Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 02:32

« Une reine en exil

Un tombeau de Philippine Bausch »,

de Jean-Paul Chabrier

 

une-reine-en-exilEssai

« Je t’adore » est ce que pourrait murmurer Pina Bausch à la vie, à la scène, au public. C’est la première partie de cet ouvrage, Un tombeau de Philippine Bausch, suivi d’une notice biographique en hommage à la grande chorégraphe allemande.

Ici, Jean-Paul Chabrier a imaginé un monologue intérieur d’une femme qui dansait beaucoup et parlait peu. « Passer toute sa vie à la rêver » pourrait être le credo de ce personnage inspiré par la grande chorégraphe Pina Bausch, décédée le 30 juin 2009 : elle pense et rêve à voix haute, s’interroge au sujet de la création tout en voyageant dans ses souvenirs d’enfant esseulée et silencieuse. Le texte est construit autour des quêtes personnelles de l’artiste : pourquoi représenter ? que dit-on quand on danse ? Et pourquoi est-ce que je danse ?

Ponctué par différentes apparitions d’objets, personnages, musiques, chants et danse, le monologue est rythmé comme une chorégraphie. Il raconte quelle fut cette recherche des gestes du silence par Pina Bausch pour trouver le fil de sa propre réalité anatomique, pour ressentir sa propre vérité physique, et atteindre une grâce singulière.

La langue de Jean-Paul Chabrier a une grande puissance d’évocation, soutenue par un rythme énergique et léger. Son humour chaleureux s’appuie sur le décalage entre une âme d’une artiste et les rituels du monde qui l’entoure vus par une « étrangère au cœur doux ».

 

« La représentation d’Ich bete dich an (« Je t’adore ») entrouvre le vasistas sur une vie rêvée de Pina Bausch. La comédienne en scène devant nous est donc Philippine Bausch, et elle ne l’est pas. Il n’y a rien là qui soit autobiographique, et, à la vérité, rien non plus qui ne le soit pas – la comédienne serait plutôt dans l’évocation d’une sensibilité à fleur de mystère, d’un incessant questionnement artistique. Pina Bausch est morte soudainement, le 30 juin 2009, d’un cancer généralisé dont elle ignorait être atteinte. Elle part en pleine lumière, en pleines répétitions – elle en finissait avec Urauffürung, la création que lui avait inspirée sa dernière résidence au Chili. La comédienne d’Ich bete dich an est dans l’instant de ce brutal départ, et, au-delà, dans son irréparable vide. J’ai bien regardé certaines photographies de la chorégraphe, et j’ai vu partout, sur tous ces noirs et blancs (Pina est pour moi une dame en noir et blanc, qui n’aime la couleur que sur une scène de théâtre), la même soucieuse et extrême douceur dans son regard, avec, dans le fond, très loin mais très présente, une ironie amusée, et un détachement nourri de compassives ombres lumineuses. À la Renaissance, le « tombeau » est une pratique littéraire qui se donne pour objet de recueillir moult célébrations poétiques en hommage à un important personnage disparu. Pour être plus modeste, celui que je propose aujourd’hui n’en parle pas moins d’enfances, d’éclats de vie, et d’incertitudes, quand créer devient la seule façon d’être au monde, cette terrible invention de nos sens. »

Jean-Paul Chabrier

 

Né en 1954, Jean-Paul Chabrier vit et travaille à Angoulême. Après divers « petits boulots », il fut assistant de Jacques Renard (acteur, réalisateur, scénariste, directeur de la photographie) avant de passer lui-même à la réalisation d’un moyen métrage Hanna Mandlikova regardait ses poupées jouer au tennis. Dans les années 1980, il fut l’un des animateurs (et le graphiste) du journal littéraire le Paresseux. Certaines de ses nouvelles y ont paru. Il a publié une douzaine de romans : L’amour est toujours bleu (Belfond, 1979), Un père (Minuit, 1985), la Joie de vivre (La Table ronde, 1996), Sud-Ouest (L’Escampette, 1998), Pendant que tu étais à Florence (La Table ronde, 2001), J’ai rencontré Perdita (L’Escampette, 2003), Autobiographie d’une arme à feu (L’Escampette, 2005), Vers le Nord (L’Escampette, 2007) ; et aussi des nouvelles : Un rêve de Charlie Parker (L’Escampette, 2003), un essai – la Jeune Fille de Verazzano (éd. Marguerite Waknine, 2007), et une traduction d’un récit de l’auteur portugais Fernando Nenhum : The Road to Mumbaï en 2004.

Format : 10 × 19 cm

64 pages

10 €

 

Recueilli par

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Actes Sud-Papiers • 18, rue Séguier • 75006 Paris

Tél. 01 55 42 63 00

http://www.actes-sud.fr

Actes Sud • le Méjan, place Nina-Berberova • BP 38 • 13633 Arles cedex

Tél. 04 90 49 86 91

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans Livres | Revues | D.V.D.
commenter cet article

commentaires

Rechercher