Lundi 31 décembre 2007

 

Duo de choc

 

Au Bataclan, les bons spectacles d’improvisation sont assez fréquents. Et avec Les Bonimenteurs, il faut bien dire qu’on n’est pas déçu : ils offrent deux heures de divertissement assuré.

 

Si je devais résumer, je dirais : « Deux comédiens, un duo de choc ». Ni plus ni moins. Mais pour ne laisser personne sur sa faim, je vais développer un peu…

 

Avec l’improvisation, il y a toujours une part d’aléa : on se demande si les thèmes seront un peu ou totalement fous, si nos comédiens seront inspirés ou non. Et c’est aussi ce qui fait le charme du genre.

 

Mais, visiblement, Jean-Marc Michelangeli et Didier Landucci maîtrisent parfaitement les techniques et les ficelles de l’improvisation, offrant une prouesse à la fois théâtrale et physique, vu l’énergie dépensée.

 

Leurs sketchs semblent couler de source grâce à une inspiration apparemment inépuisable. Sketchs qui ont toujours du sens, et sont parfaitement aboutis, sans digressions fumeuses.

 

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Les personnages incarnés sont là : il n’y a pas de doute sur la présence du lord anglais ou de la femme de ménage. Ils se partagent d’ailleurs équitablement la parole sans hésitations ni chevauchements, dans un dosage stratégique.

 

Une bonne communication a aussi été établie avec le public. Ce dernier est certes déjà associé au spectacle par les thèmes qu’il a écrits sur des morceaux de papier et qui seront tirés au sort. Mais il est aussi sollicité pour orienter les sketchs par ses acclamations, ou même par la présence physique d’une personne sur scène.

 

En outre, les différents exercices d’improvisation, au demeurant habituels et connus de tous, ne sont pas platement accolés les uns aux autres, mais intégrés dans une trame plus large, particulièrement travaillée. Et le changement de registre est « indolore », aucune baisse de niveau n’étant constatée.

 

Un ou deux regrets peut-être. Le binôme a choisi de se présenter sous l’angle du dominant-dominé, une idée un peu facile et pas très originale mais qui présente l’intérêt d’être assez efficace. De même qu’entendre des acteurs se vanter de la qualité de leur spectacle peut être drôle lorsque ce n’est pas trop répété…

 

Mais, pas de panique ! Au final, le plaisir et le rire sont au rendez-vous, et, ce, grâce aussi à l’absence de vulgarité, preuve que l’on peut être drôle sans être gras. Pour ceux qui, par hasard, auraient une fin d’année un peu morose, allez-y, c’est ce qu’il vous faut. 

 

Keren Ramer

Les Bonimenteurs, avec Jean-Marc Michelangeli et Didier Landucci
Boulègue Production • 29, rue Toussaint • 13003 Marseille
04 91 08 87 58
Collaboration artistique : Carlo Boso
Au Bataclan • 50, boulevard Voltaire • 75011 Paris
Réservations : 01 45 45 76 91
Jusqu’au 31 décembre 2007 à 20 h 30, le 30 décembre à 16 h
De 33 à 39,60 euros
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Lundi 31 décembre 2007
 
« Une étoile pour Noël »… et Nabil

 

Natacha Diet débute dans le théâtre en tant que comédienne avant de s’atteler à la mise en scène. Avec « Une étoile pour Noël ou l’Ignominie de la bonté », sa septième création, elle dirige Nasser Djemai, qui interprète à lui seul tous les personnages de l’histoire. Il en est également l’auteur, mais aussi la muse. Car Nasser nous le confesse, cette œuvre est inspirée de lui-même, de son enfance.

 

Ainsi, Nasser est Nabil, et Nabil est le personnage principal, petit garçon dont le père travaille dans les mines. Il a des frères et sœurs, mais c’est lui le chouchou. Son père place en lui tous ses espoirs, il voit en lui un petit garçon intelligent. Très intelligent, assez pour devenir, plus tard, un Premier ministre de la république. En d’autres termes, un Arabe qui a réussi, un Arabe intégré, un homme bien. Soucieux d’accomplir les rêves de son père, il se lie d’amitié avec un petit Jean-Luc.

 

Lui aussi est intelligent, assez pour l’aider a atteindre ses objectifs. Et puis, surtout, il est blanc, alors sa valeur dans la société et son intégration, il les a déjà. Elles lui sont acquises. Tout ce que Nabil traque est inné chez Jean-Luc. Et la mère de ce dernier l’a bien compris. Comme elle aime beaucoup Nabil, elle décide de l’aider. Pleine de bonnes intentions, elle lui donne les conseils-sésames nécessaires à son succès dans la vie. Pour devenir grand, respecté et accompli, Nasser suivra ces fameux conseils. Désormais, il se teindra les cheveux en blond, et surtout, il répondra désormais au patronyme de Noël ! À lui la grande vie ?

 

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Sébastien Calvez

 

Ça, c’est la question que se pose Nasser Djemai. Que veut dire intégration ? Est-ce qu’épouser certaines valeurs signifie divorcer d’avec d’autres ? Est-ce que dans ce domaine, la « polygamie » est tolérable ? Le papa de Nabil et la mère de Jean-Luc se sont eux aussi posé ces questions, et chacun est arrivé à des conclusions pour le bien de Nabil. Tous les deux croient en lui, et tous les deux veulent l’aider, vraiment, et de bon cœur. Mais jusqu’à quel point leur dévouement pour le bonheur de Nabil va lui être profitable ?

 

Toutes ces questions sont complexes. Pour les traduire, Nasser évolue seul sur la piste, dans une mise en scène simpliste en apparence. Avec peu d’accessoires et sans aucun artifice, il accouche lui-même de tous ses personnages et les fait vivre à l’intérieur et autour d’un petit carré blanc. Cet espace, créé de ses propres mains, servira de périmètre à la narration tout au long de l’aventure. Avec énergie et générosité, il nous émeut avec le destin des uns sans jamais provoquer notre pitié et s’amuse de la naïveté des autres sans jamais se moquer. 

 

Kandida Muhuri

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Une étoile pour Noël ou l’Ignominie de la bonté, de et par Nasser Djemai
Compagnie Repères • 33, avenue Philippe-Auguste • 75011 Paris
01 47 00 02 34
Mise en scène : Natacha Diet
Avec : Nasser Djemai
Musique : Frédéric Minière
Lumière : Paul Carenacci
Régie : Francois Sinapi, Christophe Yvernault
Lucernaire • 53, rue Notre-des-Champs • 75006 Paris
Réservations : 01 45 44 57 34
Du 23 novembre 2007 au 20 janvier 2008 à 21 h 30
Durée : 1 h 30
De 15 € à 30 €
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Vendredi 28 décembre 2007

 

Tout l’esprit de Guitry

 

Dans cette saison tout Guitry, qui fête le cinquantième anniversaire de la mort de l’auteur, Jean-Laurent Cochet met en scène « Aux deux colombes », une pièce peu connue, qui reflète pourtant à cent pour cent l’esprit de Guitry.

 

Un salon cossu, un petit déjeuner préparé par la bonne, un homme (Jean-Pierre) qui met les pieds sous la table… l’univers Guitry est installé. Toutefois, la tranquillité de ce Jean-Pierre va à être gâchée ce matin-là. Un appel téléphonique, émis par une femme inconnue mais à la voix charmeuse, lui apprend qu’il va ce jour même avoir une « énorme surprise » ! Cela ne plaît naturellement guère à notre homme, qui ne sait à quoi s’attendre, et pour cause !

 

Un peu plus tard, alors que sa femme Marie-Thérèse est sortie chez la modiste, débarque sa première femme, Marie-Jeanne, qu’il croyait décédée depuis vingt-deux ans ! Troublé par cette effective « énorme surprise », il le sera davantage par l’idée d’annoncer à sa nouvelle épouse le retour de l’ancienne, qui se trouve en plus être sa sœur, et d’annoncer à l’ancienne qu’il ne lui est pas resté fidèle ! Mais, troublé, il l’est bien davantage par cette voix du téléphone. C’est celle d’une femme russe, amie de Marie-Jeanne. Une femme particulièrement séduisante, qui a, qui plus est, l’avantage de la nouveauté.

 

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© Claire Besse

 

Nous retrouvons dans Aux deux colombes tout l’esprit de Guitry. Un homme brillant au centre, qui avoue « qu’avoir une femme dans les bras, c’est aussi avoir une femme sur le dos », et des femmes, qui piaillent davantage comme des perruches que comme des colombes, qui se le disputent.

 

La mise en scène et la distribution viennent embellir cette pièce fine. Tout est dit avec une grande subtilité, l’air de rien, naturellement, comme une gifle dont on ne sentirait que le souffle. Chaque trait d’esprit est un soufflet qui frise le visage (des femmes) et engendre le rire. Les comédiennes, chacune dans leur style, apportent une grande solidité à la pièce.

 

Au final, une pièce savoureuse, où l’on sent que l’expérience et le professionnalisme des comédiens s’épanouit totalement dans la truculence des textes de Guitry. 

 

Anne-Laure Fournier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Aux deux colombes, de Sacha Guitry

Mise en scène : Jean-Laurent Cochet

Assistant à la mise en scène : Antoine Agrange

Avec : Jean-Laurent Cochet, Catherine Griffoni, Virginie Pradal, Paule Noëlle, Anne-Marie Mailfer

Costumes : Nicole Arpels

Mobilier : Loïc Levesque

Théâtre Pépinière-Opéra • 7, rue Louis-Le Grand • 75002 Paris

Réservations : 01 42 61 44 16

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Mercredi 26 décembre 2007

 

L’imitateur sans limite

 

L’ancien trublion de feu l’émission « la Classe » remonte sur scène pour une nouvelle galerie de personnages, dont il va, par la loupe de l’imitation, grossir les principaux traits, tant vocaux que physiques. La jeune chanson française côtoie ainsi les nouveaux rois du PAF, et quelques dinosaures et disparus, dans un tourbillon de rires et de bonne humeur. Un spectacle diablement drôle.

 

Dominique Besnehard, Diams, Véronique Sanson, Céline Dion, Maria Pacôme, Pierre Palmade, Olivia Ruiz, Barbara, Pascal Obispo, Bjork, Brigitte Fontaine, Vanessa Paradis, Étienne Daho, Georgette Plana, Jean d’Ormesson…

 

Stop ! On en garde un peu pour la surprise. Sachez toutefois, futurs spectateurs de ce show délirant, que la liste ci-dessus n’est pas à la moitié de son exhaustivité. En effet, durant soixante-quinze minutes un peu trop courtes (forcément, Adler, c’est comme le bon chocolat, on en redemande), ce sont plus de quarante personnalités qui vont passer à la moulinette de l’imitation.

 

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© J. P. Desbrus

 

Nous sommes sur la banquise. Une star de la télé très connue anime une soirée spéciale très très « pipole », comme il les affectionne pour sauver la calotte glacière du réchauffement de la planète. Une colonie d’écolos connus débarque dans ce froid. Prestations chantées des uns, crêpage de moumoute des autres : la sauterie s’annonce chaude !

 

Le texte, très bien écrit, est très drôle, avec ce qu’il faut de méchanceté jamais gratuite pour égratigner là où ça fait rire. La traçabilité des dindes soutenue par les Miss, l’apologie de la calvitie chantée par Sheller ou l’intervention d’un célèbre homme de lettres « auteur de grands ouvrages et pas qu’à colorier » ne sont que quelques exemples du contenu de ce spectacle mené tambour battant et tchatche déconnante par un Patrick Adler en super forme. N’hésitant pas également, par un vrai talent d’improvisateur, à prendre à parti le public qui devient un énième personnage du spectacle, le charismatique imitateur ratisse large, bannissant ainsi les barrières intergénérationnelles. Tout le monde est logé à la même enseigne, pour le meilleur et pour le rire et n’oublions pas de le préciser, grâce à une voix capable de tout chanter.

 

Inimitable Adler !

 

Franck Bortelle

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Patrick Adler « brise la glace », de Patrick Adler et Christophe Guichet

Mise en scène : Christophe Guichet

Avec : Patrick Adler

Création lumières : Jean-Pierre Cosyns

Théâtre du Sentier-des-Halles • 50, rue d’Aboukir • 75002 Paris

Réservations : 01 42 61 89 96

Tous les jeudis, vendredis et samedis à 20 heures jusqu’au 2 février 2008, dimanche 30 et lundi 31 décembre 2007 à 20 heures

Durée : 1 h 30

20 € | 15 €

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Mercredi 26 décembre 2007

 

La Môme Kalifa

 

Chanter Piaf. Un défi, un hommage ou simplement parfois une volonté de montrer crânement qu’on en est capable. Pour se faire, des artistes plus ou moins inspirés revisitent inlassablement les mêmes titres. Josette Kalifa préfère prendre une tangente oh combien périlleuse : chanter Piaf à travers des titres peu connus, en s’accompagnant d’instruments orientaux. De ce mélange naît la magie, un spectacle qui fait tomber les frontières tant géographiques que temporelles.

 

Josette Kalifa. D’entrée de jeu, le mariage patronymique surprend. Difficile de faire plus français que Josette, plus oriental que Kalifa. Le métissage qui va bien au-delà de cette identité est le fil rouge du spectacle, dont le titre lui aussi épouse ce mélange : Piaf Arabysance.

 

Ce mélange que l’on retrouve aussi dans le choix des musiciens. Le piano à bretelles bien de chez nous est accompagné de percussions bien de là-bas. C’est d’ailleurs surtout ce quatuor d’instrumentistes qui va incarner le brassage culturel, la chanteuse prenant le parti pris très audacieux de rester dans la droite ligne de son modèle : robe noire, déplacements sur scène réduits au strict minimum et une performance vocale puissante. De quoi faire piaffer de joie un public des plus aguerris.

 

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© Franck Bortelle

 

Car Josette Kalifa chante. Juste et bien. Avec une sincérité parfois bouleversante. Sans chercher la performance. Nul besoin de pousser la note interminablement pour prouver qu’elle a du coffre. Sa puissance vocale s’impose à tous les instants, par sa rondeur, son joli timbre et la sincérité qu’elle y met. Ce qui lui permet d’aborder durant une heure et demie une vingtaine de titres, de Piaf mais aussi de Claude Barthélémy, son directeur musical, qui a composé quelques chansons qui auraient parfaitement convenu à la Môme.

 

C’est donc un très joli spectacle, que défend cette petite bonne femme au regard canaille et qui honore un double patrimoine musical avec une virtuosité confondante. 

 

Franck Bortelle

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Piaf Arabysance

Compagnie Les Mots cuits • 33, boulevard de la Liberté • 93260 Les Lilas

01 42 58 34 80

mots.cuits@free.fr

htttp://motscuits.free.fr

Mise en scène : Fernando Suarez

Direction musicale : Claude Barthélémy

Avec : Josette Kalifa (chant), Claude Barthélémy (guitare basse, guitare, oud) Sofia Djermaï (oud, mandoline), Khalide Kouhen (percussions), Alexandre Leitao (accordéon)

Création lumières : Michaël Dez

Conception et réalisation graphique : Bruno Paris

Création costumes : Cécile Flamand

Théâtre de la Reine-Blanche • 2 bis, passage Ruelle • 75018 Paris

Réservations : 01 40 05 06 96

Tous les jeudis du mois d’avril 2008 à 21 heures

Durée : 1 h 30

13 € | 9 €

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