Dimanche 31 décembre 2000

 

Szapora : le pays où il fait bon vivre

 

Le vendredi 29 décembre, le groupe Szapora donnait un concert intitulé « Cher pays de mon errance », au Théâtre du Bourg-Neuf à 20 h 30.

 

C’est un béotien qui vous écrit, mais un béotien ému. Un ignare bouleversé par tant de bonheur musical, tant de paix, tant de sérénité, tant de plaisir, tant de joie de vivre partagés.

 

Ces musiciens irlandais, anglais, écossais, bosniaques sont – prodige ! – imprégnés de l’âme slave et nous délivrent des mélodies de haute portée, vivantes, tendres, fortifiantes, entraînantes, lancinantes, euphoriques, graves, soyeuses… Ah, il y a des jours où je hais mes adjectifs pour leur manque d’imagination !

 

Szapora a un tel bonheur de jouer ensemble qu’on a l’impression d’être reçu chez lui. Tous ses impeccables chanteurs et instrumentistes doivent être cités : Mirella et Tea Hodzic (chants), Dave Kelbie (mandoline, guitare, guitare portugaise, chants), Chris Garrick (violon), Eddie Hessio (accordéon), Mirza Halilovic (guitare, chants), Dylan Fowler (mandocello, guitare, chants) et Paul Moylan (contrebasse).

 

Allez donc écouter et voir leur chœur à cœur musical phosphorer dans la nuit avignonnaise ! 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Cher pays de mon errance, de Szapora

Dimanche 31 à 16 heures ; mardi 2, mercredi 3, jeudi 4 à 20 h 30

Théâtre du Bourg-Neuf • 5 bis rue du Bourg-Neuf • Avignon

04 90 85 17 90

Tarifs : 100 F et 70 F

Le concert sera enregistré et diffusé par France Culture le dimanche 14 janvier 2001 à 20 h 30

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Vendredi 8 décembre 2000

 

Une pièce endiablée dansée

par deux fêlés survitaminés

 

Comment raconter le plaisir ? Comment dire la jouissance, devant un spectacle totalement abouti et parfaitement lisible ? C’est, en tout cas, ce qu’a ressenti le public unanime de gourmet repu qui s’est pressé à la représentation de Mohican Dance, des Cartoun Sardines, au théâtre du Sablier, d’Orange, le mercredi 6 décembre 2000.

 

Imaginez un film avec Bogart ou un bouquin de Raymond Chandler… C’est la même pépite noire – orpaillée avec obstination pendant un an par Car et Ponce –, mais charriée ici par un fleuve de théâtre, remonté par deux comédiens-auteurs complètement déjantés, ahurissants d’invention, drôlissimes, prenant leur pied avec les seules drogues qui vaillent pour des acteurs : l’héroïne du jeu, la marijuana du spectacle, l’ecstasy du rire, avec une surdose d’imaginaire. Alors, ça pétille d’intelligence, ça pète d’énergie, ça claque comme un coup de feu, ça explose d’action et ça emmène, à toute berzingue, le spectateur sur les rives du délire zygomatique ! Et sans jamais recourir au quart de la moitié du commencement de l’ombre d’une vulgarité !

 

Comme dans tous les grands spectacles, chaque vêtement, chaque geste, chaque mot, chaque corps, chaque goutte de sueur des comédiens révèle un parfum aigre de travail et une fragrance capiteuse de talent. 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Mohican Dance, de Philippe Car et Patrick Ponce

Cartoun Sardines Théâtre • 13, rue des Trois-Mages • 13001 Marseille

Avec : Patrick Ponce et Philippe Car

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Jeudi 12 octobre 2000

 

Un show un peu froid

 

Sophie Forte est venue offrir son one-woman-show, « En toute modestie », ces vendredi et samedi derniers au Théâtre du Chien-qui-Fume. Globalement, les spectateurs ont dû passer une soirée distrayante.

 

Il paraît que la comédienne, habituée à jouer devant des salles pleines, a été, ce vendredi-là, déstabilisée par le public peu nombreux – soixante-dix personnes, tout de même !

 

Il n’en reste pas moins vrai qu’en regard d’un slogan de son dossier de presse – « Tatie Danielle, à côté, c’est du gâteau ! » –, la déception fut perceptible. On attendait plus d’irrespect, de cruauté, de méchanceté…

 

Certes les sketches sont intelligents, sans vulgarité, bien joués, et notre quotidien est assez finement observé. Mais ils manquent de rythme et égratignent plus qu’ils ne blessent.

 

Quelques « morceaux » sortent néanmoins du lot : Pauvre Stendhal, où elle adapte le texte d’Henri Beyle aux élèves d’un lycée dit « sensible » ; Réunion de copropriétaires, où la communication vire au cauchemar ; Moi, moi, moi, où elle porte un vrai regard clinique sur l’ego démesuré des artistes. Là, nous avons retrouvé la Sophie Forte que nous avions découverte dans « Rien à cirer », sur France-Inter, capable de dire les pires horreurs avec un visage d’ange. 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

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En toute modestie, de Sophie Forte

Le Chien qui fume • 75, rue des Teinturiers • Avignon

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Lundi 14 février 2000

 

Gérard Pachis, brillant meneur de jeu

d’une « Fin de partie » terrifiante et drôle

 

Cette pièce de Beckett est incontestablement un grand texte théâtral. L’auteur, avec des mots simples, y met à nu – jusqu’aux nerfs – l’imperfection criante de l’homme. Son goût du pouvoir, sa veulerie, sa connerie, son intolérance, son amour de la routine, son incapacité chronique à tirer des leçons du passé.

 

Cette prose serait désespérante n’était le regard affûté de l’humour beckettien. Un humour sec, dégraissé, qui attaque au plus près de l’os, et révèle l’absurdité humaine jusqu’à la moelle.

 

C’est précisément ce qu’a compris Pierre Helly. Intelligent, le bougre ! Il laisse ses acteurs faire suer aux mots tout le suc de l’ironie acide inoculée par Beckett.

 

Je n’ai jamais autant ri à une représentation de Fin de partie. Même Bouquet et Rufus m’avaient moins convaincu que « le malheur est la chose la plus comique du monde » ! Décidément, le Théâtre de l’Autre Scène est une troupe avec laquelle il faut compter.

 

Robby interprète un Nag crédible, humain, trop humain. Bénédicte Costechareyre fantôme une Nell stupéfiante, usée jusqu’à la corde, prête à casser, déjà ailleurs… Pierre Chalaron, comme d’habitude, assume opiniâtrement son rôle – ici, l’immense personnage de Hamm. Mais il me pose un problème d’homogénéité de jeu. Sa composition est hétérogène, procède par foucades, manque de stabilité rythmique et me désarçonne. En termes plus triviaux : à certains moments, juste ; à d’autres, à côté.

 

Gérard Pachis, enfin, joue la partition de Clov avec une énergie incroyable, alimentée par une diction impeccable et naturelle, un talent évident et profond. Il prend plaisir à créer un clown sublime et désespéré qui emporte l’adhésion dès ses premières minutes en scène. C’est lui qui insuffle la pleine dimension comique du texte. En même temps, ce grand gaillard nous tétanise de compassion.

 

Le décor de Christine Boutley éblouit plus que jamais par son somptueux dépouillement. Il est parfaitement en osmose avec la pièce et révèle – si besoin était – le goût très sûr de cette plasticienne, qui accompagne l’Autre Scène depuis longtemps. 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Fin de partie, de Samuel Beckett

Théâtre de l’Autre-Scène, centre hospitalier de Montfavet,

2, avenue de la Pinède • BP 92 • 84143 Montfavet cedex

04 90 03 93 23

Mise en scène : Pierre Helly

Avec : Gérard Pachis, Bénédicte Costechareyre, Robby et Pierre Chalaron

Décor : Christine Boutley

Théâtre du Chien-qui-fume • 75, rue des Teinturiers • Avignon

04 90 85 25 87

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Samedi 5 février 2000

 

Blanche Aurore Céleste :

la vie en vert et contre tout

 

Il n’est pas si courant qu’une jeune compagnie – ici La Naïve, de Marseille – prenne le risque de monter un auteur contemporain. Quoi qu’on dise, le courage paie.

 

J’ai assisté, ce 3 février 2000, à un bien joli spectacle. Grâce à Marie-Noëlle De Witte, cette Gelsomina radieuse née en France « en temps de paix », ce Bardamu féminin gai, cette Blanche Aurore Céleste nous embarque dans son histoire mouvementée, amoureuse, vivante, tonifiante.

 

La Naïve nous offre un destin qui voyage dans notre imaginaire, qui n’a pas besoin de décor. De toute façon, comme dit Blanche : « Il n’y a jamais de paysage ! »

 

Un destin aux couleurs chatoyantes de l’amour, de la tendresse, de l’amitié, du plaisir. Aux couleurs sombres, aussi, de la colère, du malheur, des coups, du sang.

 

Mais tout est dit avec le sourire de ceux qui en ont vu des vertes et des pas mûres, et qui repeignent – définitivement – la vie en Ripolin.

 

La direction d’acteur d’Hervé Pezière, la lumière de Valérie Foury et la musique de Pascal Comelade sont volontairement pudiques, tendues comme un arc vers l’essentiel : l’émotion pure et coupante, sans la moindre trace de scorie racoleuse.

 

Blanche nous dit : « Je voulais tant qu’on m’aime ! » Rassurez-vous, Marie-Noëlle, on l’aime votre Blanche. On aime son rire chaud, doux, compatissant, coquin…

 

Impossible d’oublier l’âme myrtille de Blanche.

 

Noëlle Renaude nous délivre une prose tricotée dans des mots charnus, charnels et chauds. Vivants. En vert – couleur espoir – et contre tout. Indispensable. 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

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Blanche Aurore Céleste, de Noëlle Renaude

Compagnie La Naïve • 65 boulevard Camille-Flammarion • Marseille

04 91 64 70 66

Avec : Marie-Noëlle De Witte

Direction d’acteur : Hervé Pezière

Conseil artistique : Patrick Henry

Création lumière : Valérie Foury

Musique : Pascal Comelade

Costume : Emma Usse

Photographe : Jean-Luc Friedlingstein

Affiche : François Landès

Théâtre des Halles • rue du Roi-René • Avignon

04 90 85 52 57

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