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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 22:24

À la fin de l’envoi,
Carette touche !


Par Bénédicte Soula

Les Trois Coups.com


On n’aura retenu que cela au terme de la soirée de présentation de la saison prochaine : Didier Carette fait ses adieux au Sorano, théâtre qu’il dirigeait pour ne pas dire incarnait depuis 2003. Des adieux qui donnent à cette ultime programmation, pourtant de qualité, des airs d’épilogue tristounet.

« Je ne sortirai pas avec, par négligence, / Un affront pas très bien lavé, la conscience / Jaune encore de sommeil dans le coin de son œil, / Un honneur chiffonné, des scrupules en deuil. / Mais je marche sans rien sur moi qui ne reluise, / Empanaché d’indépendance et de franchise ; / Ce n’est pas une taille avantageuse, c’est / Mon âme que je cambre ainsi qu’en un corset, / Et tout couvert d’exploits qu’en rubans je m’attache, / Retroussant mon esprit ainsi qu’une moustache, / Je fais, en traversant les groupes et les ronds, / Sonner les vérités comme des éperons. »

Dans cet extrait de Cyrano de Bergerac, tout est dit. Pourquoi Didier Carette quitte le Théâtre Daniel-Sorano qu’il affectionnait tant. Pourquoi il laisse orpheline la si atypique Cie Ex abrupto et inconsolables tant d’aficionados égarés. « Question d’orgueil mal placé ! » diront les uns. « Histoire de fierté ! » répondront ceux qui sauront voir dans la superbe du Gascon la superbe du Méditerranéen. Car, en vérité, Didier Carette est de la même trempe. Il ne jette pas l’éponge : il relève le gant. Dans le face-à-face qui l’oppose à la municipalité actuelle (lequel dépassant largement la question artistique ne saurait concerner les Trois Coups), il a préféré « se casser avant qu’on ne le chasse ». Le cœur fendu mais la tête haute, il rend les clefs de la maison. Rideau.

La der de la der

La saison sent donc un peu le sapin. Isabelle Luccioni rejoue comme un clin d’œil son Tout doit disparaître (C’est magnifique !). Et, comme dans les enterrements, amis et famille sont rassemblés pour un dernier adieu. Il y a le patriarche, Maurice Sarrazin, le père de « la décentralisation théâtrale » qui a cédé les commandes du Sorano à Carette en 2003. Il revient avec la Femme aux mains rouges interprétée par Lise Granvel, tandis que Régis Goudot, le fils éploré, ouvre la saison avec sa première et dernière mise en scène sous la bannière du Sorano, Dom Juan. Un coup dur pour celui qui ne demandait « qu’à continuer à apprendre ». Jean-Luc Krauss, fidèle parmi les fidèles, est aussi sur la photo de famille, avec son Novecento : pianiste d’Alessandro Baricco. Tout comme l’ami Vicente Pradal, dont le récital Herencia en février mêlera des extraits de ses plus beaux spectacles et de nouvelles chansons, hommage aux grands poètes espagnols.

didier-carette frederic-maligne

Didier Carette | © Frédéric Maligne

D’autres metteurs en scène sont déjà passés sur les planches du Sorano, récemment (Irina Brook) ou il y a quelques années (Philippe Flahaut) et reviennent, convoquant l’une Homère, l’autre Antigone, tandis que Bruno Boëglin nous plongera dans la correspondance de Bernard-Marie Koltès. Parmi les comédiens attendus, la tornade Jean-Claude Dreyfus, mise en scène par Michel Didym dans le Mardi à Monoprix, devrait nous redonner le sourire. Hélas, pour une soirée seulement (20 novembre 2010).

De nombreuses créations

Et puis il y a ceux qui offrent à Didier Carette leur dernière création pour que le « show must go on » avec éclat. Sylvain Levey, qui offre avec son texte une tribune à Anne Lefèvre Pour rire, pour passer le temps (février 2011). Sophie Pérez et Xavier Boussiron qui, après l’ébouriffant Gombrowiczshow de l’an passé, proposent un spectacle introspectif sur le fondement de l’acteur (Deux masques et la plume, avril 2011). Franck Garric qui met en scène Céline Pique (de la Cie Ex abrupto, par ailleurs) dans le Testament de Vanda, signé Jean-Pierre Siméon. Ou encore Coraline Lamaison de retour avec Narcisses 0 et I dans le cadre du festival C’est de la danse contemporaine. Plus réjouissant encore pour le maître des lieux, Faire danser les alligators sur la flûte de Pan est composé d’après la correspondance de Louis-Ferdinand Céline, « que je considère comme le plus grand écrivain français », a-t-il déclaré. La mise en scène est signée Ivan Morane ; l’interprétation revient à Denis Lavant. Didier se fait plaisir.

Le dernier mot à Cyrano

Mais c’est avant tout avec son Cyrano de Bergerac que Didier Carette et sa complice Marie-Christine Colomb se paient une formidable sortie en pied de nez ! Le metteur en scène annonce dans le communiqué de presse du spectacle : « Dans cette mort, [Cyrano/Carette] ne sera pas seul… Tous les autres l’accompagneront, Christian, Roxane et de Guiche, Le Bret et Ragueneau. Quarante personnages, des dizaines de costumes, des décors multiples… Une folie ? Notre dernière folie ! ». Cela promet un grand moment d’émotion à l’égal, on l’espère, du Frigo de 2008, du Rimbaud l’enragé ou du Bourgeois gentilhomme de 2006. Dommage, vraiment dommage, que l’on ne puisse changer le dernier acte. À savoir la disparition du personnage principal… 

Bénédicte Soula


Ciao bella, saison 2010-2011

Théâtre Sorano • 35, allées Jules-Guesde • 31000 Toulouse

Réservations : 05 34 31 67 16

www.theatresorano.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

mercedes tormo 26/06/2010 16:15



après l'amour, le désamour....c'est notre lot commun ....mais ça désespère fort! !Relire LE ROI LEAR.... sans doute !! Adieu, Didier :J'aimais l'artiste que tu étais, et j'ai eu une vraie belle
tendresse pour ta difficile personne...



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