Une vie minuscule, un talent majuscule !
« Victor Bâton » est une adaptation de « Mes amis», roman d’Emmanuel Bobovnikoff écrit en 1923, sous le pseudonyme d’Emmanuel Bove. Sur scène,Thierry Gimenez relève le défi d’un long et magnifique monologue, que Marc Perrone accompagne à l’accordéon. La Scène nationale de Cavaillon, dans le cadre de ses représentation nomades, accueillait cette pièce au Sonograf’ (Le Thor) le 10 octobre 2009. La sobriété du lieu s’adaptait merveilleusement à la mise en scène dépouillée de Pierre Pradinas.
a
langue de Bove est d’une totale précision, avec une perfection grammaticale qui donne de la grandeur à ses personnages souvent modestes et effacés. On ne peut s’empêcher de voir dans le
héros, Victor, le double de Bove. Pensionné de la guerre de 1914, Victor vit seul, pauvre, sale, exclu de la société. (Bove a lui aussi connu la précarité et la solitude au cours de sa vie.)
Victor Bâton a un immense besoin de tendresse, d’amitié et de contact humain. Mais son manque de confiance en lui, sa difficulté à trouver une légitimité à sa propre existence tournent parfois
à la paranoïa.
Il s’enferme alors dans un cercle vicieux, passant son temps à observer et analyser le moindre geste chez les gens qu’il croise. Ces gens habitent son quartier, parfois même son hôtel minable. Ils se battent contre la pauvreté à l’aide d’expédients pas toujours très honnêtes. La guerre est passée par là, et on survit comme on peut ! On trime pour un salaire de misère, on dépose ses objets au crédit municipal pour pouvoir acheter de quoi manger, on emprunte de l’argent au premier naïf venu sans l’intention de le lui rendre. Chez ces miséreux, le bonheur a parfois quelque chose d’indécent…
© Paolo Cardona
Pierre Pradinas a pris le parti de mettre sur le plateau le minimum d’objets : deux tables de bistrot, quatre chaises, un bock de bière et une tasse de café. Le récit de la tranche de vie de Victor Bâton est porté par la parole et la musique, conjuguées subtilement. Le jeu est réaliste : le comédien boit lorsque Victor boit. Un demi lui est servi sur une table ronde de bistrot. Il paie et sort de scène à la fin de la pièce. Une bande-son vient confirmer qu’il pleut lorsque le texte le dit. Mais il n’y a aucune lourdeur là dedans : la distance nécessaire au théâtre est dans la langue magnifique, parfaite jusque dans ses moindres détails.
Thierry Gimenez entre avec brio dans la peau de Victor et de tous les personnages qu’il rencontre. Une simple modification du timbre de la voix ou de la tenue de la colonne vertébrale suffit pour que l’on croie assister à une véritable conversation à deux ou trois. Il parvient à incarner une foule de personnages, mais toujours vus à travers la subjectivité maladive de Victor Bâton, comme déformés. Ce rôle, confie-t-il, est un véritable bonheur pour un comédien !
L’accompagnement à l’accordéon tout au long de la pièce enrichit considérablement le propos, donne de l’élan ou de la retenue lorsqu’il le faut. Parfois, l’accordéon devient un instrument de percussion, de bruitage. Par moments même, la voix, le souffle ou le sifflement du musicien doublent ceux du comédien. Leur complicité apporte de temps à autre la touche d’humour qui permet d’éviter de tomber dans le pathétique. La présence sur scène de Marc Perrone dans son fauteuil roulant ajoute à cette adaptation réussie de Victor Bâton. Elle nous rappelle que la vie est fragile mais belle. ¶
Camille Vivante
Les Trois Coups
Victor Bâton, d’Emmanuel Bove
Théâtre de l’Union, centre dramatique national du Limousin • 20, rue des Coopérateurs • BP 206 • 87006 Limoges cedex 1
05 55 79 74 79 | télécopie : 05 55 77 37 37
www.theatre_union.fr
Mise en scène : Pierre Pradinas
Adaptation : Thierry Gimenez
Avec : Thierry Gimenez et Marc Perrone (accordéon)
Scénographie : Orazio Trotta
Création lumière : Orazio Trotta
Chargée de production : Tania Rougier | 06 99 01 87 87
Réalisations techniques : Ateliers du Thâtre de l’Union
Théâtre de Cavaillon, scène nationale • rue du Languedoc • BP 205 • 84306 Cavaillon cedex
04 90 78 64 64
http://www.theatredecavaillon.com/
Représentations nomades | réservations : 04 90 78 64 64
à Mérindol le 9 octobre 2009 2009, au Thor le 10 octobre 2009, à Joucas le 12 octobre 2009, à Noves le 15 octobre 2009 et à Châteauneuf-de-Gadagne les 16 et 17 octobre 2009
Prochaine date : le 31 octobre 2009 à Briare, dans le Loiret dans le cadre du Festival de l’Escabeau
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à « Paris-Match », « les Échos », « Politis », « le Magazine littéraire », « l’Avant-scène Théâtre »…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, « Pariscope », rubrique “Théâtre”
« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, « Rue 89 », blog “Balagan”
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