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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 00:32

Beau mais un poil obscur


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


La musique du Moyen Âge pour les enfants : un thème ambitieux et joliment traité, deux comédiennes-chanteuses de talent, mais un propos qui reste tout de même un peu obscur.

virga-615 alain-baczynsky

« Virga » | © Alain Baczynsky

C’est un spectacle beau et ambitieux, surprenant dans son thème et dans sa forme. Deux interprètes originaires de Jérusalem entreprennent d’évoquer la musique du Moyen Âge – profane et sacrée, en une multitude de langues – à travers des saynètes musicales qui, quoique reliées entre elles, ne racontent aucune histoire. On fait confiance aux enfants, leur capacité à s’émerveiller de sons et d’images insolites ; l’idée d’un début, d’un milieu et d’une fin ne leur est pas indispensable.

On voit donc toute une série de tableaux avec moult petits accessoires (dont un étrange cordon ombilical en forme de bandonéon géant) et instruments hétéroclites. Il y a par exemple un petit synthé, mais aussi une sorte de vielle typique de la période… Les costumes servent aussi souvent d’accessoires, et l’on est tout surpris de l’utilisation cocasse de ces accoutrements à géométrie variable, dont les éléments s’enlèvent et se transforment. Le style vestimentaire double ainsi astucieusement le style vocal : sacré, (très) profane…

La mise en scène et la scénographie sont donc très soignées, et les deux interprètes ne sacrifient jamais leur exigence artistique à des effets gaguesques de bas étage, ou à ce qui aurait pu être a contrario un parti pris lourdement pédagogique. À la place, des images poétiques (mot un peu fourre‑tout pour dire insolite, gracieux, étonnant, parlant aux sens à et l’esprit tout à la fois…) doublées d’une interprétation superbe de toutes ces musiques dont certainement peu de spectateurs sont familiers…

Il nous faudrait un mode d’emploi

Les voix de Yaël Taï et Meirav ben David se fondent très harmonieusement, sachant aussi faire preuve de virtuosité et de nuances. Mais l’humour n’est pas absent non plus : dans ce tandem aux physiques complémentaires, la grande Meirav ben David a ainsi la palme des grimaces rigolotes. Pas de problème, donc, du côté de l’interprétation. Par contre, écoutant et regardant les deux chanteuses, on reste parfois sur sa faim, avec le sentiment presque désolé de ne pas comprendre, et de se dire qu’on aimerait encore plus si on comprenait mieux (est‑ce le revers inévitable de tout ce qui est « poétique » ?).

Que chantent‑elles au juste ? À quoi font référence ces intonations, ces mines, ces grimaces comiques parfois aussi ? On a l’impression qu’il nous faudrait un mode d’emploi, un peu comme ces nombreux scolaires qui, venus assister au spectacle, ont dû y être soigneusement préparés par leur institutrice. On sent beaucoup de sincérité et d’engagement ; de nombreuses et belles idées de mise en scène ; des qualités de musiciennes et de comédiennes indéniables. Néanmoins, ce serait tellement bien si, en plus des sensations et du registre empirique (qui permet de ressentir que des ambiances affleurent subtilement, comme celle d’une cathédrale), on pouvait éprouver plus complètement (mais de quelle manière ? Plus facile à dire qu’à faire, bien sûr) les mystères de ces musiques d’une autre époque, mais d’une intensité inaltérée.

Preuve en tout cas que le spectacle a concerné les enfants : juste après la représentation, les questions fusaient. « À quoi ça sert, ce cordon ombilical ? », « C’était dur de chanter dans plusieurs langues ? », « Comment faites‑vous pour changer très vite de chanson ? » De sages paroles pour de légitimes interrogations… On ne donnera ici la réponse qu’à l’une d’entre elles : « Qu’est‑ce que ça veut dire, Virga ? » Eh bien, il s’agit du nom d’un élément de notation de l’écriture musicale grégorienne. D’autres questions dans la salle ? 

Céline Doukhan


Virga, de Yaël Taï et Meirav ben David

http://leminuteman.aquaray.com

Mise en scène : Yaël Taï et Meirav ben David

Avec : Yaël Taï et Meirav ben David

Lumière : Ruth Rosenthal

Costumes : Jacqueline Béhar

Théâtre municipal de Fontainebleau • rue Richelieu • 77300 Fontainebleau

Réservations : 01 64 22 26 91

Le 21 novembre 2012 à 18 h 30

Durée : 55 minutes

9 € | 6 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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