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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 11:19

 En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012

 

Une histoire bien ficelée


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


À l’heure où le harcèlement moral comme sexuel défraye l’actualité, Victor Haïm en a fait une comédie bien huilée et qui n’hésite pas à forcer sur le trait, noir bien sûr.

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« Velouté » | © D.R.

Les pervers polymorphes ou narcissiques occupent les colonnes des médias depuis quelques mois, avec insistance. Victor Haïm, lui, a entrepris d’écrire Velouté, il y aura bientôt vingt ans. Les nouvelles méthodes de management n’avaient pas encore fait les dégâts mortels qu’on sait et les feux de l’actualité n’avaient pas encore été braqués sur les façons d’agir des pervers domestiques. Prémonition ?

Imaginez un homme jeune, mais plus tant que ça, qui galère de petits boulots en périodes de chômage. Cet homme, Jonathan, rencontre un recruteur qui s’intéresse à lui. L’entretien n’est guère conventionnel, mais l’homme affirme que le dossier est bon et que le recrutement est en très bonne voie. Alors ? Il reste bien un dernier test tout à fait étonnant à passer, mais puisque le but est proche… Jonathan va donc rencontrer Chloé, l’épouse du recruteur, et c’est là que tout bascule. À l’issue de ce test, il n’aura guère d’autre choix, s’il veut un emploi (pas celui auquel il postulait), que de ravaler sa dignité.

Sur cette trame, Victor Haïm a écrit une comédie inquiétante que David Bottet et Nicolas Luboz ont mise en scène dans un décor modulaire noir et blanc d’une grande simplicité, que les comédiens manipulent dans la semi‑obscurité. Plus le recruteur pervers se révèle, plus le rouge envahit sa tenue. Chloé, elle, est immédiatement tout en rouge. Serait‑elle la perverse absolue, le diable même ? Ce serait bien conventionnel. Mais il ne faut pas révéler la conclusion de cette pièce montée comme un mécanisme d’horlogerie.

Cynique jusqu’à la moelle

David Bottet incarne lui‑même le recruteur pervers : faussement chaleureux et patelin, cynique jusqu’à la moelle quand la victime est prise au piège. Corentin Lobet est un Jonathan convaincant, pauvre victime tombée dans les rets du pervers, certes, mais aussi rusé, voire madré, parfois. Rébecca Bonnet, dans le rôle de Chloé, est un peu la folle du logis, troublante et pitoyable à la fois.

Tout semble donc réuni pour le plus grand plaisir du spectateur, un plaisir qui n’exclut pas le frisson d’horreur. D’où vient alors que l’on finit par décrocher ? L’inconfort visuel (relatif) de la salle Bleue au Théâtre du Bourg‑Neuf n’explique pas tout. Il faut sans doute incriminer la charge un peu forte qui mélange le pervers au travail et à la maison : qui trop embrasse, mal étreint. Et puis l’aspect délirant de certaines scènes paraît trop décalé par rapport à la gravité du sujet, et la satire, si tant est que ce soit l’objectif de l’auteur, en perd de sa force de dénonciation à défaut de perdre en comique. 

Jean-François Picaut


Velouté, de Victor Haïm

Cie de la Pépinière et Bothéâtre

Courriel : david@botheatre.fr

Site : www.compagniedelapepiniere.fr

Mise en scène : Nicolas Luboz et David Bottet

Avec : Rébecca Bonnet, David Bottet et Corentin Lobet

Théâtre du Bourg‑Neuf (salle Bleue) • 5 bis, rue du Bourg‑Neuf • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 17 90

Du 7 au 28 juillet 2012 à 20 h 45

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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