Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 20:12

Le délire, pas la lettre !


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Un vaudeville en chansons, dans la plus pure tradition ! Une course échevelée qui confine au cauchemar ! Gilles Bouillon sait bien sa leçon. Il nous propose au Théâtre de la Tempête « Un chapeau de paille d’Italie », très maîtrisé et servi par une magnifique scénographie. Mais la pléthore d’effets et de couplets contredisent un peu son intéressant parti pris onirique.

un-chapeau-615

« Un chapeau de paille d’Italie » | © F. Berthon

Après le purgatoire, la gloire ! Le vaudeville est depuis quelques années déjà à la mode ! Et le Théâtre de la Tempête résonne encore des applaudissements recueillis l’an passé par le Dindon de son directeur, Philippe Adrien. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’il accueille aujourd’hui l’équipe de Gilles Bouillon pour une version d’Un chapeau de paille d’Italie, l’un des plus grands succès de Labiche.

L’argument de la pièce est simple, voire simpliste. Tout l’intérêt réside, en effet, dans ses rebondissements inattendus. Parce que sa monture, éloquemment nommée Cocotte, a croqué le chapeau d’une belle au bois fautant, Fadinard, jeune butor de la bourgeoisie parisienne, se met en quête d’un couvre-chef de remplacement. Le voilà, donc, courant de place en place. Poursuivi par les gens de sa noce comme par une meute, il est de surcroît menacé sans cesse par son beau‑père de désopilants « Tout est rompu ». S’approche‑t‑il de l’objet, celui s’envole, fétu pris dans une tourmente démente.

Le mariage ou la folle journée de… Fadinard

Une journée à devenir fou… Un cauchemar, peut-être ? C’est l’intéressante interprétation que nous propose Gilles Bouillon. De fait, quand le spectacle commence, Fadinard est couché, il rêve d’une étrange créature qui ressemble à un cheval. Or, quand la pièce s’achève, on retrouve le même Fadinard assoupi à côté de sa jeune épouse. La boucle se boucle. Tout ce qui s’est passé n’était‑il alors que le cauchemar d’un jeune marié épouvanté par le mariage ? Peut‑être… Chapeau paille, paillasson, somnambule : il y a ici dans l’enchaînement diabolique des situations quelque chose d’aussi absurde que dans les jeux de kyrielle, ou les cadavres exquis. Et, justement, on connaît l’admiration de Philippe Soupault pour Labiche, la relation qui existe entre le meilleur vaudeville et le théâtre de Jarry ou le surréalisme.

Pertinente lecture, donc, servie par une belle scénographe. Les décors de Nathalie Holt nous transportent de fait dans un autre monde, à la fois étrange et familier. Là, tout n’est qu’ordre et beauté. Foin de la réalité, on est loin d’un théâtre daté qui fut longtemps le carcan du vaudeville. Les hommes eux‑mêmes semblent, grâce aussi à un travail cohérent et fin sur les costumes, assortis à leur milieu. On passe d’un décor à l’autre, en partie seulement dissimulé par un voile noir, dans des glissements, étranges et silencieux.

Avec d’aussi belles propositions, nul n’était alors besoin de suivre à la lettre sa leçon sur le vaudeville. Les portes claquent : d’accord. L’importance du temps nous est rappelée par la scénographie et les cavalcades des comédiens : passe. Mais s’il était pertinent de revenir aux origines du vaudeville avec une version musicale, fallait‑il truffer à ce point le spectacle de couplets ? Certes, cela accentue l’absurdité, mais la pièce se ralentit, alors que l’on se passerait sans doute d’un bon quart d’heure. Par ailleurs, parfois on a l’impression qu’il s’agit de faire rire à tout prix. On souligne un texte déjà chargé de mots, on explicite des allusions coquines par des gestes vulgaires. On en rajoute encore sur des scènes d’anthologie, comme celle du bain de pieds de Beauperthuis.

Vive le père de la mariée !

De la même manière, on a l’impression que certains comédiens en font beaucoup. C’est vrai de certains petits rôles, et cela peut s’expliquer alors par la jeunesse des interprètes. Mais des personnages principaux en font aussi les frais : Fadinard, interprété par Frédéric Cherbœuf, passe de rodomontades en acrobaties. Xavier Guittet en fait des caisses en mari trompé, comme Juliette Chaigneau en femme adultère. On sait que Labiche n’invite pas à la nuance, on sait qu’on est face à des pantins, mais on regrette que certains rapports entre les personnage (celui de la mariée avec son cousin, notamment) ne soit pas plus troubles. Nuançons : Jean‑Luc Guitton, en beau‑père farcesque vaut le détour. On attend ses sorties à son futur gendre et surtout son entrée sur scène. Marc Siemiatycki, fait quant à lui un sympathique et risible cousin.

Beaucoup de belles étincelles, donc, dans cette version. Assez pour que le feu de paille devienne un feu de joie ? 

Laura Plas


Un chapeau de paille d’Italie, d’Eugène Labiche

La Générale de théâtre • 20, rue Édouard-Pailleron • 75019 Paris

01 44 65 06 62

Courriel de la compagnie : generale.theatre@yahoo.fr

Mise en scène : Gilles Bouillon

Assistante à la mise en scène : Albane Aubry

Avec : Cécile Bouillot, Frédéric Cherbœuf, Stéphane Comby, Xavier Guittet, Jean‑Luc Guitton, Denis Léger‑Milhau, Léon Napias, Marc Siemiatycki

et les comédiens du Jeune Théâtre en région Centre : Charlotte Barbier, Clément Bertani, Camille Blouet, Juliette Chaigneau, Laure Coignard, Julie Roux, Mikael Teyssié

Musique : Alain Bruel

Dramaturgie : Bernard Pico

Scénographie : Nathalie Holt

Costumes : Marc Anselmi

Maquillages et coiffures : Eva Gorszczyk

Lumière : Michel Theuil

Construction du décor réalisée par l’équipe technique du C.D.R. de Tours sous la direction de Pierre‑Alexandre Siméon

Régie générale : Laurent Choquet

Théâtre de la Tempête • la Cartoucherie • route du Champ‑de‑Manœuvre • 75012 Paris

Réservations : 01 43 28 36 36

http://www.la-tempete.fr/index.php5?menu=1&saison=saison+2012+2013&fiche_spectacle=1443&presentation=1&diaporama=1

Du 14 novembre au 16 décembre 2012, du mardi au samedi à 20 heures et le dimanche à 16 heures

Durée : 2 heures

18 € | 15 € | 12 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher