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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 19:39

Besoin de résilience


Par Sarah Elghazi

Les Trois Coups.com


Prenant le livre de Dennis Cooper comme élément d’un jeu de piste qui nous conviera – ou pas – jusqu’à la narration, Gisèle Vienne invente avec « The Pyre » une performance hypnotique dans un cabaret convexe, mi-jeu vidéo des années 1980, mi-rêve éveillé sous acide… Ce spectacle est une expérience divisée en trois parties, comme un écheveau qui se dévide à l’envers, dont le résultat et la source sont le livre que chaque spectateur a entre les mains, qu’il peut choisir ou non de lire à l’issue de la représentation.

the-pyre-615 maarten-van-den-abeele C’est d’abord la scénographie qui nous happe, comme une bulle, un astronef absolument pas sécurisant, un tableau à multiples dimensions qui place la danseuse et le public dans un dispositif convexe, tapissé d’immenses écrans vidéo, qui casse les repères scène / salle. Au fond, on pense distinguer une issue, une échappée, mais c’est en fait un miroir qui reflète inlassablement l’image déformée du corps de la danseuse à terre, araignée muette aux multiples synapses.

Lorsqu’elle se relève, c’est pour mimer son enchaînement à un socle invisible. Sans visage, elle prend des poses de femme-objet glaçante, de reine de beauté maladive. Son corps androgyne, à la fois massif et fragile, porte toute l’ambiguïté de sa situation ; elle est prisonnière et objet de tous les regards, à la fois pôle d’attraction et de rejet. Les jeux de lumière la mettent en valeur et la renvoient alternativement dans l’ombre.

La musique nous happe et nous enferme aussi bien que cette danseuse. À travers elle, c’est un cataclysme de l’être et du monde que l’on traverse. Les vibrations sonores apocalyptiques nous font trembler comme ils agitent de soubresauts très contrôlés le corps anonyme qui semble les produire…

Les deux parties visibles du spectacle (la troisième étant le livre, que l’équipe nous invite à lire en sortant de salle – pour ma part, un peu secouée, je préfère attendre) fonctionnent par imitation : à la seconde, un jeune garçon entre en scène, réceptacle d’au moins autant de fantasmes que sa compagne de scène, avec laquelle il entretient un rapport trouble d’imitation et de dégoût. Est-il son double inversé, son passé, l’embryon de l’héroïne ou sa projection dans le futur ?

La performance laisse ces questions volontairement ouvertes, tandis que le texte de Dennis Cooper, découvert a posteriori, évoque une histoire violente de famille brisée par la violence du père, d’un adolescent perdu et dévasté qui cherche à recréer l’image de la mère en se perdant sur des chats sans fin sur Internet. Il offre finalement peu de clés sur l’antinarration hachée du spectacle, mais reflète la même agitation, le même besoin de résilience par une sensation totale. 

Sarah Elghazi


Voir aussi « Kindertotenlieder », de Gisèle Vienne et Dennis Cooper (critique), Théâtre de la Bastille à Paris

Voir aussi « This Is How You Will Disappear », de Gisèle Vienne (critique d’Élise Ternat), Festival d’Avignon 2010, gymnase Aubanel à Avignon


The Pyre, de Cie Gisèle-Vienne

Conception, direction, chorégraphie et scénographie : Gisèle Vienne

Texte : Dennis Cooper

Créé en collaboration et interprété par : Anja Röttgerkamp et en alternance avec Lounès Pezet, Léon Rubbens ou Kamiel Van Looy

Avec la voix de Dennis Cooper

Musique originale : K.T.L. – Stephen O’Malley et Peter Rehberg

Création lumière : Patrick Riou

Création vidéo : Gisèle Vienne et Patrick Riou, en collaboration avec Robin Kobrynski

Costumes : José Enrique Ona Selfa

Maquillage : Mélanie Gerbeaux

Photo : © Maarten Van den Abeele

Production : Production déléguée D.A.C.M.

Coproduction : Opéra de Lille / Le Parvis, scène nationale Tarbes-Pyrénées / Centre Pompidou, Les Spectacles vivants à Paris / I.R.C.A.M. à Paris / La Comédie de Caen, C.D.N. de Normandie

Coproduction Bonlieu, scène nationale Annecy et La Bâtie-Festival de Genève dans le cadre du projet P.A.C.T. bénéficiaire du F.E.D.E.R. avec le programme I.N.T.E.R.R.E.G. IV A France-Suisse / Festival automne en Normandie / Scène nationale d’Évreux / centre de développement chorégraphique Toulouse - Midi-Pyrénées (accueil en résidence) / C.D.N. Orléans-Loiret-Centre / Le Maillon à Strasbourg / Théâtre de Freiburg / La Kaserne à Bâle / C.C.N. d’Orléans / Malta Festival Poznan 2013 / Holland Festival à Amsterdam / International Summer Festival à Hambourg / Künstlerhaus Mousonturm à Francfort / Next Festival, Eurometropolis Lille-Kortrijk-Tournai et Valenciennes / B.I.T. Teatergarasjen à Bergen / Ideologic Organ / Designgroup Professional GmbH…

Soutien à la création : Festival Actoral

Avec la participation du Di.Cré.A.M. (Dispositif pour la création artistique multimédia)

La Rose des vents • boulevard Van-Gogh • 59650 Villeneuve-d’Ascq

Renseignements et réservations : 03 20 61 96 96 et sur www.larose.fr

Spectacle présenté dans le cadre du festival Next

www.nextfestival.eu

Les 20 novembre et 21 novembre 2013 à 20 heures

Durée : 1 h 10

20 € | 18 € | 7 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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