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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 19:25

« Rock the system, fuck ! » par les mémés rouges


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Vous pensiez Mai-68 dépassé, une histoire pour soixante-huitards forcément attardés. Bruno Boussagol n’est pas de cet avis. Son « Women, 68 même pas mort », sur un texte explosif de Nadège Prugnard, convoque trois détonantes « mamies rouges » prêtes à re-révolutionner le landernau socio-politico-policier de Michel Narkozy. Alors go and « rock the system fuck ! ».

« C’était en mai le 13 je me souviens le 13 mai je courais j’y allais c’était net là / enfin c’était là / je courais j’y allais j’y allais c’était chaud c’était rouge intense un soleil rouge immense dans les cœurs le corps sous la peau dans la gorge tous les souffles ça brûlait / je me souviens là dans ma gorge un souffle rouge qui brûlait / un brasier un fusil de cris j’hurlais la vie dans un cocktail de mots lotofs et révoltés Révolution liberté provocation. »

Plus de quarante après, Marie-France (alias Jean-Louis Debard), crâne dégarni, lunettes rondes, hurle encore, remontée à bloc et des pavés plein les poches, justes bons pour les C.R.S.-S.S., prête à « brandir le poing avec ses seins » parce qu’elle rock the system fuck ! À sa gauche, Mathilde, dans la peau de Pierre-Marie Court, moins enflammée, plus lyrique ; dans sa longue robe noire, elle est plutôt du genre ouverture de chakra vaginal, préférant Bye-bye baby à l’exégèse de Barbara Cartland par Deleuze sur France Culture, détaillant la méthode Nina Hagen de l’autosatisfaction, bref de la jouissance sans mâle, et les positions de la balançoire en fête, de l’étreinte du panda ou de la levrette du manchot… À l’autre bout, côté jardin, la troisième laronne, Simone le poussin mort, un foulard léopard dans les cheveux, pleurant dans sa Simca 1000, gueulant avec Franck Zappa le désespoir d’une époque, because she’s got nothing to lose ! Rock the system, fuck !

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« Women, 68 même pas mort » | © Jean-Louis Gorce 

Diction parfaite et fougue contagieuse, les trois joyeux complices Bruno Boussagol, Jean-Louis Debard, Pierre-Marius Court, porte-parole des bad goblin girls septuagénaires qui « lisent, vont au théâtre, à l’opéra, pètent au réveil », incarnent des « mémés rouges » aux idéaux intacts. Revendications sans une ride, droites dans leurs bottes : rock the system fuck ! Pas de retraite chez ces gens-là, monsieur. « Changer le monde » c’est bon pour aujourd’hui encore. Avec les copains d’abord, de Brassens chantant la Non-demande en mariage à Franck Zappa, de Janis Joplin à Procol Harum, jusqu’à John Lennon ou Leonard Cohen avec Suzanne.

Les comédiens chauffent la gratte, titillent le clavier, entonnent à nouveau les airs d’insurrection, façon de réveiller les consciences, d’appeler à poursuivre la révolution de la condition féminine, incitation plus largement à renouer avec ses idéaux. Ils attisent ce feu de joie-brasier d’idées, embrasent la partition de Nadège Prugnard. À mi-chemin de l’ardent Eugène Durif et de la malicieuse Marion Aubert, celle-ci orchestre à mots coups de couteau ses bordées poétiques et embardées emballées, dans un souffle à « déboutonner nos carcans », à « déculotter nos phrases », à « déchristianiser les corps », impétueuse ritournelle rock’n roll sans nostalgie ni compromis, vibrato politique pour cœurs électriques, toujours d’actualité : mort aux cons, and rock the system, fuck ! 

Cédric Enjalbert


Women, 68 même pas mort, de Nadège Prugnard

Production Brut-de-Béton

Conception et mise en scène : Bruno Boussagol

Avec les « mémés rouges » : Bruno Boussagol, Jean-Louis Debard, Pierre-Marius Court

« Look » : Marie Caup

Théâtre de l’Observance • 10, rue de l’Observance • 84000 Avignon

Du 8 au 25 juillet 2010, à 13 h 50

Réservations : 04 88 07 04 52

Durée : 1 h 20

15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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