« Le meilleur moyen de pratiquer
la musique klezmer est… d’aller en France »
C’était son premier « Avignon ». Amit Weisberger, musicien et théâtreux pour l’occasion, présentait « Shlémiel », un spectacle de contes yiddish, avec pour complice Jean-Luc Bansard, du Théâtre du Tiroir. Avec son violon et ses airs de vieux juif grincheux (plus exactement « khoutzpa », précise-t-il), il apportait une touche délicate et comique qui laissait entrevoir une personnalité attachante. « Les Trois Coups » ont voulu en savoir plus…
Quand il arrive à la terrasse de café, Amit Weisberger a toujours sa silhouette de grand jeune homme lunaire et cet air doux qui transparaissait à travers son personnage burlesque. Le képi mou a laissé place à un chapeau plus classique, qui laisse néanmoins échapper une masse de fines boucles brunes. Il m’accueille par un surprenant : « Céline ? J’avais peur que tu ne me reconnaisses pas… ».
Amit est israélien. Il préférerait sans doute qu’on évite de commencer ainsi son portrait, d’ailleurs : « Je ne suis pas à l’aise avec mon identité d’Israélien, vu la politique menée par ce pays. Je préfère me penser d’abord comme juif ». Israélien, donc, mais installé en France depuis 2007 avec sa femme, française, et leurs enfants. Là, dans un petit village de Bretagne, Amit fait revivre avec sa fanfare Beigale Orkestra la musique klezmer, qu’il définit comme « la musique traditionnelle des juifs d’Europe de l’Est ». Une musique qui connut son apogée au tournant du xxe siècle, jusqu’aux années vingt, puis une traversée du désert en partie liée à la création de l’État d’Israël. « Afin d’en finir avec l’image du juif victime, du juif errant, Israël interdit la langue et toute la culture yiddish. Il fallait montrer l’image des « nouveaux juifs » pionniers, forts, comme les fondateurs des kibbouztim. »
C’est ainsi qu’aujourd’hui en Israël, explique-t-il, le meilleur moyen de pratiquer la musique klezmer est… d’aller en France. La greffe a en effet bien pris : Amit trouve que les Français sont bon public, voire judéophiles, même s’il avoue avoir la nostalgie d’Israël.
Amit Weisberger | © Céline Doukhan
À l’école de musique traditionnelle de Redon, où il enseigne le violon, Amit Weisberger transmet aussi cette culture, celle de ses grands-parents. Mais pas question pour lui de faire de la propagande. Le sionisme, le nationalisme israélien, il en est loin : lui milite pour la paix. Et pas qu’avec des notes de musique : de 2003 à 2005, un voyage quasi initiatique digne d’un film de Tony Gatlif l’a conduit du Maine-et-Loire jusqu’à Jérusalem… en roulotte. Déjà, sa femme et son premier enfant, encore bébé, étaient de l’aventure. Lui qui avait abandonné le violon s’en était alors acheté un en route et en a depuis fait sa vie.
Le théâtre, il en fait en bakhdan, en « amuseur ». À Avignon, revêtu du vieux costume rapiécé qu’il porte sur scène, il arpentait les rues écrasées de soleil pour, en quelque sorte, faire la manche à l’envers, implorant les passants de lui prendre un tract. Un premier « Off » et, déjà, des observations bien senties : « Ici, toutes les compagnies mendient, cherchent à se vendre, elles sont comme des boîtes de sardines sur une étagère… Je n’aime pas mendier ; là, je jouais mon rôle de mendiant, ce qui m’a permis de me protéger… ». Mieux : de se mettre dans la peau de ce personnage aujourd’hui archaïque de juif khoutzpa, tour à tour revêche et d’une gentillesse désarmante, à l’opposé des stéréotypes virils véhiculés par Israël : « J’étais un peu redevenu ce juif errant, qui ne cherche pas à imposer son identité aux autres… ».
L’identité : voilà qui nourrit les interrogations et le travail d’Amit Weisberger. S’il assume sans complexes son identité juive, cela n’est rien en comparaison de la ferveur très, trop présente en Israël, et qui le met mal à l’aise. La musique, en revanche, permet d’éprouver et de croiser toutes les composantes de cette identité juive. C’est ainsi qu’à Avignon, Amit a pu jouer avec des musiciens tsiganes. « Je me suis rendu compte qu’ils connaissaient quasiment tous les airs que je leur proposais, mais aussi qu’ils les jouaient différemment. Et je pourrais aussi reconnaître entre deux musiciens lequel est juif à sa façon de jouer. » Où se trouve cette subtile différence ? Accompagnant ses paroles, les mains longues et mobiles d’Amit Weisberger marquent parfois un temps de repos. « La musique tsigane contient plus de feu, alors que le klezmer est plus émotionnel : on peut passer plus facilement de la gaieté à la tristesse. »
Pour Amit, cette musique est bien présente en Israël, mais « cachée » sous la musique actuelle. Là-bas, dit-il, c’est la musique irlandaise qui fait un tabac. À chacun son ailleurs… Sa fanfare y a tout de même reçu un accueil chaleureux. En France, les projets ne manquent pas : concerts, documentaire sur son voyage en roulotte, sans oublier la reprise de Shlémiel à Rennes et à Paris. Même quand il est sérieux, Amit a l’œil qui frise et un sourire aimable au coin des lèvres. Un peu à l’image de sa chère musique klezmer, « jamais cynique ». ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
www.lestroiscoups.com
Shlémiel ou la Sagesse des fous, de Jean-Luc Bansard et Amit Weisberger
Le Théâtre du Tiroir • 8, rue Jean-Macé • 53000 Laval
Contact artistique : Jean-Luc Bansard | 06 76 29 62 91
Contact diffusion : Chloé Bourgy | 02 43 91 15 66
Avec : Jean-Luc Bansard, Amit Weisberger
Regard complice : Laurent Stéphan
Costumes : Méduline
Durée : 1 h 10
Le samedi 28 août 2010 à 20 h 30 à Rennes, place de la mairie, avec sa fanfare Beigale Orkestra.
Informations : www.ville-rennes.fr et http://www.beigale-orkestra.com/
Entrée gratuite.


Les Trois Coups.— Il y manque peut-être un index. Mais, à cette réserve mineure près, il est vrai que c’est un ouvrage aux intérêts multiples : attrayant par
son côté ludique qui peut donner lieu à de beaux moments en famille ou entre amis, sérieusement documenté sans être pédant, pratique car il tient facilement dans la poche et, ce qui ne gâche
rien, d’un prix tout à fait modique. Avez-vous d’autres projets éditoriaux de la même veine ?
Les Trois Coups.— Jean-Paul Boutellier, vous faites partie des fondateurs du festival Jazz à Vienne, pouvez-vous,
alors que ce festival fête sa trentième édition, nous rappeler les conditions dans lesquelles il est né et la volonté qui a présidé à sa création ?


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