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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 10:04

C’est la fin qui pèche


Par Aurore Krol

Les Trois Coups.com


Une femme apparemment sans histoire est accusée de quatre meurtres extrêmement violents dont il faut découvrir la cause. « Vivarium S01E02 » transfère sur le plateau un thème ordinairement dédié aux téléfilms et aux romans de genre. L’exercice de style aurait été crédible si la chute ne s’était empêtrée dans un coup de théâtre trop facile.

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« Vivarium S01E02 » | © C. Mahon

La pièce de Thierry Simon est présentée comme un polar scénique. Effectivement, tous les ressorts dramatiques propres à ce type d’œuvre sont réunis : mélange d’intime et de professionnel, flics écorchés par des éléments du passé qui les hante, ou encore intrigue irriguée de symbolique biblique. On pense très vite à Millénium, best-seller planétaire qui a tenu en haleine avec ce même fil conducteur. Mais n’est pas Stieg Larsson qui veut, et l’on ne peut se contenter d’emmêler les fils et de crypter les pistes, encore faut-il ensuite offrir un dénouement à la hauteur.

Quelques indices montraient assez vite qu’à moins d’un retournement de situation particulièrement bien ficelé, l’histoire fonçait droit dans le mur. Il y a d’abord les suppositions des enquêteurs qui, sous couvert de réflexion rationnelle, s’approchent plus du sophisme que de la déduction.

Mais aussi l’utilisation excessive d’une psychologie au rabais, peu subtile et ne s’épargnant aucun topos, comme ce dialogue entre deux mères meurtries semblant se comprendre d’instinct, ou ce moment de remords d’un policier ex-alcoolique.

Mais de fin digne de ce nom, il n’y en a pas

Reprenant le procédé de la série télévisuelle, l’auteur nous fait suivre les personnages en ne nous donnant à voir que des bribes de leur vécu. Ce jeu sur la frustration aurait un sens si la narration prenait une dimension autre, si elle était iconoclaste et pervertissait les codes habituels du polar. Il n’en est rien. Et on aimerait bien préciser qu’on ne va pas déflorer la fin, que ce serait dommage pour une enquête, mais de fin digne de ce nom, il n’y en a pas, c’est là tout le problème.

On comprend que Thierry Simon a voulu partager avec le public l’expérience de l’incertitude, qu’il a souhaité nous faire vivre une mise en abyme de la quête sans répit, de la difficulté à trouver une solution qui ne soit aussitôt mise à mal par un nouvel élément. Certes. Mais pour se permettre ce genre de pirouette stylistique, il en faut beaucoup, du style. Ici, bien qu’honorable, le texte colle trop aux stéréotypes habituels pour que cela puisse opérer.

Et pourtant. Pourtant on avait une scénographie béton, tout en obscurité inquiétante, en apparitions-disparitions et en écrans anxiogènes. On avait une création lumière et sonore qui rendaient toute sa justesse à l’atmosphère clinique et lugubre de l’interrogatoire. On avait un jeu convaincant, quatre comédiens collant à leur personnage avec brio. Mais à vouloir faire d’un thème somme toute assez classique une œuvre conceptuelle et presque métaphysique, l’auteur passe à côté du propos.

Là où la mise en scène et la direction d’acteur esquissaient quelque chose de brillant, c’est par l’énorme déception du final que tout pèche. C’est dommage, car cela aurait tout aussi bien pu basculer vers un dénouement en apothéose. On sort de la salle avec l’impression de s’être fait avoir, malheureusement pas dans le bon sens du terme. 

Aurore Krol


Vivarium S01E02, de Thierry Simon

Aux éditions Lansman

Cie La Lunette-Théâtre

Site internet : www.lalunettetheatre.com

Courriel : lalunettetheatre@gmail.com

Mise en scène : Thierry Simon

Avec : Sylvie Bazin, Delphine Crubézy, Philippe Cousin, Bruno Journée

Scénographie : Antonin Bouvret

Création lumière : Christophe Mahon

Création sonore : Jérôme Rivlaygue

Assistant : Fab Molia

Création dispositif vidéo : Jean-François Pey, Antonin Bouvret

Régie vidéo : Lou Zimmer

Costumes : Florence Bohnert

Chargée de communication/diffusion : Hélène Lantz

Stagiaire communication : Mélanie Simon

Théâtre Girasole • 24 bis, rue Guillaume-Puy • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 82 74 42 | 04 90 89 82 63

Du 8 juillet au 31 juillet 2013, à 10 h 45, relâche le 22 juillet

Durée : 1 h 15

10 € | 7 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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