Un billet pour le vol France-Israël
Le groupe Leather Academy revient sur les terres qui l’a vu naître. Le trio « rock-psyché » se produit deux soirs durant, dans un des rares pianos-bars de la ville. Morceaux choisis.
Thierry Dumas, Yael Brener, Bertrand Béril | © 8pitoo
C’est l’histoire d’un Français, d’une Israélienne et d’un Américain. Ne cherchez pas, ce n’est pas une blague. Certains groupes ont des trajectoires pour le moins étranges. C’est le cas de Leather Academy. Au départ, le groupe est formé de William Byron et de Yael Brener, une jeune chanteuse israélienne. Puis il va se voir renforcé par l’arrivée d’un artiste corrézien, grâce à l’outil sans frontières qu’est Internet. Enfin, Bertrand Béril, un autre Français, les rejoindra avec sa guitare basse. Ils se produisent pour la première fois en avril 2010 au Théâtre des Gavroches de Brive, lors de leur première rencontre hors de la Toile. Le style new-wave est là. La magie opère.
En peu de temps, les voici parents d’un album de six titres mixé par Mark Plati (producteur de Bowie, The Cure, entre autres…), Kids, Don’t Form a Long-distance Band. Sans label, ils se produisent un peu partout, au gré du vent. Néanmoins, quelques dates importantes viennent accélérer leur ascension. Ils font la première partie de Yaël Naïm au Festival de Sédières, puis intègrent un autre festival de taille : celui du désert de Néguev en Israël. Le succès est au rendez-vous. Le cinéma leur fait les yeux doux et la chanson 222 y figure. Elle sera sur la bande-son du film américain Radical, qui devrait sortir en 2012, avec Tom Sizemore en tête d’affiche. Enfin, à titre d’anecdote, la compagnie aérienne Delta Airlines les intègre à la playlist réservée aux passagers. Et d’après ce que je m’apprêtais à entendre, ce n’est pas un hasard.
Les passagers du vol sont attendus à la porte du bar Le maryland
C’est dans un de ces bars qui ne semble pas avoir été affecté par la prohibition de nicotine, ni par l’influence de la mode lounge que Leather Academy pose ses valises le temps de deux représentations. Les fantômes du passé hantent encore les lieux. Une légère fumée plane au-dessus de ma tête. Assis sur le cuir d’une banquette tannée par des tonnes de postérieurs, mes yeux parcourent les murs jaunis par le tabac et le carrelage brun et défoncé. La pièce porte les stigmates d’une époque désormais révolue. Le silence se fait. Une guitare résonne, une voix féminine l’accompagne. C’est la chanson A Prince in Exile. Le concert est lancé.
Yael fige instantanément l’auditoire, puis l’embarque dans son univers aérien. Sa voix, taillée dans le cristal, incarne la beauté et la fragilité. Pour peu qu’elle vous fixe de l’azur de ses yeux et vous voilà bercé dans une chaleureuse nostalgie. Les titres s’enchaînent. Le calme précède la tempête. En effet, Thierry, qui mixait jusque-là avec des sons électro « seventies » et autres distorsions, ajoute avec force sa voix grave et théâtrale. Le style rock reprend ses droits. Il est des visages marqués qui ne laissent que peu de doute sur l’activité de l’homme. Thierry fait partie de ceux-là. Il ne pouvait qu’être artiste ou marin en mal d’aventure. Un marin de la trempe des Corto Maltese, des Ulysse. Cette fois encore, le marin s’est laissé séduire par une sirène. Et l’alchimie agit. On en oublierait presque la remarquable maîtrise du bassiste Bertrand Béril. Leur son est aérien. L’influence de The Cure, New Order, Björk ou encore Jean-Michel Jarre est à l’appréciation de chacun. Toujours est-il que leur style est un mélange entre deux tonalités de voix opposées, porté par un synthétiseur omniprésent et traversé par des sons électro.
Alors, certes, tout n’a pas été parfait : l’étroitesse de la scène faisant siffler les baffles à de très nombreuses reprises, ou encore le départ du concert quarante minutes après l’heure prévue. Ceux qui n’ont pas réussi à embarquer avec eux ont toutefois regardé le planeur Leather Academy traverser l’atmosphère avec un certain plaisir. Pour ma part, l’œuvre trouvera sa juste valeur en position allongée, avec l’esprit prêt à voyager. Nul doute que l’on devrait retrouver très prochainement lors d’une fin de saison de série américaine une de leurs compositions. En tout cas, gardez toujours à l’esprit que la meilleure des critiques, c’est la vôtre. Sortez ! Le spectacle vivant n’est pas mort. ¶
Pierre-Antoine Chassagne
Les Trois Coups
Leather Academy en concert
Avec : Thierry Dumas (chant, guitare électrique, mixage), Yael Brener (chant, piano, guitare sèche), Bertrand Béril (guitare basse)
Site : http://www.myspace.com/leatheracademy
Bar Le Maryland • 13, rue Saint-Martin • 19100 Brive-la-Gaillarde
Réservations : 05 55 17 10 78
Du 11 au 12 novembre 2011 à 21 heures
Durée : 1 h 30
Gratuit




Derniers commentaires