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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 23:48

Un caprice, vraiment ?

 

Qu’est-ce qu’un « caprice » ? « Une détermination arbitraire, une envie subite et passagère fondée sur la fantaisie et l’humeur », nous renseigne « le Petit Robert ». Mais si la « fantaisie » et l’« humeur » tombent à l’eau, que reste-t-il ? Est-ce toujours un caprice ?

 

un-caprice-affiche

« Un caprice », d’Alfred de Musset

 

Dans une acception plus technique, le « caprice » est aussi « un amour […] qui naît brusquement et ne dure pas ». C’est d’abord à ce sens que fait référence la petite pièce d’Alfred de Musset.

 

En effet, M. de Chavigny, bien que marié à une femme « belle comme un ange, fidèle comme un lévrier », est d’humeur amoureuse. Il séduit, il se laisse séduire. Il est prêt à tous les sacrifices pour une aventure d’un soir. Mathilde, sa femme, sa si belle et innocente petite femme, ne comprend évidemment pas. Aussi souffre-t-elle de l’attitude de son mari. Et le lui fait sentir. Ce qui a pour effet de l’exaspérer, lui, le mari. Et, du coup, de l’éloigner d’elle. Alors survient Mme de Léry, amie de Mathilde, qui tente de renouer les liens du mariage. Elle y réussit par un jeu subtil et dangereux. Subtil, car c’est un jeu de langage, d’une langue belle et précieuse, celle du poète Musset. Dangereux, car elle utilise les armes de M. de Chavigny, les armes du badinage et de la séduction.

 

Bien. Si l’on en croit la fable, caprice il y a. Mais encore faut-il que la fable soit comprise et crédible. Et qu’il y ait badinage et séduction, fantaisie et humeur.

 

Un jeu morose

Ce n’est malheureusement pas le cas. L’interprétation des trois comédiens principaux est certes accordée. Mais elle l’est dans la morosité. En fait, il n’y a pratiquement pas de jeu, si ce n’est quelques déplacements nécessaires, quelques mimiques classiques. Est-ce la « faute » des comédiens ?

 

Voyons voir. Séverine Cojannot développe une grande sensibilité dans son rôle de Mathilde. Elle manie aisément sourires et larmes. Les sourires d’un ange, les larmes d’un lévrier fidèle à son maître. Mais elle ne se renouvelle pas : elle ne nous donne, toute la pièce durant, que ces deux attitudes. Gilles-Vincent Kapps, dans le rôle de M. de Chavigny, a, sans doute, l’âme du maître. Mais il n’a certainement pas celle du libertin, du séducteur, du capricieux, enfin. Car c’est un homme qui dégage une grande tristesse. Quant à Anne Plumet, elle n’est guère crédible dans le rôle de Mme de Léry. Rappelons qu’il s’agit pourtant du personnage clé de la pièce : celui d’une femme qui ruine l’orgueil et canalise le désir d’un capricieux. Or Anne Plumet n’est ni séductrice ni battante, mais mal assurée. À sa décharge, on pourrait dire qu’elle ne fait que remplacer Florence Cabaret, qui a créé le rôle…

 

Est-ce la « faute » des comédiens, donc ? Oui, parce qu’ils ne s’amusent pas. Non, parce qu’ils ont été dirigés par un metteur en scène. Ou pas ?

 

Un metteur en scène hésitant ?

Si la pièce est morose, c’est surtout, me semble-t-il, parce que le metteur en scène n’a pas su trouver de parti pris explicite.

 

Des choix, Sylvain Ledda en a certes faits. Celui de laisser ses comédiens composer un jeu simple et monocorde. Celui de transposer la pièce dans un temps indéfinissable, qui n’est ni celui de Musset ni le nôtre. Celui de costumes très voyants. Celui d’un décor haut en couleur et pour le moins fantaisiste. Mais aussi celui d’accessoires classiques (table, chaises, pouf, etc.). À n’en point douter, ces choix doivent avoir une signification savante. Mais laquelle ? Là est le problème : tout cela m’a paru, dans le meilleur des cas, gratuit, dans le pire, néfaste à l’œuvre de Musset.

 

Car, de cette mise en scène floue, sans parti pris assumé, il résulte des flottements. Dans le rythme, dans le jeu. Or le caprice amoureux n’est rien moins qu’un flottement ; c’est au contraire une pulsion de vie violente. La pulsion de séduire, toujours. La pulsion de conquérir, encore une fois.

 

Sans cela, le caprice est ennui. Sans cela, la pièce de Musset, cette pièce légère, mais non moins juste dans son analyse des comportements humains, cette pièce, donc, devient didactique et moralisatrice. Par conséquent, tout le contraire d’un caprice. 

 

Nicolas Arribat

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com 


Un caprice, d’Alfred de Musset

Site de la Cie Partage : www.myspace.com/compagnie.partage

Mise en scène : Sylvain Ledda

Avec : Florence Cabaret ou Anne Plumet, Séverine Cojannot, Gilles-Vincent Kapps ou Sacha Petronijevic, Clément Goyard

Scénographie : Marguerite Danguy des Déserts

Lumières : Patrice Le Cadre, James Groguelin

Costumes : Catherine Lainard

Affiche : Michel Bouvet

Théâtre Essaïon • 6, rue Pierre-au-Lard • 75004 Paris

Métro : Hôtel-de-Ville ou Rambuteau

Réservations : 01 42 78 46 42

www.essaion.com

Du 4 octobre 2010 au 12 janvier 2011, du lundi au mercredi à 20 heures, les dimanches à 18 heures (relâche exceptionnelle les dimanches de décembre)

Durée : 1 h 15

De 10 € à 20 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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