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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 20:17

« Écoute le chant raconter
son histoire »


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Seule en scène, Michelle Nguyen conte l’histoire de Vy, petite fille exilée d’un lointain Viêt Nam. Mêlant le noir des mots et le blanc des silences, elle présente un spectacle modeste à la langue musicale qui se met à la portée des grandes âmes des petits

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Michelle Nguyen | © Ridha ben Hmouda

« Vy » est un tout petit mot, à peine une syllabe. Et, justement, en vietnamien, il désigne ce qui est minuscule, comme un microbe… ou comme l’enfant protagoniste de la pièce. Dans la salle aux gradins laqués du Théâtre Dunois, intime, les deux lettres de ce mot convoquent une histoire fragile, ténue et poétique, qui d’une enfant fait une femme et une artiste.

On cherchera donc en vain un superhéros aux dents blanches dans « le conte/pièce » de Michelle Nguyen. On rencontrera plutôt une galerie de belles figures ordinaires. Il y a, par exemple, Ismaël (« Isma-aile », pour Vy) qui est plus grand que Vy… mais ça n’empêche pas l’amour. Il y a encore la dame aux oiseaux qui vexe Vy en lui prédisant un avenir de poète ou de comédienne… Quelle drôle d’idée ! Mais la figure qu’on retient surtout, celle qui partage l’affiche d’ailleurs de Vy avec le personnage éponyme, c’est l’horrible et magnifique grand-mère. La vieille femme est un étrange monstre qui a peut-être sous sa chemise des écailles, qui, en tout cas, fouine, vitupère et harcèle. Haute en couleur, elle est de la graine de la vieille de la Trilogie des jumeaux d’Agota Kristof. À coup sûr, vos enfants auront envie de lui tirer la langue. Mais, qui sait, à la fin du spectacle, peut-être seront-ils tentés de prendre un crayon doré, comme Vy, pour lui écrire un mot.

Vy ne propose pas non plus d’aventures trépidantes avec couleurs criardes, et cascades. Il faut dire que l’une des premières choses qu’apprend Vy – et elle n’a que sept ans alors –, c’est l’importance du silence et la nécessité de l’imaginaire. Ainsi, face à la scène nue, chaque petit spectateur apprend que le théâtre se nourrit de notre capacité d’illusion, de notre aptitude à donner du sens au symbolique. Il comprend que le plateau parvient à faire surgir un monde d’une petite valise, que des visages surgissent de la saveur des mots, qu’un monde émerge quand une main trace des points cardinaux dans le vide. Alors, une femme à son pupitre, une marionnette et la lumière qui les baignent suffisent à faire le spectacle.

Une autre histoire d’amour très forte

Pas d’accessoires : la marionnette seule permet de complexifier un récit aux allures biographiques. De fait, elle conteste, s’insurge face à la comédienne, autant qu’elle lui prête sa voix. Par ailleurs, elle permet de dire une autre histoire d’amour très forte pour Vy et pour Michelle Nguyen : l’amour des mots. Ainsi, les bâtons qui permettent de la manipuler peuvent se transformer en crayons. Et ces crayons courent sur un grand cahier posé sur ce pupitre où la marionnette trouve un berceau. Il faut aller voir le spectacle si on aime murmurer des histoires à ses enfants, tourner les pages avec eux. Il faut peut-être y aller aussi si on n’a plus le temps de faire ses gestes ou si ses enfants n’en comprennent plus le sens.

En tout cas, on peut y aller sans crainte, car Vy est un spectacle pour les petits : les mots sont simples. Certains, comme le mot cochon font rire les enfants joyeusement scandalisés. D’ailleurs, on suit facilement la trame d’une histoire qui s’autorise des ellipses, mais suit le cours de l’existence de Vy. Les enfants percevront même peut-être les échos du conte : des histoires d’ailes, de crins noirs, de dragons ou de danse, mais s’ils ne le font pas (au moins consciemment), cela ne porte pas vraiment à conséquence. Il y a assez de rire et d’humanité, d’amour aussi dans Vy pour que, petits ou grands, on écoute chanter l’histoire. 

Laura Plas


Vy, de Michelle Nguyen

Interprétation : Michelle Nguyen

Accompagnement artistique, conception et réalisation de la marionnette : Alain Moreau (Tof Théâtre)

Mise en scène : Alberto Garcia Sanchez

Création lumière : Nathalie Borlée

Création sonore : Jeanne Debarsy

Costume : Françoise Colpé

Conseillers artistiques : Didier Mélon et Yeb Shihab

Théâtre Dunois • 7 rue Louise-Weiss • 75013 Paris

Site du théâtre : www.theatredunois.org

Réservations : 01 45 84 72 00

Courriel : contact@theatredunois.org

Du 19 au 30 janvier 2011 : pour les scolaires les 20, 21, 26 et 27 janvier 2011 à 10 heures et 14 heures, le 25 à 14 h 30. Pour les autres : les 19 et 26 à 15 heures, les 22 et 29 à 18 heures, les 23 et 30 à 16 heures

Durée : 50 minutes

16 € | 11 € | 10 € | 6,5 € (enfant de moins de 15 ans) et adultes du XIIIe accompagnant un enfant |4,5 € pour les scolaires

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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