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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Honorable, mais trop formel
Le Quartz proposait cette semaine un double concert mettant la langue bretonne à l’honneur. Sur la scène du grand théâtre se sont ainsi succédé deux femmes dont les voix sont marquées par les particularités culturelles d’une tradition vive.
Depuis ses quatorze ans, la charismatique Annie Ebrel est ambassadrice de la culture bretonne dans le monde. Entourée de trois musiciens virtuoses, elle ouvre le bal sous une forme qui tient tout autant du récital que du concert acoustique. La chanteuse enchaîne des textes du quotidien, et d’autres qui relèvent d’un travail de collectage en Bretagne du centre, secteur dont elle est originaire. La voix est la clef de voûte, magnifiée dans toute sa puissance évocatrice, et les instruments lui servent d’écrin. Des improvisations à l’harmonica par l’exceptionnel Olivier Ker Ourio viennent soutenir de notes jazzy les compositions où les quatre membres du groupe se répondent avec limpidité.
Anne Ebrel | © Sylvie Le Parc
En deuxième partie de soirée, le Trio Enora s’empare de l’espace d’une manière plus vive, mais moins adroite. La voix de la chanteuse n’est pas aussi onctueuse, sa tessiture plus haut perchée et dynamique nous transmet des œuvres métissées, irriguées de multiples histoires et anecdotes locales. Un violoniste, impressionnant dans ses improvisations déroutantes, et un accordéoniste, surprenant dans sa capacité à offrir une palette très étendue de mélodies, viennent compléter la partition.
Les deux concerts s’enchaînent avec fluidité bien que l’on puisse regretter l’ensemble très statique et le peu de recherche en ce qui concerne la mise en espace et l’éclairage. Oui, les musiciens étaient virtuoses, le thème intéressant et les voix remplissaient à la perfection leur rôle de réceptacle d’une tradition sans cesse renouvelée. Oui. Mais la scène du Quartz n’était peut-être pas l’espace le plus approprié pour ces musiques de la vie, du charnel, du sensitif.
Trio Enora © Evenno
C’est encore une fois un spectacle un peu lisse et formel, qui ne déchaîne ni le verbe ni la passion, et où la qualité du travail des artistes n’a pas été explorée à sa juste valeur. Un spectacle qui ne prend pas de risques puisqu’à Brest il trouve un public assuré de bretonnants et d’amoureux de la culture celtique. Mais, si la salle a été remplie sans difficulté, le public n’est jamais conquis d’avance : les avis étaient mitigés lors des applaudissements et l’enthousiasme ressenti en début de concert a fini par retomber.
Certains, et j’en fais partie, ont regretté de devoir rester assis durant les trois heures de concert lorsque certaines musiques appelaient le mouvement et l’impulsion. Ce placement figé et distant n’a que trop peu permis le dialogue entre public et musiciens. L’ensemble était agréable mais ne s’est pas converti en instant de grâce hors du temps. ¶
Aurore Krol
Les Trois Coups
Voix de Bretagne
Annie Ebrel Quintet et Trio Enora
Annie Ebrel Quintet :
– Annie Ebrel : voix, compositions
– Bijan Chemirani : zarb, daff, oudou
– Olivier Ker Ourio : harmonicas
– Pierrick Hardy : guitares, clarinettes, arrangements
Trio Enora :
– Enora de Parscau : chant
– Grégoire Hennebelle : violon
– Youen Parenthoën : accordéon
Le Quartz, scène nationale de Brest • square Beethoven, 60, rue du Château • 29200 Brest
Mardi 6 octobre 2009 à 20 h 30
Réservations : 02 98 33 70 70 ou www.lequartz.com
22 € | 16,5 € | 11 €
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