Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 20:37

Pour une Europe

des musiciens


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Invité pour la vingt-et-unième fois au Théâtre de la Ville, Fabio Biondi y a fait brillamment revivre le Madrid du xviiie siècle, grouillant de compositeurs… italiens.

fabio-biondi-615 ana-de-labra

Fabio Biondi | © Ana de Labra

Voilà vingt ans que Fabio Biondi et son ensemble Europa galante écument les scènes du monde entier et collectionnent les succès discographiques. Une situation qui place Fabio Biondi dans une position privilégiée et lui permet désormais, par-delà les impératifs commerciaux, de « présenter, revendiquer une histoire de la musique » qui lui tient à cœur (1). Ce concert en est la vivante illustration.

Car c’est tout un pan assez peu connu de l’histoire de la musique qui revit sur le plateau. Où l’on se souvient que, bien avant la construction européenne, nombre d’artistes voyageaient et se produisaient très naturellement et de façon organisée à travers l’Europe. C’est ainsi que, comme le rappelle Biondi dans son excellent français à peine teinté d’accent sicilien, le roi d’Espagne Philippe III fit venir à sa cour le célèbre castrat Farinelli, qui à son tour se fit fort d’importer à Madrid des compositeurs italiens de la génération montante, ceux de ce concert-ci.

Chaque morceau réserve des surprises, redoublant le plaisir de la découverte. L’allegro de la Sonate pour clavecin avec l’accompagnement d’un violon en si bémol majeur op. 5, de Boccherini, étonne par ses accents très modernes, très espiègles. Un peu plus tard, on n’en croit pas ses oreilles en entendant les cassures rythmiques inattendues de la Sonate pour clavecin en la mineur de Domenico Scarlatti. Et que dire de l’utilisation facétieuse du violon dans cette sonate dont le titre est un gazouillis à lui tout seul : « Le jardin d’Aranjuez au printemps, avec divers chants d’oiseaux et autres bruits d’animaux » ? Tout cela pour dire que ce programme donne vraiment à voir et surtout à entendre la richesse d’échanges culturels qui sont encore aujourd’hui admirables.

Biondi ne cherche plus à impressionner

Et les musiciens ? Au clavecin, Paola Poncet déploie une virtuosité qui n’a d’égal que l’éclat du sourire ultra-brite dont elle gratifie le public à plusieurs reprises. Devant l’autre extrémité du clavecin, Riccardo Coelati Rama joue du violone piccolo, une sorte de violoncelle. Les mains de ce grand gaillard filiforme sont, littéralement, immenses. Sa main gauche, qui pince les cordes sur le manche, évoque quelque insecte aux pattes longues et agiles. Un sourire éclaire parfois d’une légère malice son visage appliqué. Assis à sa droite, Giangiacomo Pinardi serre contre lui une mandoline, instrument qui tient ici toute sa place à travers un Concerto pour mandoline avec violon et basse continue en ré majeur du Napolitain Conforto. La petitesse, l’aspect gentiment ventru de cet instrument et la posture compacte de l’instrumentiste au visage poupon s’assortissent de manière presque comique à la grandeur du « couple » voisin.

Le maestro Biondi, lui, brille sans écraser ses partenaires. Son jeu est incisif et toujours expressif. De nombreux passages, notamment lors de la dernière pièce – une sonate de Corselli –, donnent à voir l’étendue de sa virtuosité et, en même temps, la fluidité de son jeu. Il apparaît comme un musicien assez peu démonstratif, dont l’imprégnation par la musique se manifeste essentiellement par quelques génuflexions, froncements de sourcils ou, au moment d’attaquer le morceau, par de puissantes inspirations. Pourtant, une sensation de maîtrise se dégage de son jeu et de sa posture, comme si ce brillant interprète (qui faisait partie d’un orchestre de chambre deux mois à peine après avoir touché un violon pour la première fois !), sûr de son art, ne cherchait plus à impressionner. 

Céline Doukhan


(1) In Entretien avec Fabio Biondi, documentaire d’Olivier Simonnet réalisé en 2005 disponible en vidéo à la demande.


Voyage musical de Naples à Madrid, par l’ensemble Europa galante

http://www.europagalante.com/

info@europagalante.com

Avec : Fabio Biondi (violon), Riccardo Coelati Rama (violone piccolo), Paola Poncet (clavecin), Giangiacomo Pinardi (guitare et mandoline)

Théâtre de la Ville • 2, place du Châtelet • 75004 Paris

http://www.theatredelaville-paris.com/

Réservations : 01 42 74 22 77

Le 8 janvier 2011 à 17 heures

Durée : 1 h 30

18 € | 13 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher