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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 01:19

Un Labiche au poil !


Par Ingrid Gasparini

Les Trois Coups.com


Le vaudeville réinvestit le Français avec un parangon du genre : « Un chapeau de paille d’Italie ». Tout y est : actions, quiproquos, conventions bourgeoises secouées et burlesque amplifié. On se régale des cabotinages de Christian Hecq et de la performance nerveuse de Pierre Niney. De quoi passer une bien joyeuse soirée.

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« Un chapeau de paille d’Italie » | © Christophe Raynaud de Lage

Il court, il court le Fadinard, toujours en mouvement pour sauver sa noce et les apparences. Ce jeune rentier, tombé en amour pour la fille d’un pépiniériste de Charentonneau pingre et vulgaire, va tout tenter pour retrouver le couvre‑chef de la très compromise Madame Beauperthuis tout en restant dans les bonnes grâces de son abominable beau‑père. La mécanique, comme toujours chez Labiche, est tout simplement redoutable. La course est frénétique et pleine d’allégresse. Les décors défilent à la vitesse de la lumière : de l’intérieur bourgeois de Fadinard à la boutique d’une modiste, en passant par le salon de musique de la Baronne de Champigny. Les bons mots fusent, les gags visuels et le comique des situations s’enchaînent à un rythme hallucinant dans cette véritable odyssée du burlesque. Les bégueules pourront toujours se pincer le nez en arguant que le vaudeville est un sous-genre, une mécanique poussive et artificielle où la psychologie des personnages frôle le néant. Les autres, à n’en point douter, riront aux éclats face à cette version impeccable et gaie servie par la superbe troupe des comédiens du Français.

Christian Hecq et ses lazzi à pleurer de rire

Impossible de ne pas être subjugué par la légèreté féline, la souplesse et le souffle du jeune pensionnaire Pierre Niney (Fadinard), pantin agile en patte d’eph satinée se baladant entre apartés, répliques serrées et séquences chantées. Toujours dans son dos, Christian Hecq joue l’affreux beau‑père provincial et bedonnant, un méchant et lointain cousin de son mythique Bouzin d’Un fil à la patte. En cabot magistral, il aspire l’attention autour de ces grandioses numéros de clown, lazzi à pleurer de rire où il est question d’un myrte vacillant dans son pot et de mocassins trop petits. Côté femme, la toute jeune Adeline d’Hermy (Hélène) joue la godiche juvénile et effarouchée. Au début, on se dit que c’est un peu too much le coup de la dinde aux deux neurones. Mais, assez vite, son côté Lolita simplette en robe de mariée ras‑le‑bonbon emporte notre adhésion. Et ses rapports incestueux avec son cousin Bobin finissent même par installer un intéressant malaise. Le reste de la distribution est du même niveau et maîtrise déplacements, chant, effets de synchronisation réglés au millimètre dans une écoute et une communion totales.

Aux commandes de cet attelage jeté à vive allure, le metteur en scène Giorgio Barberio Corsetti donne un petit coup de jeune au chef-d’œuvre comique de Labiche en le propulsant dans les seventies et en y incluant des passages musicaux chantés lorgnant du côté du rock et de la musique tsigane. Un mélange qui, loin d’alourdir la sauce, donne une balance un peu festive à la pièce. Ces jolis moments de détente créent une rupture salutaire avec la performance quasi sportive des comédiens liée à la structure même de l’intrigue. Sur les petits fauteuils en velours du Théâtre Éphémère, on finit par se dandiner sur place et en cadence, le sourire aux lèvres, le regard tendu vers chaque détail. Hypnotisé par les décors psychédéliques du salon de mode et ses tornades optiques en noir et blanc, charmé par le détournement des clichés liés au genre avec l’heureuse substitution des portes qui claquent par de grandes bâches en plastique, amusé par le canapé penché, la table bancale et les chaises centrifugées. Un chaos très bien orchestré, sans coutures, un peu trop parfait, comme toujours au Français. Mais ne chipotons pas, parce qu’il faudrait être bien fat pour bouder ce plaisir‑là. 

Ingrid Gasparini


Un chapeau de paille d’Italie, d’Eugène Labiche et Marc‑Michel

Mise en scène : Giorgio Barberio Corsetti

Avec : Véronique Vella, Coraly Zahonero, Jerôme Pouly, Laurent Natrella, Léonie Simaga, Nicolas Lormeau, Gilles David, Christian Hecq, Nâzim Boudjenah, Félicien Juttner, Pierre Niney, Adeline d’Hermy, Danièle Lebrun, Elliot Jenicot, Louis Arene

et les élèves-comédiens de la Comédie-Française : Laurent Cogez, Carine Goron, Lucas Hérault, Blaise Pettebone, Nelly Pulicani, Maxime Taffanel

Et les musiciens : Christophe Cravero (violon, batterie, guitare, piano), Hervé Legeay (guitares) et Hervé Pouliquen (guitares, basse, cavaquinho)

Scénographie : Giorgio Barberio Corsetti et Massimo Troncanetti

Costumes : Renato Bianchi

Musique originale, direction musicale, direction des chants : Hervé Legeay

Lumières : Fabrice Kebour

Maquillages : Carole Anquetil

Assistante à la mise en scène : Raquel Silva

Assistante aux maquillages : Laurence Aué

Théâtre Éphémère de la Comédie-Française • jardin du Palais‑Royal • 75001 Paris

Réservations : 0825 10 16 80 (0,15 € la minute)

www.comedie-francaise.fr

En alternance du 31 octobre 2012 au 7 janvier 2013, matinées à 14 heures, soirées à 20 h 30

Durée : 1 h 30

De 5 € à 39 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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