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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 21:09

Les pas hypnotiques de Dubois


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Créé en 2012 à l’occasion du Festival d’Avignon, « Tragédie » d’Olivier Dubois s’apparente à une véritable expérience, à la fois chorégraphique, musicale et humaine. Suite à son précédent passage au Grand R de La Roche-sur-Yon et à l’agitation d’une minorité politique outrée par la nudité des danseurs sur scène, cette pièce accueillie les 26 et 27 février 2014 à la Maison de la danse a rencontré un vif succès.

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« Tragédie » | © François Stemmer

Pour cet ambitieux projet, le directeur du Centre chorégraphique national de Roubaix s’est inspiré de la Naissance de la tragédie du philosophe allemand Nietzsche, et le moins que l’on puisse dire est que le résultat est à la hauteur de l’œuvre : puissant, magnétique et esthétiquement fort. L’idée est ici de faire apparaître le concept d’Humanité à travers la corporéité : l’individuation et la différence physique de chacun participant à la nature même de l’humain. Sur scène, ce ne sont pas moins de dix‑huit danseurs intégralement nus, qui œuvrent à cette finalité durant une heure trente sur un plateau nu lui aussi.

Fidèle au principe de la tragédie grecque, la pièce se compose de trois mouvements – « parade », « épisode », « catharsis » – et repose sur la répétition de douze pas, selon un principe d’alexandrin chorégraphique.

Hypnotique tragédie

Le premier volet est ainsi ponctué de séries d’allers et venues des danseurs, par deux, quatre, seuls, six. D’hypnotiques successions d’entrées et sorties permettent de pointer les ressemblances ou dissemblances, de marquer l’unicité de chacun. La différence participant au principe d’humanité et la répétition permettant de faire croître un peu plus à chaque fois la cohérence du concept.

Le second volet répond à un principe de groupe. Néanmoins, l’individuation dans les gestuelles des danseurs se fait de plus en plus perceptible. Les personnalités s’affirment dans les mouvements, les groupes également. La musique électronique, fondée sur la répétition d’une sonorité tout au long de la première séquence, se trouve ici enrichie d’une seconde sonorité faisant apparaître un procédé de mille-feuille. Le rythme, lui, s’intensifie, la démarche des danseurs est parfois martiale, parfois plus saccadée.

Le troisième volet enfin, préparé par les deux précédents en est l’émanation. Par l’avènement du dionysiaque * et de l’apollinien, c’est une véritable catharsis qui se dessine. L’intensité semble à son comble et ne cesse pourtant de croître encore et encore. Tout au long de la pièce, les éclairages tiennent une place prépondérante, donnant à voir des carnations blafardes, reflets de la triste nature charnelle de l’humain ou au contraire magnifiant la dimension esthétique et sensuelle des corps, composantes d’une véritable et étourdissante marée humaine par moments.

Tragédie est une pépite, une ode formidable à l’humain, au concept du « vivre-ensemble ». C’est également une pièce qui réussit, par une exceptionnelle performance des danseurs associée à un formidable travail sonore et visuel, à dire l’essentiel. Cette création riche d’une puissance incroyable, d’une positivité exceptionnelle, donne une vision réconciliatrice de l’homme, précieuse en temps d’obscurantisme puritain et rétrograde. 

Élise Ternat


* En philosophie, le dionysiaque comporte tout ce qui est instable, insaisissable, sensuel, fougueux et désigne la dissolution de l’individuel dans le tout de la nature par opposition à l’apollinien qui désigne ce qui est stable, ordonné, classique, rationnel et régulier.


Tragédie, d’Olivier Dubois

http://www.ccn-roubaix.com/

Chorégraphie : Olivier Dubois

Assistanat à la création : Cyril Accorsi

Interprètes : Benjamin Bertrand, Arnaud Boursain, Jorge More Calderon, Marie‑Laure Caradec, Sylvain Decloître, Virgine Garcia, Karine Girard, Carole Gomes, Inès Hernandez, Isabelle Kürzi, Marie Leca, Sébastien Ledig, Filipe Lourenço, Thierry Micouin, Aurélie Mouilhade, Rafael Pardillo, Sébastien Perrault, Sandra Savin

Musique : François Caffenne

Lumières : Patrick Riou

Régie générale : François Michaudel

Régie lumière : Emmanuel Gary

Direction de production : Béatrice Horn

Maison de la danse • 8, avenue Jean-Mermoz • 69008 Lyon

Site : www.maisondeladanse.com

Réservations : 04 72 78 18 18

Le 26 février à 19 h 30 et le 27 février à 20 h 30

Durée : 1 h 30

29 € | 26 € | 25 € | 22 € | 17 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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