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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 15:34

Une passeuse d’âmes… tout simplement

 

Un véritable théâtre de poche que ce Guichet Montparnasse. À peine avez-vous quitté la rue que vous êtes déjà installé. Ici, on est tout à la fois ouvreur et régisseur. Cela tombe bien, Flaubert et son « Cœur simple » n’en demandent pas plus. Car tout est possible avec la précision du verbe flaubertien. Et Marie Martin-Guyonnet prend en charge la narration avec une justesse impeccable.

 

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« Un cœur simple » | © D.R.

 

Flaubert, auteur de romans et de nouvelles. Mais a priori certainement pas de théâtre. Flaubert, pourtant, au théâtre. Illogique ? D’autant plus difficile à imaginer qu’Un cœur simple est truffé de descriptions, les dialogues s’y font rares et la narration y est prise en charge à la troisième personne. Pourtant, de cette nouvelle, la comédienne n’en change pas une ligne. Pour cela, elle n’a pas besoin de grand-chose. Un costume qu’elle enfile (sur scène) et hop, la voilà devenue Félicité, la bonne de Mme Aubin, dans un petit village de Normandie.

 

Le propos est vite résumé : l’existence, du début jusqu’à sa fin, d’une femme « simple ». Or le personnage d’une « bonne » plutôt que celui d’une bourgeoise restait à l’époque de l’écrivain le parent pauvre de la littérature. Zola, avec la Joie de vivre, s’en inspirera, mais les exemples ne sont pas si nombreux. Et, dans ce texte, Flaubert excelle. Sa plume fine et précise déborde d’humanité. Elle interroge et fouille l’âme de son personnage pour nous en montrer toute sa bonté.

 

On comprend alors le pourquoi de ce choix. Pourquoi, depuis 2002, Marie Martin-Guyonnet, répète et joue inlassablement ce texte. Cette comédienne, metteuse en scène et chef de troupe, se dit être une « passeuse » entre l’auteur et le spectateur. En ce sens, elle porte un texte dont elle devient la narratrice à part entière. Elle est d’autant plus écoutée que le ton adopté est remarquablement juste. Le spectateur a alors l’occasion de découvrir ou de redécouvrir une œuvre d’une puissance incroyable.

 

Le texte est captivant, la narratrice superbe

La scène est dépouillée. Une malle, une table en bois et une chaise. Les accessoires : un torchon, une tasse, un perroquet empaillé. C’en est même à se demander si tous ces objets ne sont pas superflus, tant la narration se suffit à elle-même. Le texte est captivant, il nous fait vivre avec beaucoup d’émotion la vie (pas si simple !) de Félicité. La narratrice est superbe. Dans la salle, l’impact est évident et l’écoute est forte.

 

D’ailleurs, Marie Martin-Guyonnet lirait cette nouvelle à la radio, on l’écouterait avec le même intérêt. Pourquoi alors ne pas se contenter d’une simple lecture ? Car ce qui est une qualité peut aussi être mis en défaut : peut-on encore parler de spectacle ? Difficile de répondre à cette question. Une chose est certaine : les paroles de Flaubert sont dites avec beaucoup d’humilité.

 

C’est presque comme si la comédienne n’était là que pour porter un message et qu’elle s’efforçait de le délivrer le plus justement possible. Sans plus. C’est déjà pas mal. Notons qu’avant de jouer dans une salle de spectacle, elle se déplaçait chez l’habitant. La démarche est suffisamment originale pour mériter notre attention. C’est une jolie façon de transporter des œuvres qui nous permettent de grandir un peu plus et d’observer l’âme d’un œil plus humain. La voix mérite d’être entendue. 

 

Sheila Louinet

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Un cœur simple, de Gustave Flaubert

J’ai lu, coll. Librio, in Trois contes

Compagnie Laboderie

06 60 43 21 13

Site : www.laboderie.fr

Mise en scène : Marie Martin-Guyonnet (avec la complicité de Jean Pennec)

Avec : Marie Martin-Guyonnet

Lumière : Jean-Yves Courcoux

Théâtre du Guichet-Montparnasse • 15, rue du Maine • 75014 Paris

Réservations : 01 43 27 88 61

Du 10 novembre 2010 au 8 janvier 2011, du mercredi au samedi à 19 heures

Durée : 1 h 10

18 € | 13 € | 9 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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