France-Étranger 1998-2011


Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 17:23

Vivaldi et Pergolèse, deux monstres sacrés

 

Pour sa 29e édition, le festival Septembre musical de l’Orne nous embarque pendant cinq week-ends, du 26 août au 25 septembre 2011, pour une croisière musicale à travers l’Europe. C’est The King’s Consort, un des plus fameux ensembles baroques, qui a ouvert le festival avec des pièces pour voix et orchestre de Vivaldi, la célèbre partition du « Stabat mater » de Pergolèse, ainsi qu’une œuvre récente du compositeur Michael Berkeley. Un beau programme pour entamer ce voyage classique de fin d’été. De la musique sacrée d’hier et d’aujourd’hui qui résonne fort dans la basilique Notre-Dame d’Alençon.

 

septembre-musical-300 Vivaldi et Pergolèse, parmi les compositeurs italiens les plus connus aujourd’hui, se sont imposés dans les mêmes domaines. Pourtant, ces deux-là ont deux styles différents. Cette confrontation le démontre bien.

 

Passionnante confrontation entre Vivaldi et Pergolèse

Vivaldi (1678-1741), violoniste virtuose, est également reconnu comme un des plus importants compositeurs de la période baroque. Fort du succès de sa musique instrumentale, il s’est aussi tourné vers l’opéra. Prolifique et admiré, son influence a été considérable dans toute l’Europe, mais on l’oublie vite après sa mort. Bach, qui a adapté nombre de ses œuvres, en est pour beaucoup dans sa reconnaissance (posthume). S’il a fallu attendre le début du xxe siècle, les Quatre saisons comptent, depuis, parmi les grands « tubes » classiques. Sans nul doute, la spontanéité, le dynamisme et la fraîcheur de cette musique contribuent à sa popularité.

 

Le Septembre musical de l’Orne a demandé au King’s Consort d’interpréter des œuvres moins connues : le Concerto RV 114 et deux motets * pour cordes, dont l’un pour soprano et l’autre pour alto. Malgré tout, on y reconnaît la manière incisive, presque nerveuse du langage vivaldien, le caractère festif et enjoué qui lui est propre. Celui qu’on surnommait « le Prêtre roux », pour sa ferveur catholique et sa tignasse colorée, a rendu là hommage à la Vierge Marie, dans un récitatif où brille, en filigrane, la voix de la cantatrice Anna Giró.

 

Beau choix qui contredit la boutade d’Igor Stravinsky, compositeur contemporain ayant porté le plus grand tort à Vivaldi, dont il disait qu’il avait composé, non cinq cents concertos, mais cinq cents fois le même concerto ! Bien que foisonnante, l’œuvre du Vénitien est bel et bien remarquable, et on n’a pas fini d’en faire le tour !

 

Stabat mater de Pergolèse : un pur chef-d’œuvre !

Plus remarquable encore, celle de Pergolèse (1710-1736), émane d’un génie exceptionnel. Le compositeur napolitain a eu, quant à lui, très peu de temps pour créer. Enfant surdoué, il apprend très vite avant d’effectuer de savants allers-retours entre la musique profane et la musique sacrée. Mais, tuberculeux et très affaibli, Pergolèse doit se retirer dans un monastère. C’est là qu’il compose son célèbre Stabat mater, peu de temps avant sa mort, à vingt-six ans.

 

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Iestyn Davies | © D.R.

 

Cette commande de la confrérie des Sept-Douleurs de Naples a littéralement inspiré son auteur. Une cantate très moderne qui rompt alors avec le style de l’époque et qui annonce, déjà, le classicisme. Succession de duos et de solos, le Stabat mater s’appuie sur un texte liturgique évoquant les souffrances de Marie à l’heure de la Crucifixion de Jésus. Pergolèse a su tirer les moments forts de ce poème en douze versets de facture simple, mais proche de l’opéra par sa mélodie dramatique. Il émane de cette musique une ferveur, d’autant plus exceptionnelle, que l’accompagnement est d’une grande sobriété. La soprane Lorna Anderson et le contre-ténor Iestyn Davies y expriment toute l’étendue de leur talent. Empruntant ce chemin de croix en toute simplicité, les deux voix, seules ou en duo, chantent, avec les cordes, la compassion du peuple chrétien face à l’humaine et viscérale douleur de Marie. Quelle émotion !

 

Et, entre ces deux « monstres sacrés » : Michael Berkeley, l’enfant chéri de la génération d’après Benjamin Britten. Excellent connaisseur des voix, lui aussi, il a composé le motet Touch Light pour une cérémonie de mariage. Un choix judicieux ! Entre le brio du style xviiie de Vivaldi et le modernisme de Pergolèse, cette composition du xxie traduit la volonté des organisateurs du festival de tisser d’intéressants liens entre les musiciens.

 

Septembre musical de l’Orne : une programmation variée et de haute qualité

Ce festival, à la base classique, a su devenir une manifestation culturelle majeure en Basse-Normandie, en élargissant sa présence géographique à Alençon à de nouvelles villes d’accueil (Argenton, Ceton, Bellême, Ménil-Hermei, Sées, Bagnoles-de-l’Orne, Écouché, Mortagne-au-Perche, Mortrée, Vimoutiers, Haras-du-Pin, Lonlay-L’Abbaye, Saint-Julien-sur-Sarthe, Saint-Martin-L’Aiguillon, Flers, Fel), et en diversifiant le contenu musical par une ouverture de la programmation classique aux musiques du monde, au jazz, à la danse, voire au cirque.

 

Ainsi, cette année, de grands classiques sont programmés : les Noces de Figaro sont revisitées par l’Amsterdam Barokopera, les Valses viennoises par l’Orchestre de chambre de Salzbourg et le Carnaval des animaux par l’Ensemble Orchestre de Basse-Normandie et Marie-Christine Barrault. Des découvertes sont aussi à l’affiche, comme Boxe boxe, une chorégraphie de Mourad Merzouki associé au Quatuor Debussy, ou une œuvre du compositeur Piotr Moss. Outre The King’s Consort, toujours dirigé par son fondateur Robert King, les mélomanes ont le choix entre les plus fameux ensembles européens (Les Arts florissants dirigés par William Christie, le quintette de cuivres Magnifica, l’ensemble Les Cyclopes…) et de talentueux interprètes de musique de chambre (le trio Smetana de Prague, le quatuor Raphaël, la violoniste Solenne Païdassi…). À noter aussi : A Filetta, ces chanteurs corses aux polyphonies envoûtantes. Sept voix servant un Requiem pour deux regards, une création dans laquelle s’invite un bandonéon. Ou encore le clarinettiste et saxophoniste Michel Portal, qui sort ici sa casquette de jazzman pour jouer en compagnie d’un pianiste d’exception, Bojan Z.

 

L’excellence et l’audace : voilà de quoi faire un beau voyage ! Et parallèlement à l’organisation des concerts, on a l’occasion de découvrir de superbes lieux, car le festival à développé, notamment avec le comité départemental du tourisme, de nombreuses collaborations pour allier la musique au patrimoine. Sûr, ce sera dépaysant ! 

 

Léna Martinelli

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


* Un motet, diminutif de « mot », est une composition musicale courte, généralement religieuse, apparue au xiiie siècle. Elle est écrite sur un texte en latin pour une ou plusieurs voix.


The King’s Consort, en ouverture du Septembre musical de l’Orne

Septembre musical de l’orne • 54, rue Saint-Blaise • 61000 Alençon

02 33 26 99 99

Du 26 août au 25 septembre 2011

info@septembre-musical.com

www.septembre-musical.com

Abonnement Passion : tarif réduit à partir de 3 concerts différents

• 1re série : places numérotées situées dans la nef centrale de l’église ou dans la salle

• 2e série : places non numérotées, d’inégale qualité de vision et d’acoustique

• Tarif réduit : étudiants et demandeurs d’emploi sur justificatif, groupes d’au moins 20 personnes

• Tarif jeune : moins de 18 ans sur présentation d’un justificatif

The King’s Consort : direction et clavecin, Robert King

Soprano : Lorna Anderson

Contre-ténor : Iestyn Davies

Violons 1 : Johannes Pramsohler, Huw Daniel, Daniel Edgar, Eleanor Fagg

Violons 2 : William Thorp, Louella Alatiit, Jorge Jimenez, Jane Norman

Altos : Dorothea Vogel, Rose Redgrave

Violoncelles : Emily Robinson, Sally Woods

Contrebasse : Christine Sticher

Orgue positif : Robert Howarth

Théorbe : Linda Sayce

Basilique Notre-Dame d’Alençon • Grande Rue • 61000 Alençon

Le 26 août 2011 à 20 h 45

Durée : 1 h 45

26 € | 23 € | 8 €

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