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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
La fin des arts et Co
En résidence à Pôle Sud pour la saison 2010, Joanne Leighton propose pour l’avant-dernière soirée du festival Nouvelles à Strasbourg une chorégraphie inspirée d’une conférence de John Cage sur… rien. Et à juste titre nous interrogeons-nous : si ce n’est pas rien, est-ce au moins quelque chose ? À coup sûr, la fin d’un art qui n’a plus rien à prouver.
Le Fluxus, ça sonne une cloche chez vous ? Histoire de situer, John Cage a fricoté avec ce mouvement, passant progressivement de la composition musicale à la performance, explorant dans le « happening » les moyens de détrôner l’art de son piédestal. Et dans l’art, c’est bien connu, tout est bon pour qui cherche à dénoncer les conventions et autres freins à la création. Mais à force de trifouiller du côté du Parnasse, on finit par tomber sur un os. Une fois tout mis à bas, que reste-t-il à se mettre sous la dent ? Et la subversion cessa faute de choses à subvertir. Et nous pouvons nous demander à bon droit si une telle démarche a encore du sens de nos jours.
Loin de moi l’intention d’épuiser définitivement un sujet à l’ampleur duquel le raccourci de mes pauvres réflexions ne rend assurément pas justice. Mais là n’est pas le problème. Car en toute modestie, quand il s’agit d’assister plus d’une heure durant à de la danse qui n’a, pour tout fond sonore, que le maigre filet d’un texte absurde si ce n’est pas sidéral de vacuité, difficile de ne pas perdre patience. C’est pas subjectif, c’est juste physiologique. Pourquoi parler de texte quand il est plus question d’un ahanement, dont la fougue doit forcer l’admiration des bradypes, ces mammifères à la lenteur congénitale, et toucher au vif les comédiens et autres artistes pour qui lire un texte ne se réduit pas à aligner des sons ?
« the End » | © P. Van den Broeck
Encore une fois, ce n’est pas très fairplay quand, à l’origine, il ne revenait pas à la chorégraphe d’origine australienne de lire le texte mais à Odile Duboc, qui nous a quittés au mois de mars de cette année. C’est fort dommage que la lecture revienne à une anglophone, et pour la conférence sur le silence de Cage et pour la chorégraphie de Leighton. Parce que l’effort que l’on déploie à saisir le sens ou plutôt le non-sens d’un tel texte, eh bien, on ne l’emploie pas à regarder les gens danser sur scène. Du coup, la chorégraphie devient une sorte de distraction à la prétendue musicalité de la conférence du compositeur-performeur. N’aurait-il pas été plus fructueux de lire le texte en langue originale ? À défaut de sens – si tant est qu’un tel texte en ait –, au moins aurait-on pu jouir de sa musicalité.
Malheureusement, l’originalité ou plutôt la fantaisie d’un tel projet perce difficilement sous la mise en pratique malaisée du concept qui a présidé à la création d’un tel spectacle. Parce qu’en matière de danse, ça vit et ça remue. Seulement, ça n’a pas le rythme qu’était censé lui procurer la « musique » du texte. Du coup, on a beau se cacher derrière l’ésotérisme de la démarche artistique, de la performance, de tout ce que vous voulez, de l’autre côté de la scène, ça ne suit pas. À quelques exceptions près, comme quand une des danseuses, habillée comme un oignon, se dévêt petit à petit pour laisser voir des tenues plus burlesques les unes que les autres.
Il est là le problème. Si la danse est un exutoire au texte, il est toutefois impossible de la considérer pour elle-même en faisant abstraction de tout le reste. Ainsi, la danse s’offre en pure gratuité, geste noble s’il en est, mais illusoire quand on songe qu'elle aurait aussi bien pu se produire sans fond sonore. Alors la pirouette intellectuelle qui veut que le silence ne se conçoive qu’en rapport au bruit n’emporte l’adhésion que sur le papier.
Bref, le décrochage entre vision et audition est flagrant, et le second degré du propos tombe à plat au point que les mots de rien et de nulle part se chargent d’un sens qui ne joue assurément pas en faveur de la prestation artistique. C’est plus que dommage pour un spectacle qui réunit par ailleurs autant de qualités. Encore faudrait-il qu’elles trouvent à s’accorder avantageusement. ¶
Christophe Lucchese
Les Trois Coups
The End, de Joanne Leighton
Cie Velvet
Chorégraphie : Joanne Leighton
Crée en collaboration et interprété par : Nora Alberdi, Claire Laureau, Joanne Leighton, Bruno Péré, Taka Shamoto et Katrien Vandergooten
Musique : Conférence sur rien, de John Cage, lue et interprétée par Joanne Leighton
Lumières : Maryse Gautier
Conception sonore : Peter Crosbie
Décor : Tomoyo Funabashi, Maxime Kurvers, Anne Lezervant, Camille Vallat
Direction technique : Manu Van de Velde
Pôle Sud • 1, rue de Bourgogne • 67100 Strasbourg
Réservations : 03 88 40 04 27
Vendredi 28 mai 2010 à 20 h 30
Durée : 1 heure
15 € | 12 € (hors abonnement)
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Je pense que vous devriez, avant de sortir de telles absurdités sur un spectacle aussi réussi, vous poser des questions sur vous-même et sur votre vision de la danse beaucoup trop classique qui, apparemment, ne se résout pour vous qu'à une suite de gestes sur un fond musical adapté.
Ainsi je vous dirais que s'il est dur pour vous de vous concentrer à la fois sur un texte aussi beau et sur une chorégraphie agréable en même temps, vous devriez faire critique d'art musical et non de spectacle de danse, car justement, si le texte avait été dit en langue originale, notre attention pour en capter le sens aurait été beaucoup trop sollicitée et nous n'aurions pu apprécier la danse proposée.
Je pense donc, en toute modestie, que si vous n'appréciez pas John Cage et que vous n'arrivez pas à voir un travail tel qu'il est et non avec vos goûts personnels et conventionnés, vous devriez faire des critiques de danse classique, cela vous épargnerait du temps et des paroles gaspillé...
Mais ce n'est que mon opinion de danseuse et de spectatrice ouverte d'esprit et qui peut s'intéresser à d'autres choses qu'aux textes concrets et lourds et aux ambitions elles aussi ouvertes que certains chorégraphes partagent avec nous malgré les réactions telles que la votre qui n'encouragent en rien l'art et son évolution, car étonnez-vous, mais cet art à encore tout à prouver, et à évoluer.
L'art n'a pas de règles, mais c'est en se fixant des contraintes qu'il évolue.
Amicalement.
Si vous voulez, je peux vous fournir la traduction du texte de Cage, vous tâcherez alors sans doute d'avoir la curiosité d'aller penser un peu plus loin que le bout d'un nez semble-t-il gonflé d'une suffisance plutôt réac'...
D'autre part, j'aimerais ici souligner que, m'est avis, une critique, ce n'est pas seulement donner son avis sur un "produit" culturel "consommé" mais c'est aussi confronter ce jugement aux intentions/ambitions du ou des créateur-s de ce même "produit"...