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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 14:52

Ovation pour le nouveau directeur du Point du jour


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


C’était un moment très particulier et paradoxal que ce 10 décembre 2012 au Théâtre du Point-du-Jour : la salle était comble à la fois pour assister à la dernière du cycle Antiteatre proposé par Gwenaël Morin, à l’unique vraie représentation de « Village en flammes », et pour saluer la nomination si longtemps attendue du successeur de l’équipe formée par Michel Raskine et André Guittier à la tête de ce petit théâtre emblématique situé sur une des collines de Lyon.

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« Village en flammes » | © Pierre Grosbois

Ce sera donc Gwenaël Morin, celui des Laboratoires d’Aubervilliers, l’ancien assistant de Michel Raskine et le dauphin choisi par l’équipe artistique et le public. Celui enfin qui est aux manettes artistiques du Point du jour depuis quelques mois et qui a su séduire par un style anticonformiste, provocateur, allié à une exigence artistique sans concession.

Il était présent, ce soir comme à chaque représentation, pour dire un mot à ce public heureux d’applaudir le nouveau maître des lieux. Gwenaël Morin qui, en évoquant par deux fois Michel Raskine, s’est situé dans son sillage, a bien entendu quelques idées fort personnelles sur le visage qu’il entend donner au Théâtre du Point-du-Jour.

Même s’il estime toute projection prématurée, il entend décomposer les quatre ans que durera ce contrat de la manière suivante : « une période de gestation où le théâtre restera ouvert pour des rendez-vous réguliers avec le public. Suivra une année d’affirmation dans la lignée du Théâtre Permanent avec une troupe en cours de construction qui travaillera sur un rythme intensif à la constitution d’un répertoire. Puis viendra la transformation qui coïncidera avec la réhabilitation de cette salle, annoncée et voulue par la municipalité : durant cette période, nous serons hors les murs, et il n’y aura Pas de quartier. Enfin, je voudrais consacrer la quatrième et dernière année à la transmission de cet outil à d’autres équipes. C’est pour moi un enjeu artistique, car tout sera remis en jeu sur un nouveau projet… ».

Faire du théâtre avec rien… sauf des acteurs !

Revenons à la représentation de ce Village en flammes, pièce politique s’il en est, qui raconte l’insurrection d’un petit village, Fuente Ovejùna, contre un dictateur féroce et sanguinaire jusqu’à la mise à mort, tout aussi cruelle et barbare, du Commandeur… Le nom du village est emprunté à Lope de Vega, qui en fit le titre d’un hymne théâtral à la révolte de ses habitants…

Certes, l’histoire est celle d’une vengeance, celle de tout un peuple contre un tyran qui viole ses femmes et ses filles, pille ses récoltes et humilie ses hommes. Et la révolte est juste, jusque dans ses errements, jusque dans sa violence, jusque dans son atrocité : car ce peuple outragé est solidaire et revendique une responsabilité collective. Qui a fait cela ? crie le roi (d’opérette, comme il se doit). C’est Fuente Ovejùna ! répond le peuple rassemblé : quand on veut la révolution, on ne marche pas sur la pointe des pieds ! Tout cela se terminera mal par l’incendie du village comme l’annonce le titre. Les grands de ce monde ne savent pas perdre.

Mais, comme toujours chez Fassbinder, si le propos est sans ambiguïté, le traitement n’est jamais simpliste et il ne cache rien de la mesquinerie des uns, ni des plaisirs coupables (mais délicieux) rencontrés dans l’outrage… Ce qui fait de Village en flammes une pièce extrêmement drôle et incisive, absolument incorrecte politiquement.

La mise en scène de Gwenaël Morin va à l’envers de l’attendu : la pièce est une grande fresque populaire avec actions violentes et mouvements de foule ? Il répond par l’immobilité … ou presque. Côté cour, de grands panneaux (pas vraiment lisibles de la salle) sont recouverts des pages photocopiées de la pièce. Les mêmes que celles que tiennent en main les comédiens (c’est dire qu’ils ne vont pas livrer de grands combats !). Côté jardin, Miss Didascalie incarnée avec talent par Elsa Rooke et son tambour. Face aux spectateurs, une rangée de chaises et autant d’acteurs en costume de ville (c’est-à-dire vêtus selon leur habitude). Ni autre décor, ni accessoires (à moins que les feuilles de papier ne comptent au rang des dits), ni musique… Le texte nu. Et, comme toujours avec cette troupe réunie autour de Gwenaël Morin, des acteurs formidables qui nous font vivre intensément cette histoire, nous font rire aux larmes et réfléchir à toute vitesse… sans presque bouger de leur chaise… par la force de leur voix et la puissance de leur présence. 

Trina Mounier


Voir aussi Anarchie en Bavière, critique de Trina Mounier.

Voir aussi Liberté à Brême, critique de Trina Mounier.

Voir aussi Goutte d’eau dans l’océan, critique de Trina Mounier.


Village en flammes, de Rainer Werner Fassbinder

4e et dernière des 4 pièces majeures du répertoire de Rainer Werner Fassbinder montées en 40 jours (chaque pièce est jouée successivement les 10 premiers jours de chaque mois de septembre à décembre 2012) par Gwenaël Morin / Antiteatre

Avec : Renaud Béchet, Mélanie Bourgeois, Kathleen Dol, Julian Eggerickx, Pierre Germain, François Gorissen, Barbara Jung, Élodie Laimene-Érard, Manuelle Mangalo, Alexandre Michel, Ulysse Pujo, Elsa Rooke, Brahim Tefka

Théâtre du Point-du-Jour • 7, rue des Aqueducs • 69005 Lyon

www.lepointdujour.fr

Réservations : 04 78 15 01 80

Du 1er au 10 décembre 2012 à 20 heures

Durée : 1 h 20

Pass Antiteatre : 20 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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