Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 16:16

Pour être heureux,
ne vivons plus cachés !


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Le Théâtre du Phare nous offre un remède vitaminé contre les terreurs des récrés et les hontes rentrées. Coloré, acidulé, « Un chien dans la tête » est un vrai moment de catharsis enfantine.

un-chien-dans-la-tete-615 christophe-raynaud-de-lage

« Un chien dans la tête » | © Christophe Raynaud de Lage

Bienvenue au Théâtre de la Commune ! Vous vous asseyez en rigolant un peu au milieu de jeunes gens pleins d’énergie mais pas très silencieux et vous vous demandez avec curiosité ce qui se passera quand commencera le spectacle. Pas facile de gagner l’attention de ce public-là… Les uns voudraient jouer les blasés, les autres se démarquer des plus jeunes. Et puis le miracle a lieu. Ils se taisent, rient, accrochent !

Il faut dire que la pièce a été écrite pour le jeune public et que, dans ce domaine, le Théâtre du Phare n’en est pas à son coup d’essai. Oh, boy avait obtenu un succès si retentissant que le spectacle ne cesse de tourner depuis sa création en 2010. L’an passé, Olivier Letellier s’était cette fois aventuré sur les terres de Daniel Danis en adaptant un de ses magnifiques récits pour la jeunesse : la Scaphandrière.

Il faut dire aussi que le spectacle nous replonge en enfance à la suite du protagoniste qui se remémore le temps difficile où on l’appelait « le Fils du fou » et où on lui prédisait l’abandon de sa mère. Or, ce voyage dans le passé a lieu pour le pire (souvenirs de brimades et de hontes), mais aussi pour le meilleur : fantaisie, ludisme, complicité. Et ces vertus sont communicatives. C’est d’ailleurs vraiment étonnant de voir dans le public tant d’ados encapuchonnés éclater de rire quand les comédiens se font des niches, sursauter avec délice quand ils sont étonnés ! Et des surprises, Un chien dans la tête n’en manque pas.

Le fond de l’air est rouge, vert, bleu

D’abord, la scénographie fait surgir les couleurs en fonction des ambiances, des humeurs du personnage principal. En fond de scène, un écran change de couleur, et les trois comédiens du spectacle s’y détachent avec la netteté de personnages d’imagiers. Parfois, au contraire, des jeux d’ombre, plus troubles, projettent les monstres intérieurs du Fils : les chiens qui aboient dans sa tête. Mais le sol, luisant comme un miroir, peut aussi se métamorphoser. Il devient par exemple un cours d’eau que l’on traverse de pierre en pierre dans un jardin imaginaire.

Car c’est bien dans un jardin extraordinaire que se réfugie le Fils quand il veut s’évader d’un monde trop cruel. Là, il retrouve deux amis sortis de sa fantaisie : une fille et un garçon dont nous apprenons les surnoms en même temps que les tristes histoires. Ces compagnons de jeu sont de fait aussi des cousins d’infortune, mais ils ferraillent pour s’en sortir. Un pour tous, tous pour le Fils du fou. Mort à la honte, et vive la vie !

Décidément, ces trois mousquetaires-là sont pleins d’humour et d’énergie. La distribution du spectacle en est donc un atout. Camille Blouet et Alexandre Ethève forment un tandem très amusant. Non seulement, ils campent des personnages très bien dessinés, mais, marionnettistes, ils donnent vie à d’autres personnages. Camille Blouet manipule ainsi une immense perruque, métonymie de la Mère. Et les deux comédiens font évoluer par ailleurs les poupées en chiffon de deux terreurs de récré. Ces deux-là, l’Un et l’Autre, le méchant et l’imbécile cruel, valent le détour. L’intelligente création sonore de Mickaël Plunian permet d’ailleurs aux interprètes de métamorphoser leurs voix pour changer de rôle. Comme la mise en scène, elle introduit aussi une distanciation salutaire quand on aborde des sujets aussi délicats que la honte et le malheur.

Un chien dans la tête n’est pas un spectacle grave, même s’il traite de sujets graves. On n’en sort peut-être pas bouleversé, mais prêt à s’avancer au milieu des autres sur la grand-place, au grand soleil, plutôt que de se replier sur sa douleur. Dynamisant. 

Laura Plas


Voir aussi « Jojo au bord du monde », de Stéphane Jaubertie (critique), Théâtre de l’Est-Parisien à Paris

Voir aussi « Everest », de Stéphane Jaubertie (critique), T.N.G. à Lyon


Un chien dans la tête, de Stéphane Jaubertie

Théâtre du Phare

Site : www.theatreduphare.fr

Courriel : contact@theatreduphare.fr

Mise en scène : Olivier Letellier

Avec : Alexandre Ethève (le Fils de la baleine, l’Autre), Camille Blouet (Celle qui reste, la Mère, l’Un), Jérôme Fauvel (le Fils)

Dramaturgie : Caroline Girard

Scénographie : Antoine Vasseur

Costumes : Nathalie Martella

Conseil en marionnettes : Simon Delattre

Lumière, régie : Sébastien Revel

Création sonore : Mickaël Plunian

Théâtre de la Commune • 2, rue Édouard-Poisson • 93304 Aubervilliers

Site du théâtre : www.theatredelacommune.com

Réservations : 01 48 33 16 16

Le 11 décembre 2013 à 14 heures et le 12 décembre 2013 à 10 heures et à 14 heures

Durée : 1 heure

24 € | 18 € | 14 € | 12 € | 9 €

Tout public à partir de 8 ans

Tournée 2014 :

– Évreux, scène nationale, mardi 7 janvier à 14 h 30, jeudi 9 janvier à 10 heures et 14 h 30, vendredi 10 janvier à 10 heures et 14 h 30, samedi 11 janvier à 17 heures

– Chevilly-Larue, Théâtre André-Malraux, vendredi 17 janvier à 14 h 30 et 20 h 30

– Louviers, scène nationale, mardi 21 janvier à 10 heures et 14 h 30, jeudi 23 janvier à 14 h 30 et 20 heures, vendredi 24 janvier à 10 heures et 14 h 30

– Kingersheim, Momix, vendredi 31 janvier, 1 scolaire, samedi 1er février à 14 heures

– Fontenay-sous-Bois, Fontenay en scènes, samedi 8 février à 18 heures, lundi 10 février à 10 heures et 14 h 30, mardi 11 février à 10 heures

– Annemasse, Château rouge, vendredi 14 février à 9 h 30 et 14 h 30, samedi 15 février à 17 heures ou 19 h 30, lundi 17 février à 9 h 30 et 14 h 30, mardi 18 février à 9 h 30

– Dijon, À pas contés, mercredi 19 février à 20 heures, jeudi 20 février à 10 heures et 14 h 30

– Paris, Théâtre de Chaillot, mardi 4 mars à 10 heures et 14 h 30, mercredi 5 mars à 14 h 30, jeudi 6 mars à 10 heures et 14 h 30, vendredi 7 mars à 14 h 30 et 20 h 30, samedi 8 mars à 15 h 30, mardi 11 mars à 10 heures et 14 h 30, mercredi 12 mars à 14 h 30

– Pessac, Pessac en scènes, vendredi 14 mars à 14 h 30, samedi 15 mars à 20 heures

– Angoulême, scène nationale, lundi 17 mars à 19 heures, mardi 18 mars à 10 heures et 15 heures

– Marly-le-Roi, centre Jean-Vilar, mardi 25 mars à 20 heures

– Le Kremlin-Bicêtre, espace André-Malraux, vendredi 28 mars à 14 heures, samedi 29 mars à 17 heures

– Angers, Le Quai, mercredi 2 avril à 14 h 30 et 19 h 30, jeudi 3 avril à 10 heures et 14 h 30, vendredi 4 avril à 10 heures

– Sartrouville, C.D.N. de Sartrouville, jeudi 10 avril à 10 heures et 14 heures, vendredi 11 avril à 10 heures et 14 heures, samedi 12 avril à 18 heures

– Élancourt, Le Prisme, mardi 6 mai à 14 h 30 et 20 h 30

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher