Île-de-France | 2011-2012


Jeudi 23 février 2012 4 23 /02 /Fév /2012 11:37

« Mozart 1789 » : peut mieux faire

 

« Mozart 1789 » est un spectacle sympathique, mais d’un accès sans doute peu aisé aux petites oreilles auxquelles il est destiné.

 

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« Mozart 1789 » | © Philippe Rocher

 

La salle ventrue du théâtre de La Pépinière est pleine à craquer, orchestre et balcon. Il est sans doute vrai que le public est fidèle à l’Écla Théâtre, spécialiste des mises en scène « jeune public » de classiques (voir notre critique de Contes). Et puis Mozart est un nom vendeur et rassurant : le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on n’a pas l’impression de sauter dans l’inconnu…

 

Le programme nous dit que l’argument est inspiré de Mozart et Salieri, très courte pièce de Pouchkine, soit la rivalité maintenant rebattue entre les deux compositeurs, avec le mythe d’un Salieri jaloux et assassin. En fait, ici, cette histoire ne sert pas vraiment la tension dramatique, elle sert… elle sert à quoi d’ailleurs? À pas grand-chose, finalement.

 

Heureusement, l’originalité du spectacle n’est pas là. C’est plutôt un autre binôme qui retient l’attention : Mozart et Marie-Antoinette. Comme couple vedette, ils se posent là, c’est sûr. Et pourquoi pas ? L’idée est de montrer les destins parallèles de ces deux stars du XVIIIe siècle, de leurs jeux d’enfants à la mort de l’un et de l’autre. Avec des effets collatéraux : le caractère plutôt attachant de Wolfgang (ici montré, et c’est tant mieux, sans les clichés de l’enfant prodige, etc.) déteint sur Marie-Antoinette, en faisant par ricochet un personnage positif, tendance très à la mode ces dernières années. Elle est ici présentée comme une reine-enfant au minois boudeur, aux pommettes hautes et rosées, encadré de lourdes boucles blondes : telle est la figure juvénile, mais non dénuée de classe de son interprète, Marie Planinsek. Marie-Antoinette s’ennuie, Marie-Antoinette traverse la scène en chemise blanche, l’air perdu tandis que s’égrène, terrible – ou plutôt pas si terrible que ça – la liste de ses chefs d’accusation. La reine, enfin, dans une posture de martyr maintenant assez familière, reste les yeux levés au ciel tandis que sa fin approche, au son, toujours aussi efficacement dramatique, du Requiem de qui-vous-savez.

 

Une biographie impressionniste

Un spectacle historique, donc ? Pas vraiment. Contrairement à ce que le titre suggère, on ne voit pas trop comment Mozart se positionne dans les évènements politiques de son temps, ni quels étaient les débats qui auraient pu influencer sa vie ou son œuvre. Ou alors de façon très fragmentaire : on entend Liberté, égalité, fraternité, ou encore, ultime phrase du spectacle, Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit. On est davantage du côté de la biographie, mais, pour employer un anachronisme, une biographie de facture « impressionniste ». Les phases de la vie de Mozart sont évoquées dans des saynètes qui s’enchaînent avec fluidité : changements de décors, de costumes… se succèdent sans temps mort, mais il est probable que les plus jeunes spectateurs aient du mal à cerner les contours volontairement flous des différents épisodes.

 

Les airs chantés sont ainsi intégrés sans que l’on sache de quelle œuvre ni surtout de quel propos il s’agisse. En effet, les extraits sont chantés en italien ou en allemand sans autre forme de procès ! Donc, soit le spectateur a la chance de connaître l’extrait en question et de pouvoir saisir ce qu’il vient faire là, soit il ne le connaît pas et il est condamné à rester dans l’ignorance le temps que l’histoire reprenne son cours.

 

Heureusement, côté interprétation, les chanteurs s’en sortent bien, à commencer par Marie Planinsek, plus à l’aise dans les aigus que Loreline Mione, dont le personnage multifacette de Chérubin/génie/conscience de Mozart (un peu selon le procédé utilisé dans le film Gainsbourg, vie héroïque) peine à convaincre, surtout au début. En revanche, la maligne brunette est plus percutante en Zerlina, dans le fameux air de séduction « La ci darem la mano » de Don Giovanni. En fait, toute la distribution se réveille, et nous réveille, au bout de la première demi-heure, quand Mozart (Alexandre Martin-Varroy, de mieux en mieux au fil du spectacle) laisse exploser son amour pour la belle Aloysia Weber (toujours Marie Planinsek, mais cette fois nantie d’une perruque rousse).

 

On oscille toutefois toujours entre, d’une part, apprécier la qualité de l’interprétation et de l’assemblage astucieux des différents épisodes, et, d’autre part, ressentir une certaine frustration : celle de ne trouver ni dans la mise en scène, un peu plate, ni dans les costumes et décors, pas très beaux, de quoi nous faire franchement vibrer. Idem pour cette dernière chorégraphie pas terrible quand Marie-Antoinette sent sa fin arriver. Moralité : on a passé un bon moment, mais on attend toujours le spectacle sur Mozart qui nous fera bondir de notre fauteuil. 

 

Céline Doukhan

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Mozart 1789, d’après Pouchkine et Mozart

Écla Théâtre • 25, rue Michel-Lecomte • 75003 Paris

Tél. administration : 01 40 27 82 07

www.ecla-theatre.com

Mise en scène : Manon Montel

Adaptation : Manon Montel et Michel Cyla

Direction musicale : Didier Benetti

Avec : Florent Chappel, Stéphane Dauch, Alexandre Martin-Varroy, Loreline Mione, Marie Planinsek

Scénographie : Cynthia Lhopitallier

Costumes : Patricia de Fenoyl

Lumières : Sébastien Lanoue

La Pépinière Théâtre • 7, rue Louis-le-Grand • 75002 Paris

Réservations : 01 42 72 00 33

http://theatrelapepiniere.com/

Les 4 février, 25 février et 17 mars 2012 à 14 heures, les 22 février, 2, 11 et 18 mars 2012 à 14 h 30, le 6 février 2012 à 20 h 30

Durée : 1 h 30

20 € | 15 € | 10 €

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