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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Station magie et fantaisie :
on embarque !
Dans le cadre du 7e Festival magique, le Théâtre Trévise accueille le spectacle « Voyageurs égarés » : un joli spectacle plein de fantaisie qui allie humour et magie. De quoi retrouver son âme d’enfant et se laisser sans cesse surprendre !
« Voyageurs égarés » | © Éric Hochard
Le voyage a commencé avant même que les lumières s’éteignent. Découvrir le Théâtre Trévise, c’est déjà un voyage. Dehors, le va‑et‑vient des touristes, les restaurants thaïs : une étrange agitation dominicale. Dedans, on découvre un lieu étrange que le théâtre partage avec une association catholique, ou un cours d’anglais. L’édifice semble d’un autre temps. Il y a l’aspect décati chic, version Bouffes du Nord et ce décati‑là, version « Grands Boulevards ». Quand un homme rentre avec un grand chien et disparaît à l’étage, on se dit qu’on pourrait tourner un film burlesque dans ce lieu atypique.
Et l’on continue à penser à ce cinéma‑là quand le spectacle commence. Surgissent en effet, dans un joli décor aux couleurs passées (ocre et sépia), deux personnages insolites. L’un, tiré à quatre épingles et sérieux comme un pape, est le cousin de Buster Keaton. À côté de lui, ébouriffé et portant bretelles, s’assied une sorte de Charlot drolatique. Tout fait penser aux débuts du cinéma : de la construction du spectacle en saynètes, souvent séparées par des noirs, au rapport problématique que les deux personnages entretiennent avec l’objet, en passant par la proposition d’un spectacle sans paroles. Les comédiens s’expriment seulement par des mimiques, les gestes précis. Et s’il faut des mots, on emploiera, comme au cinéma muet, des cartons.
Art d’aujourd’hui et arts d’antan
C’est que magie et cinéma sont arts cousins. Ainsi, on ne s’étonne pas de voir les deux comédiens devenir les figures d’un théâtre d’ombres, pour s’engouffrer finalement dans une image projetée. Le talent de Jérôme Helfenstein et Claude Brun est d’avoir saisi et thématisé ce cousinage, d’avoir exploité aussi celui qui existe entre humour et magie. Comme la magie, l’humour est en effet fondé sur une attente : celle de l’exploit dans un cas, celle de la catastrophe dans l’autre. Ici, l’attente se dénoue dans les applaudissements ou les cris ébahis, là, dans les rires. On assiste donc à un métissage entre arts, plus précisément entre un art d’aujourd’hui, comme la vidéo, et des arts ancestraux, comme le théâtre d’ombres ou le mime. Bel exemple de collaboration entre deux artistes.
La dramaturgie, elle aussi, fonctionne sur le duo ou le duel entre les deux personnages : on se chamaille, on se perd et on se retrouve sur le faîte d’un nuage. On s’aide, on se joue des tours. La complicité entre les artistes est palpable, elle est fondée sur une grande précision du jeu. Pas besoin de vraie trame narrative : on a plutôt une déclinaison de situations. Les objets présents sur scène sont là pour les faire varier. Plus que de simples accessoires, ils deviennent des partenaires de jeu : on se bat pour eux, on se bat contre eux.
Le voyage du ballon bleu
Ces objets, comme les costumes ou la scénographie, ont été choisis avec un vrai soin. On est tout de suite, grâce à eux, projeté dans un autre monde : quelque part entre Lewis Carroll et l’expressionnisme allemand. De même la musique, tantôt étrange, tantôt guillerette, crée des ambiances ; elle survient à point nommé grâce à une régie exacte. Dans cet univers passé, aux musiques circassiennes, la couleur bleue surprend. Toujours associée au mouvement, celui d’un ballon, de balles, ou de lucioles vidéo, elle nous conduit toujours plus loin dans le monde de la fantaisie. Une invitation au voyage. ¶
Laura Plas
Les Trois Coups
Voyageurs égarés, de Jérôme Helfenstein et Claude Brun
Compagnie Les Z’enfants terribles
Mise en scène : Pierre Jonas
Avec : Jérôme Helfenstein et Claude Brun
Scénographie et costumes : Pascale Brun et Virginie Carrion
Création lumières : Bruno Boussard et Gaspard Mouillot
Création vidéo : Jean Helfenstein
Régie lumières et son : Gaspard Mouillot
Théâtre Trévise • 14, rue de Trévise • 75009 Paris
Réservations : 01 42 09 70 06
http://www.theatre-trevise.com/
Samedi 27 octobre et mercredi 31 octobre 2012 à 17 heures, dimanche 28 octobre à 15 heures, dans le cadre du Festival magique du Théâtre Trévise
Durée : 1 h 5
19 € | 15 € | 13 € | 10 € | 5 €
Tout public à partir de 5 ans
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