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Mardi 26 juin 2012 2 26 /06 /Juin /2012 16:30

De l’art d’être inconstant…

 

La fin de saison a cela de bien qu’elle permet, considérant l’amaigrissement de la programmation théâtrale, de s’intéresser aux travaux des ateliers de création. Voici l’équipe du Théâtre du Pont‑Neuf, animée par Olivier Jeannelle, qui nous livre une variation autour de « la Dispute » de Marivaux, en attendant la saison prochaine consacrée largement à cet auteur…

 

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« Variation autour de “la Dispute” » | © Marc Vionnet

 

Avant de mettre en scène avec ses amis du nouveau collectif Far la Fausse Suivante, la saison prochaine, Olivier Jeannelle a fait une première immersion dans l’œuvre de Marivaux. Il a ainsi offert sur un plateau aux élèves de l’atelier de création du T.P.N. une variation autour de la Dispute, pièce datée de 1744. Comédie peu connue, livrée en un seul acte, on trouve néanmoins dans cette histoire d’adolescents surpris par l’amour tout le précipité de l’œuvre marivaudienne.

 

En deux mots : un prince, aidé par deux valets des deux sexes, a résolu de soumettre la question de la responsabilité de l’inconstance amoureuse à une expérience : quatre jeunes gens, deux filles et deux garçons ont été tenus à l’isolement durant toute leur enfance. Le moment venu, qu’on appellerait aujourd’hui celui de la majorité sexuelle, les deux valets organisent une double rencontre fille‑garçon. Ensuite, ils invitent à la fois le public et une jeune femme, dont le prince s’est épris, à observer la mécanique des « mouvements du cœur ». Complexes, stupéfiants, regardés à la loupe, voilà que comme toujours chez Marivaux, leur étude nous en dit long sur l’homme et, bien entendu… sur la femme.

 

De cette parabole théâtrale, qui tend à conclure que l’inconstance est aussi bien affaire féminine que masculine, le metteur en scène a surtout préservé le souffle comique. Et si les prises de conscience « psychologiques » et les leçons de démystification sociale si chères à l’auteur percent sous le marivaudage de Jeannelle, la comédie l’emporte sur toute autre considération ontologique et sociologique.

 

Un drap de modernité

Car, après un prologue ajouté en son temps par Patrice Chéreau, et composé par François Regnault dans l’esprit et la lettre de Marivaux (et dont le mérite est, dirait‑on en mathématiques, de poser le problème avant la démonstration faussement scientifique), les douze acteurs s’en donnent à cœur joie, claquant tout ensemble les portes, les talons et le beignet des partenaires de jeu. Dans un échange perpétuel de comédiens pour un même rôle, à la mode tg S.T.A.N., pour que chacun puisse jouer sa scène, la pièce passe en coup de vent, formidable abrégé d’un Sacre du printemps en prose, en rires et en minauderies. Et même si le procédé a ses revers comme celui de ne pouvoir masquer les faiblesses d’une distribution inégale, bravo néanmoins à Laure Hunot employée une fois n’est pas coutume dans un rôle comique (celui de la suivante Carise) et à Carine Saux qui remporte la palme de la meilleure Églé. En tout cas, la plus désopilante.

 

Un mot enfin sur la scénographie et son lot de miroirs, de draps blancs et de paravent, qui rappelle qu’après Chéreau, Vilar ou Planchon, Marivaux ne pourra plus être donné sans un vernis de modernité… L’ensemble donne un joli moment de comédie, bien loin d’un théâtre ennuyeux, alors que l’auteur, selon Voltaire, « pesait des œufs de mouches dans des balances de toiles d’araignée ». Bref, le travail des ateliers du Théâtre du Pont‑Neuf constitue une savoureuse mise en bouche, avant le plat de consistance que sera, on l’espère, la Fausse Suivante donnée l’hiver prochain. 

 

Bénédicte Soula

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Variation autour de la Dispute, d’après Marivaux

Ateliers de création du Théâtre du Pont‑Neuf • 8, place Arzac • 31000 Toulouse

05 62 21 51 78

Textes : François Regnault et Marivaux

Mise en scène : Olivier Jeannelle

Avec : Julien Bottella, Sophie Eche, Nathalie Épaulard, Lucie Gillot, Laure Hunot, Olivier Mader, Laurence Martial Guilhem, Gilbert Monserrat, Jeff Pasquier, Anne Pellus, Carine Saux, Louis Sebastie, Marc Vionnet

Sons et lumières : Mathieu Hornain

Théâtre du Pont‑Neuf • 8, place Arzac • 31000 Toulouse

Réservations : 05 62 21 51 78

Site : http://www.theatredupontneuf.fr/spip/index.php

Courriel : theatredupontneuf@free.fr (non valable pour les réservations)

Du 20 au 23 juin 2012, du mercredi au samedi à 21 heures

6 €

Publié dans : FRANCE-ÉTRANGER 1998-2012 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 1 commentaires
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Commentaires

l'art d'être incostant intéprété sur scène !très intéressant.
Commentaire n°1 posté par abri de piscines  le 16/07/2012 à 10h18

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