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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 17:41

L’homme des villes

et l’homme des champs : une fable un peu laborieuse


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Décalé, loufoque et critique, tel est le théâtre d’Emmanuel Darley. Yves Chenevoy nous permet de poursuivre sa découverte en mettant en scène « Vis ma vie »  c’est‑à‑dire une fable décalée, une dystopie * loufoque sur les « Zurbains » et les « Ruraux ». Malheureusement, en dépit d’idées fortes, la mise en scène manque un peu de rythme et s’enferme dans une interprétation trop évidente du texte. Un moment sympathique, rien de marquant.

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« Vis ma vie » | © Didier Gauduchon

Vis ma vie commence par une révélation. Sur le chemin de la plage (leur chemin de Damas), deux nantis de la ville s’éprennent de la campagne qu’ils voient depuis la voiture de leur train à grande vitesse. Ah, les vaches ! Oh, les vertes prairies ! Vite le retour au terroir et à son authenticité ! Mais voilà qu’ils apprennent que ce paysage enchanteur est au contraire complètement factice. Ils signent donc pour un programme touristique fort onéreux : « Vis ma vie » (ou comment faire vraiment immersion dans le monde rural, de l’autre côté du mur…).Une nouvelle fois, après le Mardi à Monoprix ou Flexible, hop, hop par exemple, Emmanuel Darley épingle ainsi le réel en le stylisant. Il crée, en effet, un monde à part où les personnages ont leur propre langage, mais qui ressemble de manière amusante et glaçante au nôtre.

Alors, bien entendu, on découvre dans Vis ma vie une réflexion sur les préjugés et illusions que « Zurbains » et « Ruraux » entretiennent les uns sur les autres. Mais pas que… On serait tenté en effet d’y voir aussi une réflexion satirique et noire sur l’opposition entre nantis et exclus, entre le Nord et le Sud, entre ceux qui ont des droits ici, et ceux qui n’en ont pas. Vis ma vie est une dystopie, mais pourrait donc aussi se concevoir comme une satire de ce monde dans lequel les uns voyagent sans problème, tandis que les autres sont abattus quand ils tentent de franchir un mur, ou n’ont tout simplement plus les moyens de se déplacer.

L’équipe d’Yves Chenevoy travaille depuis bien longtemps sur le théâtre d’Emmanuel Darley. D’ailleurs, Vis ma vie est une commande passée à l’auteur. On sent donc que les acteurs sont rompus à un jeu très expressif, tirant vers le clown. Si on n’est moins convaincu par les Ruraux, les deux Zurbains et leur guide sont vraiment très bons. Les comédiens, d’ailleurs, peuvent endosser plusieurs rôles avec une certaine aisance. De la même manière, la stylisation du texte, sa cocasserie, se retrouvent dans la scénographie. Quelques blocs, des toiles suffisent à évoquer un milieu. Les manipulations du décor sont sans doute un peu longues, mais les choix montrent une intelligence du texte et un esprit ludique. Quant aux costumes, ils sont aussi fort pertinents.

Le problème réside tout d’abord dans le tempo de la représentation. Le théâtre d’Emmanuel Darley exige selon nous un rythme soutenu que l’on perd parfois ici. Les uns dorment dans le public, les autres regardent de temps à autres leur i‑Phone (sacrés urbains !). Ensuite, on regrette que la parabole des Zurbains et des Ruraux ne donne pas lieu à une interprétation plus ambiguë, plus polysémique. La farce pouvait laisser place à la noirceur du texte de temps à autre. C’est d’aillers quand apparaissent les personnages politiques, cyniques à souhait, que l’on a des moments très forts. On passe donc un moment agréable au Vingtième Théâtre, on apprécie les trouvailles scénographiques, le jeu et les costumes. Cependant, comme dans la pièce la rencontre entre Ruraux et Zurbains n’a pas lieu, de même, on sort de la salle avec l’impression d’un rendez‑vous un peu manqué avec le texte. 

Laura Plas


* Invention d’un monde cauchemardesque qui montre ce que peut devenir le monde réel et actuel.


Vis ma vie, d’Emmanuel Darley

Mise en scène : Yves Chevenoy

Assistant à la mise en scène : Marc Le Gall

Avec : Bruno Allain, Claudie Arif, Brice Beaugier, Malika Birouk, Yves Chevenoy

Scénographie : Didier Gauduchon

Création lumière : Philippe Lacombe

Costumes : Élisabeth de Sauverzac

Création musicale : Alain Lithaud

Régie générale : Jean-François Domingues

Vingtième Théâtre • 7, rue des Platrières • 75020 Paris

Réservations : 01 48 65 97 90

Site du théâtre : www.vingtiemetheatre.com

Du 10 octobre au 25 novembre 2012, du mercredi au samedi à 19 heures et le dimanche à 15 heures

Durée : 1 h 30

25 € | 20 € | 13 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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