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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 14:14

Des « Vaches noires »
trop paisibles ?


Par Élise Noiraud

Les Trois Coups.com


Dans une chambre de « Golden Home », maison de retraite haut de gamme, Pierre, un quinquagénaire, retrouve sa mère âgée. De cette confrontation va naître un échange, un dialogue, un face-à-face familial, à la fois tendre et douloureux. « Vaches noires », c’est une belle matière textuelle, ce sont deux bons comédiens, c’est un très bel espace scénique. C’est, au final, un joli moment théâtral, et qui touche parfois juste. Mais auquel il manque quelque chose. Une flamme, une magie, une nécessité. Peut-être simplement une urgence à dire tout ça.

Lorsque le spectacle commence, la mère dort. La mère, c’est Marie, une femme âgée mais néanmoins énergique, et qui, si elle vit désormais en maison de retraite, ne perd ni sa verve ni son humour. Ainsi, Marie dort et rêve, sous le regard de son fils. Des bribes de ce rêve nous parviennent, des mots, des respirations. La vieille dame est agitée, en proie à des images douloureuses, mêlées, alors qu’elle a l’air de sommeiller paisiblement. Ce contraste semble annoncer la relation entre cette mère et son fils, et plus largement leur histoire familiale. Car, sous des rapports aimants et tranquilles, sont amassées des années de non-dits et d’incompréhensions. De son côté, ce fils silencieux, discret, a choisi de vivre à New York. On comprend entre les lignes son homosexualité, qu’il lui est, peut-être, plus facile de vivre loin. Vaches noires est donc une sorte de confrontation ultime, d’échange définitif, de tendresse finale entre une mère et son fils, où se disent et se dépassent les blessures, pour ne laisser que l’amour et l’écoute.

Ces dialogues intimes ont les pieds plantés dans le sable, dont le metteur en scène a recouvert le plateau. Christophe Lemaître donne ainsi une couleur très onirique, très légère à son espace scénique. Émergent alors une sorte d’image de la mémoire qui passe, des souvenirs qui s’estompent, comme la plage est aplanie par les vagues. Aux cintres sont accrochées des centaines de petites cartes, sorte de collecte de la mémoire, que la vieille dame épingle aux objets dont elle veut se souvenir. Ce personnage attachant, c’est Hélène Surgère qui lui donne vie. La comédienne, née, tout de même, en 1928, signe ici une performance tant elle demeure légère au plateau, énergique, généreuse. On est impressionné par sa force de femme, et sa lumière presque enfantine. Face à elle, Hervé Van der Meulen interprète un fils qu’on sent nerveux, aimant, mais écrasé aussi par cette mère si vivante et qui refuse d’entendre ses blessures.

« Vaches noires » | © Miliana Bidault

Néanmoins, si les deux comédiens tiennent bien leur partition, il nous a manqué quelque chose. Quelque chose que nous peinons à cerner. Il nous a manqué une urgence. Une nécessité aussi. Nous avons eu, parfois, la sensation que cette plongée dans l’intime demeurait très formelle, polie. Les mots avaient beau être parfois violents, nous ne les avons pas reçus comme des mots salvateurs, ni essentiels. Est-ce le texte, qui nous a parfois gênés par son espèce de consensus ? Car, malgré les confessions échangées entre les deux personnages, les choses demeurent, ne bougent pas, les étincelles de violence sont balayées comme le sable par la marée. Et il nous a semblé que les deux protagonistes, malgré le parcours que leur impose l’histoire, n’avaient pas, ou peu, bougé au terme du parcours. Cette immobilité aurait pu être la clé de ce spectacle, de ce texte, comme une douleur profonde et sourde, un mécanisme bloqué et douloureux. Mais elle nous est apparue plutôt comme le fruit de quelque chose de non abouti théâtralement. Non abouti dans le jeu, dans la direction, dans les enjeux du spectacle, peut-être par manque de lisibilité pour les comédiens. D’où la sensation de parcourir un album photo, avec des images douloureuses, certes, mais qui ne nous ont mis, ni eux ni nous, réellement en danger.

Ainsi, nous sommes repartis du Studio d’Asnières un peu dubitatifs. Nous nous sommes demandé pourquoi, finalement, ces personnages peinaient tant à exister vraiment. Les textes familiaux, d’inspiration biographique comme c’est le cas ici, doivent-ils absolument faire appel à des références communes pour que le public soit touché ? Sans doute pas… En tout cas, Vaches noires a peiné à nous atteindre dans quelque chose d’intime, dans quelque chose d’universel. Et, si nous avons écouté le spectacle avec intérêt et parfois émotion, les traces qu’il a laissées en nous ont été malheureusement plus fugaces que nous ne l’aurions souhaité. 

Élise Noiraud


Vaches noires, de Daniel Besnehard

Coproduction Le Studio d’Asnières et Le Nouveau Théâtre d’Angers, C.D.N. des Pays de la Loire

Mise en scène : Christophe Lemaître

Avec : Hélène Surgère, Hervé Van der Meulen

Assistants à la mise en scène : Agnès Espaze et Florient Jousse

Scénographie et costumes : Christophe Lemaître

Lumières : Thomas Falinower

Son : Sylvain Vanot

Vidéo : Julien Thèves

Construction du décor : Antoine Milian

Régie : Charlotte Montoriol

Stagiaire régie : Cécile Jeanneret-Amour

Habillement : Bruno Marchini

Studio Théâtre • 3, rue Edmond-Fantin • 92600 Asnières-sur-Seine

Réservations : 01 47 90 95 33

Du 6 au 27 novembre 2009 à 21 h 30, dimanche à 15 h 30, relâche le lundi

Durée : 1 h 20

16 € | 13 € | 11 € | 10 € | 8 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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