.— J’ai pris un grand plaisir à réaliser cet hommage, car j’adore accompagner les chanteurs et les chanteuses. Mon grand regret est de n’avoir pu accompagner Sinatra ! Ceci dit, même si le batteur est devenu un instrumentiste à part entière, et pas seulement celui qui fait boum-boum…

 

Les Trois Coups.— Vous y avez d’ailleurs contribué !

André Ceccarelli.— Merci. Ce que je voulais dire, c’est qu’un batteur ne doit être ni trop devant ni trop derrière. Son rôle, c’est de laisser des espaces pour que le chanteur ou le soliste trouve sa place. Ça me convient très bien.

 

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André Ceccarelli | © Jean-François Picaut 

 

Les Trois Coups.— Ce qu’on entend sur scène peut être très différent de ce qui est gravé sur le disque, et pas seulement parce que vous avez un invité…

André Ceccarelli.— Heureusement, c’est ça le jazz ! Il n’y a pas de servitude sur scène, nous sommes libres… dans un carcan. C’est de la transposition vivante.

 

Les Trois Coups.— Vous avez maintenant 64 ans et une carrière enviable : quels sont vos projets ?

André Ceccarelli.— À part me consacrer à ma famille, c’est la musique, toujours la musique : ce sont les deux choses importantes dans ma vie.

 

Les Trois Coups.— Vous ne pouvez pas être plus précis ?

André Ceccarelli.— Si vous y tenez. Dans les années 1970, avec Alex Ligertwood, Jannick Top, Henri Giordando et d’autres, nous avons fondé un groupe nommé Troc. Fin août, nous allons procéder à des réenregistrements, ce projet me tient à cœur.

 

Les Trois Coups.— Et vous n’avez pas envie de transmettre votre savoir ?

André Ceccarelli.— Je n’ai ni la vocation ni la fibre pédagogiques, mais j’accepte qu’on vienne me voir travailler. Il est vrai qu’un professeur charismatique peut faire gagner du temps, mais en musique rien ne remplace le contact : il faut se frotter au plus grand nombre possible de musiciens.

 

Les Trois Coups.— Merci à vous pour cet entretien, et nous invitons nos lecteurs à se frotter au Coq et la Pendule, un belle réalisation de Plus loin music.

André Ceccarelli.— Merci à vous et aux Trois Coups.

 

Propos recueillis par

Jean-François Picaut

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com 


Le Coq et la Pendule, d’André Ceccarelli

Label : Plus loin music • 8, rue du 7e-Régiment-d’Artillerie • 35000 Rennes

+33 (0) 223 488 879

www.plusloin.net

Avec : André Ceccarelli (batterie), Pierre-Alain Goualch (piano), Diego Imbert (contrebasse) et David Linx (chant)

Prochains concerts :

– jeudi 12 août 2010, amphithéâtre de la Mer, Cap-d’Ail (06) à 21 heures

– samedi 21 août 2010, parc des Expositions de Segré (49) à 20 h 30

– mardi 7 septembre 2010, Tanzmatten, Sélestat (67) à 20 h 30

Contact : Arielle Berthoud, attachée de presse • 3, rue Auguste-Bartholdi • 75015 Paris (France)

Tél. 00 33 (0)1 77 13 59 27 • mobile : 00 33 (0)6 09 70 72 18

Courriel : arielle.berthoud@noos.fr

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Vendredi 11 juin 2010 5 11 /06 /2010 14:42

(Re) découvrir le jazz en concert,

de façon informée et ludique

 

Le quintette de Jacques Vidal (contrebasse), avec Pierrick Pedron au saxophone, Daniel Zimmerman au trombone et tuba, Xavier Desandre-Navarre aux percussions et Isabelle Carpentier au chant, assurait la partie musicale du premier concert thématique consacré à Charles Mingus. Après celle-ci, le public a apprécié l’intervention de Frank Médioni venu partager ses connaissances historiques et musicales. Il a également eu l’occasion de participer à un quiz pour gagner le « Jazz quiz : 300 questions pour (re) découvrir le jazz en s’amusant », un ouvrage de Jean-Marie Villemot et Yannis Perrin. « Les Trois Coups » les ont rencontrés pour recueillir leurs impressions sur la formule du concert thématique et les interroger sur leur livre, en amont du deuxième concert « Antonio Carlos Jobim : la bossa-nova et le jazz ».

 

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 Yannis Perrin 

 

Les Trois Coups.— Yannis Perrin, vous participiez, comme spectateur et comme acteur (nous y reviendrons) au premier concert thématique consacré à Mingus. Que pensez-vous de la formule ?

Yannis Perrin.— La formule est résolument interactive et synonyme d’échanges avec le public. Si le jazz peut parfois sembler difficile d’approche pour certaines personnes, l’idée est de leur donner les « clés » leur permettant d’apprécier une musique, le jazz, qui, comme de nombreuses musiques, est synonyme de vie, de partage et de plaisir. La curiosité et l’ouverture d’esprit font le reste !

 

Les Trois Coups.— Au cours de cette soirée, vous étiez chargé de la partie la plus interactive, le quiz. Comment l’avez-vous conçu ? Quelle a été la réaction du public ?

Yannis Perrin.— Avec Jacques Vidal, nous avions préparé une quinzaine de questions sur Charles Mingus, que nous avions complétées avec quelques questions du Jazz quiz. Je m’étais également entendu avec Frank Médioni pour qu’il distille quelques éléments de réponses dans sa présentation de Mingus en première partie de soirée.

J’avoue avoir été très heureux de la réaction du public. Je disposais d’une vingtaine d’exemplaires qui sont tous partis en moins de cinq minutes, et en maintes occasions les bonnes réponses fusaient de part et d’autre. C’était le but recherché.

 

Les Trois Coups.— Si on vous avait confié cette tâche, c’est en qualité de coauteur de Jazz quiz : 300 questions pour (re) découvrir le jazz en s’amusant. Pouvez-vous nous présenter cet ouvrage, sa philosophie et son contenu ?

Yannis Perrin.— Il est temps que tu interviennes, Jean-Marie !

Jean-Marie Villemot.— Le Jazz quiz est une histoire du jazz, de la fin du xixe siècle à cette année, présentée sous la forme la plus ludique possible. Au passage, nous avons tordu le cou à l’hermétisme, qui donne parfois l’impression que le jazz est une musique élitiste. Quelle erreur ! Nous avons également souligné ce qui reliait le jazz à la musique classique, au rock, à la variété et aux musiques urbaines. Notre but est l’ouverture totale : faire vivre le plus possible le jazz, une musique extraordinaire qui n’a eu de cesse de se transformer.

Yannis Perrin.— Tout à fait. J’aime à dire que cet ouvrage part des origines du jazz jusqu’au « concert d’hier soir ». Nous avons souhaité évoquer le plus grand nombre de musiciens, des origines jusqu’à aujourd’hui. Et bien évidemment, nos coups de cœur.

Jean-Marie Villemot.— La philosophie de cet ouvrage est née de ce désir de faire partager au plus grand nombre possible notre passion commune, avec Yannis, pour le jazz.

 

jazz-quiz Les Trois Coups.— Il y manque peut-être un index. Mais, à cette réserve mineure près, il est vrai que c’est un ouvrage aux intérêts multiples : attrayant par son côté ludique qui peut donner lieu à de beaux moments en famille ou entre amis, sérieusement documenté sans être pédant, pratique car il tient facilement dans la poche et, ce qui ne gâche rien, d’un prix tout à fait modique. Avez-vous d’autres projets éditoriaux de la même veine ?

Yannis Perrin.— Jean-Marie écrit des romans policiers édités chez Rivages Noir. Son dernier opus, l’Évangile obscur, vient de sortir. Il s’agit d’un thriller situé en l’an 28 de notre ère en Palestine. Un certain Yeshuâ, fils de Myriam et Yossef, y joue un rôle décisif… Difficile d’y caser du jazz…

Jean-Marie Villemot.— Oui. Je prépare depuis un polar centré sur le jazz. Jerry Roll Morton pourrait y pointer le bout de son nez…

Yannis Perrin.— Quant à moi, je continue d’animer le blog « Akcentuate the positive », dédié au jazz. J’ai également une idée de nouvelle qui tournerait autour du jazz et se situerait entre New York et Paris…

 

Les Trois Coups.— Vous êtes vous-mêmes musiciens, pouvez-vous nous présenter le deuxième concert thématique ?

Jean-Marie Villemot.— Après Mingus, le voyage musical continue avec la bossa-nova. Une musique pleine de sensualité, de douceur et de belles mélodies interprétées par le quartette de Jacques Vidal. Avec, en début de soirée, la présence de Frank Médioni, comme pour la première soirée en mai dernier.

Yannis Perrin.— Outre que nous serons dans les premiers jours de l’été, le choix me plaît. Certains standards sont entrés dans la mémoire collective de chacun. Qui n’a jamais chantonné le thème de The Girl from Ipanema sans savoir que Jobim en était le compositeur ?

Jean-Marie Villemot.— Tout à fait. Et la bossa-nova a su rapidement susciter l’intérêt de nombreux jazzmen comme Dizzy Gillespie, Frank Sinatra ou Stan Getz.

 

Les Trois Coups.— Merci à tous les deux. Votre connivence dans le jazz est épatante.

Yannis Perrin.— Merci aux Trois Coups, et nous donnons donc rendez-vous à tous vos lecteurs le 24 juin 2010 pour écouter le quartette de Jacques Vidal à L’Abbaye-Jazz Club, dans le sixième arrondissement parisien. 

 

Propos recueillis par

Jean-François Picaut

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Concerts thématiques, à L’Abbaye-Jazz Club

Association Jacques Vidal Quintette

Contact : Dominique Matray • 2 bis, cité Popincourt • 75011 Paris

Tél. +33 06 18 28 19 24

do.matray@yahoo.fr

http://www.jacquesvidal.com/

Antonio Carlos Jobim : la bossa-nova et le jazz

Avec : Isabelle Carpentier (chant), Xavier Desandre-Navarre (percussions), Frédéric Sylvestre (guitare), Jacques Vidal (contrebasse) et un invité surprise

Soirée présentée par Franck Médioni

L’Abbaye-Jazz Club • 22 , rue Jacob • 75006 Paris

Métro Saint-Germain-des-Prés

Jeudi 24 juin 2010 à 20 heures précises

15 € | 10 €

Jazz quiz : 300 questions pour (re) découvrir le jazz en s’amusant, de Jean-Marie Villemot et Yannis Perrin

Éditions Les Beaux Jours

7,90 €

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Mardi 8 juin 2010 2 08 /06 /2010 22:04

Jazz à Vienne : la tête dans les étoiles

et les pieds sur terre

 

Petit à petit, le festival de jazz à Vienne (38) s’est construit une renommée qui peut faire des jaloux. Aujourd’hui, pour sa 30e édition, il peut se targuer d’appartenir au club fermé des grands festivals, en France bien sûr, mais aussi en Europe. « Les Trois Coups » ont rencontré son heureux directeur, Jean-Paul Boutellier, pour évoquer le passé et l’édition 2010.

 

jean-paul-boutellier Les Trois Coups.— Jean-Paul Boutellier, vous faites partie des fondateurs du festival Jazz à Vienne, pouvez-vous, alors que ce festival fête sa trentième édition, nous rappeler les conditions dans lesquelles il est né et la volonté qui a présidé à sa création ?

Jean-Paul Boutellier.— Est-ce que tous les évènements de ce genre ne naissent pas d’une passion ? La mienne pour le jazz date de mon adolescence, même si je suis toujours resté amateur. Après avoir organisé divers évènements à Lyon, où je résidais alors, je me suis pris à rêver d’un festival. Le refus de la ville de Lyon a d’abord été une déconvenue. C’est alors, nous étions en 1981, que Vienne a accepté avec enthousiasme de nous accueillir. Depuis, je m’en félicite tous les jours. C’est évidemment plus facile de piloter un tel festival dans une ville de trente mille habitants, les contraintes sont beaucoup moins lourdes. Vous me direz qu’il y a aussi l’atout énorme que représente le théâtre antique. C’est vrai qu’il s’agit d’un des plus beaux et plus grands théâtres (7 000 places aujourd’hui) que nous ait légués l’Antiquité, mais ce n’est plus actuellement que la partie émergée de l’iceberg, comparée à tout se qui se passe en ville et dans le pays de Vienne.

 

Les Trois Coups.— Aviez-vous un modèle, un exemple en créant ce festival ?

Jean-Paul Boutellier.— Notre source d’inspiration a été double. La première était un festival qui n’existe plus sous cette forme à Nîmes et l’autre, le festival de Montreux qui avait déjà dix ans. Nous n’étions pas attirés par l’exemple d’Antibes et de Nice, qui sont d’abord conçus pour attirer un public de vacanciers, souvent parisien.

 

Les Trois Coups.— En jetant un coup d’œil dans le rétroviseur, quel est votre meilleur souvenir ?

Jean-Paul Boutellier.— Ah ! Je dirais d’abord qu’il n’y en a pas de mauvais ou, alors, ils s’estompent avec le temps. Ma plus grande satisfaction, c’est évidemment le développement du festival et son ampleur. Comment ne pas se réjouir de voir la population locale adhérer toujours plus nombreuse à notre projet et nous le manifester par sa fidélité – 3 000 abonnés, cette année ? Et tout cela se fait dans l’harmonie et la bonne entente.

 

Les Trois Coups.— Vous n’avez donc aucun souvenir exécrable ?

Jean-Paul Boutellier.— Franchement, non ! Mais, si vous y tenez, j’évoquerai la grève des camionneurs, qui, une année, a bloqué, pendant plusieurs jours, tous les accès au pays de Vienne. Nous avons évidemment été gênés pour accueillir les professionnels, et le public a pu venir moins nombreux. Vous savez, nous n’avons jamais dû affronter l’acrimonie du public, des récriminations de spectateurs furieux de ceci ou de cela. Je vais même vous raconter une anecdote édifiante à ce sujet. Un jour, un spectateur a été victime d’un accident grave. Il a fallu l’évacuer d’urgence avec sirènes et tout le tintouin. Eh bien, sorti de l’hôpital, il est revenu en fin de soirée pour se faire dédicacer son plâtre par les artistes !

 

Les Trois Coups.— Aujourd’hui, la formule est bien rodée avec les soirées jazz, blues, gospel, la présence de la musique afro-cubaine ou brésilienne. Que répondez-vous à ceux qui disent que Jazz à Vienne fait trop de concessions à l’air du temps et n’est plus un vrai festival de jazz ?

Jean-Paul Boutellier.— Je leur conseille de bien faire leurs comptes. Sur les quinze soirées que nous proposons cette année, qu’ils regardent combien sont en marge de ce qu’ils considèrent comme du jazz ! Je suis persuadé que la première année la part faite au jazz stricto sensu était moins importante. Que ces personnes ne viennent pas aux soirées qu’elles critiquent et contribuent à remplir les autres : ce sont souvent celles où il reste de la place. Nous n’avons pas à rougir de notre programmation, et je l’assume totalement. Tous les festivals connaissent des contraintes budgétaires. Un festival comme le nôtre, que les spectateurs financent à 80 %, a besoin de programmer des artistes qui remplissent le Théâtre antique. Les spectacles plus pointus sont programmés dans d’autres lieux.

 

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 Jazz à Vienne | © Bruno Théry 

 

Les Trois Coups.— Que faites-vous, dans cette édition, pour que Jazz à Vienne soit une grande fête accessible à tous ?

Jean-Paul Boutellier.— C’est pour nous un objectif essentiel de veiller à ce que Jazz à Vienne soit une manifestation populaire. Toute la programmation en ville y concourt. Ne manquez pas de rappeler à vos lecteurs que tout ce qui se passe en dehors du Théâtre antique est entièrement gratuit. C’est là que nous programmons des artistes de renommée régionale ou nationale, voire internationale. Cette possibilité de découverte est importante pour le public, mais elle l’est également pour les musiciens à qui elle procure des ressources et de la notoriété.

 

Les Trois Coups.— On ne compte plus les vedettes qui se sont produites sur la scène du Théâtre antique. Compter celles qui n’y sont pas passées serait plus aisé, et cette année ne faillit pas à la tradition avec Wayne Shorter, Paco de Lucia, Brad Mehldau, Michel Portal, Joe Cocker, Elvis Costello, Paolo Conte pour les hommes et chez les femmes : Liz Mc Comb, Dee Dee Bridgewater, Regina Carter, Diana Krall, China Moses, Esperanza Spalding, Mart’nalia, etc. Que conseilleriez-vous à une personne qui ne pourrait s’offrir qu’une seule soirée ?

Jean-Paul Boutellier.— C’est l’éternelle question ! Notre programmation est très variée, et je crois que chacun, en consultant le programme, peut trouver quelque chose qui lui convienne. Vous avez cité vous-même Wayne Shorter, Brad Mehldau, Portal, Dee Dee Bridgewater : autant d’univers susceptibles d’attirer des publics différents. Cette année, votre liste le montre, nous faisons la part belle au jazz vocal, c’est sans doute un genre plus attractif pour beaucoup. Pour faire un peu d’humour, je conseillerai volontiers aux spectateurs critiques, que vous citiez tout à l’heure, de venir découvrir Esperanza Spalding. Elle partage une soirée avec Joe Cocker, qui n’a sans doute pas leur faveur. Esperanza Spalding, cette jeune contrebassiste et chanteuse de 24 ans, est une véritable révélation du jazz, et la programmer avec Joe Cocker est une façon d’en faciliter la découverte pour un large public. Malheureusement pour ces gens dont nous parlions, la soirée est déjà complète !

 

Les Trois Coups.— On connaît les difficultés actuelles de la culture. Tous les festivals sont touchés par des réductions de moyens. Jazz à Vienne échappe-t-il aux effets conjugués de la crise et de la réforme territoriale ?

Jean-Paul Boutellier.— Comme je vous le rappelais tout à l’heure, nous avons un autofinancement de 80 % sur un budget de trois millions et demi d’euros, hors fonctionnement, nous sommes donc moins touchés que d’autres qui sont plus dépendants des subventions. Et, pour le dire avec le sourire, le ministère de la Culture peut bien nous supprimer tout ce qu’il veut : il ne nous a jamais aidés… Plus sérieusement, malgré la crise, les spectateurs nous restent fidèles, et nous sommes particulièrement fiers de nos trois mille abonnés, que je veux remercier ici. Par ailleurs, la vente en billetterie démarre de façon plutôt satisfaisante, et nous avons déjà trois soirées complètes. Là où nous ressentons, comme les autres, la diminution des subventions, c’est sur tout ce qui est gratuit et dont le financement dépend des collectivités et de nos autres partenaires.

 

Les Trois Coups.— Avez-vous une idée assez précise de la provenance de votre public ?

Jean-Paul Boutellier.— Les dernières statistiques précises remontent à environ trois ans. Depuis, c’est beaucoup plus compliqué avec le développement de la billetterie par Internet, qui représente actuellement environ 30 %. On estime à 70 % ou 75 % la part de Lyon Métropole, dont le pays de Vienne. Arrivent ensuite les agglomérations de Grenoble, Chambéry, Valence… et le reste de la France. Il y a aussi des spectateurs étrangers : nous sommes très connus aux États-Unis. Là-bas, la grande presse nous accorde une place, alors qu’ici aucun grand hebdomadaire, par exemple, ne nous a encore consacré sa une !

 

Les Trois Coups.— Merci beaucoup, Jean-Paul Boutellier, et tous nos vœux accompagnent votre festival.

Jean-Paul Boutellier.— Ce qui est vraiment important, c’est que cette musique, le jazz, rencontre tout le succès qu’elle mérite. 

 

Propos recueillis par

Jean-François Picaut

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com 


Festival Jazz à Vienne (38), 30e édition

Du 25 juin au 9 juillet 2010

Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne

Tél. +33 (0)4 74 78 87 87

Fax +33 (0)4 74 78 87 88

Renseignements : www.jazzavienne.com

Billetterie : billetterie@jazzavienne.com

Commandez en ligne et imprimez vous-mêmes vos billets à domicile :

Infoline : 0892 702 007 (0,34 euros/min)

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Lundi 31 mai 2010 1 31 /05 /2010 17:17

Pascal Rico, du bout du rouleau

au Bout-du-Monde

 

Passé du théâtre de la rue à celui de l’Opprimé, et du Théâtre de l’Opprimé à celui du Bout-du-Monde, Pascal Rico, clochard il y a quinze ans, est aujourd’hui acteur et formateur. Cet « homme heureux » interprétait un détonant Bottom dans « le Songe d’une nuit de mai », qui vient d’être monté avec succès à Nanterre. 

 

« L’homme qui entreprendra d’expliquer ce songe n’est qu’un âne… » Pascal Rico dans la peau de Bottom rayonne en lançant cette mise en garde dans le Songe d’une nuit de mai, d’après Shakespeare. Difficile d’imaginer que ce gaillard érudit aux cheveux gris fut SDF.

 

Et pourtant, en 1998, Pascal est à la rue. Sans papiers, sans emploi ni logement, il n’a rien qu’un survêt, quelques tatouages, la toxicomanie qui le mine et la galère qui le poursuit. Sa famille s’est éloignée. Lui est passé par la prison. Mais un soir d’août à la gare d’Argenteuil, le désespoir qui l’accable arme le ressort de sa renaissance. Prêt au pire, Pascal se « donne une dernière chance ».

 

Il se rend successivement dans différents centres d’accueil et d’aide pour les plus démunis, à Nanterre. La misère noire qui règne là brasse toxicos, anciens détenus, SDF et « toute une armée de clochards, endormis dans leur vomi ou leur pisse ». Au CASH (centre d’accueil et de soins hospitaliers), Pascal trouve de l’aide, un soutien qui le mène en moins de deux ans à reprendre pied dans la société. Il participe alors à un atelier interdisciplinaire. On lui propose un rôle dans une pièce. Pour lui, un brin réticent et qui ne garde du théâtre que quelques souvenirs écoliers – Andromaque de Racine, le Cid, des récitations –, le jeu lui vient comme une bouffée d’oxygène.

 

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 Pascal Rico et Philippe Guérin 

 

Il poursuit l’expérience avec le metteur en scène Philippe Guérin qui anime un atelier et a monté la compagnie Théâtre du Bout-du-Monde avec Miguel Borras, son acolyte. « Je lui ai donné un petit rôle, celui d’un garagiste, syndicaliste CGT, se souvient le metteur en scène. Il détonnait. Il avait envie d’apprendre, était attentif. » Philippe Guérin insiste sur l’« intelligence collective » de Pascal : « Il sait mettre en avant les autres, c’est sa force. Au début, il butinait. Il venait de temps en temps, parfois quelques semaines avant la représentation de fin d’année en juin. C’est lentement qu’il est devenu une cheville entre les différents publics et ateliers. »

 

Après dix ans au CASH, des emplois épisodiques en qualité de Père Noël ou de membre des Brigades d’intervention poétique, Pascal signe un contrat avec le Théâtre du Bout-du-Monde. Le premier après dix-huit ans de précarité. Il se forme un temps au Théâtre de l’Opprimé * et anime à présent un atelier pour les enfants et les adolescents en difficulté, un centre d’alphabétisation pour les femmes du quartier, des ateliers de marionnettes où l’on confectionne de grandes têtes à rêves… Il seconde aussi Philippe au Bout-du-Monde et jusque dans le Xe arrondissement pour ces ateliers-théâtre destinés aux hébergés d’Emmaüs : « Le tout est de donner un sens à ceux qui le pratiquent ». Emmanuel Peironnet, un de ses amis rencontré dans leur galère commune, a suivi un chemin parallèle. Le Théâtre des Amandiers, à Nanterre, l’a récemment accueilli dans sa troupe. Il vient d’achever une tournée avec les Fiancés de Loches (voir ici et ici).

 

Après avoir joué le Bar des arts, une création de la compagnie, qui brode de l’improvisation sur un canevas shakespearien, des textes de Prévert ou de Gorki, la troupe a joué tout récemment le Songe d’une nuit de mai. Pascal y brillait en Bottom. Le plaisir du jeu déborde, paraît-il, jusque dans sa vie quotidienne et lui apporte une grande « richesse intellectuelle ». Le théâtre joue ainsi son rôle, « jubilatoire » affirme le comédien, le regard brillant. Pour le croire, il n’est que de le voir, lui Bottom, enfiler sa tête d’âne, histoire d’aller séduire la reine des fées, le temps d’un songe. 

 

Cédric Enjalbert et Alexia Gautier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com 

*Le Théâtre de l’Opprimé est une compagnie et un lieu, qui a ouvert ses portes en 1996 dans le XIIe arrondissement. Ainsi nommé d’après un ouvrage éponyme d’Augusto Boal, sa méthode s’inspire du « théâtre forum », initié par ce metteur en scène brésilien dans les années soixante. Au cœur des favelas de São Paulo, sous un régime dictatorial, le théâtre forum était un projet politique et participatif, entendant donner aux acteurs – des populations opprimées – les moyens de leur autonomie et de leur émancipation, en mettant en scène leurs problématiques socio-économiques et politiques.

À lire : Théâtre de l’opprimé, d’Augusto Boal, aux éditions La Découverte

Voir aussi le reportage de Cédric Enjalbert sur le Théâtre du Bout-du-Monde pour les Trois Coups


Théâtre du Bout-du-Monde

www.theatreduboutdumonde.fr

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