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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 18:59

Décevantes vacances


Par Savannah Macé

Les Trois Coups.com


Les droits de l’unique comédie musicale de Duke Ellington sont confiés à David Serero qui, avec l’aide de James Marvel, monte « The Beggar’s Holiday ou le Rêve d’un mendiant » à l’espace Pierre‑Cardin. La performance des quatre talentueux musiciens de jazz n’aura pourtant pas suffi à sauver les meubles. La salle, pourtant complète, s’est endormie ; le public est déçu ; le pari perdu. Pitié, chantez plus fort !

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« The Beggar’s Holiday » | © D.R.

Confronté à la solitude et au manque d’amour, un mendiant décide de rejoindre son rêve pour s’évader de la réalité. Propulsé dans un univers constitué de mafia et de femmes influençables et naïves, il devient Happy Mac. Star de ce nouveau monde et séduisant Casanova, son charme lui brûle les ailes et ses projets s’en voient contrariés. Qui, de Jenny, Polly ou Lucy, choisira‑t‑il enfin ? Ses mensonges avec les femmes lui joueront‑ils de mauvais tours ? Rejoindra‑t‑il la réalité de sa vie de sans‑abri ? Une histoire, en somme, bien ordinaire : celle d’un Don Juan, incapable de fidélité et de loyauté. Heureusement que la trame est soutenue et dynamisée par la musique, qui relève et alimente l’action.

Les chansons en anglais constituent la majeure partie de cette comédie musicale. Elles illustrent le récit et expriment les émotions et pensées des personnages. Chansons d’amour et d’euphorie, chants de tristesse et de désespoir, paroles mensongères et charmeuses. Ce livret, composé par Dale Wasserman, permet aux personnages de faire entendre leur voix et de donner le ton de l’action. Mais de quelles voix parlons‑nous lorsque le public réalise, surpris, que les comédiens, dépourvus de micros, sont inaudibles sous l’intensité des instruments ? À cela s’ajoutent quelques dialogues, assez brefs, permettant d’informer sur l’essentiel de l’évolution de chacun. Le ton est léger, le propos évident, mais la teneur et les moyens assez faibles.

Où est la magie ?

Assister à une comédie musicale, c’est avoir des attentes précises. Le public espère être émerveillé, entraîné dans une dynamique envoûtante et vient pour en prendre plein les yeux. Il désire une scène étincelante, avec des costumes stylisés et inventifs, un décor et des personnages qui sortent des habitudes. Or ordinaire semble être le maître‑mot de The Beggar’s Holiday. Le décor est pauvre, sans caractère ni recherche : le canapé rouge, le bar noir et les quelques chaises donnent au plateau une allure banale, à mi‑chemin entre la salle d’attente et le café‑théâtre. Quant aux costumes de Polly, Jenny et Lucy, ils ne font transparaître qu’un semblant de style vestimentaire, sans réelle personnalité. La jeune bourgeoise bien éduquée, la brûlante et vulgaire Jenny et Lucy, la femme plus mature, sont bien présentes mais manquent de consistance, de profondeur. Leurs tenues ne sont pas assez excentriques. Elles semblent toutes provenir d’un univers quelconque, bien ennuyeux et peu attrayant.

Quant à la mise en scène de James Marvel, il y a, certes, une construction de tableaux intéressants qui marquent l’évolution du récit et les différents lieux, mais ce n’est pas suffisant. Ainsi, aucune surprise, rien de grandiose et, finalement, peu d’intérêt visuel. Le plus décevant reste la danse, un des éléments pourtant centraux de la comédie musicale. De médiocres chorégraphies sont effectuées par les comédiens, qui, même s’ils sont synchros, n’affichent ni talent ni grâce particulière. Les pas manquent de recherche, les mouvements sont simples et familiers, le côté show entraînant quasi inexistant. Heureusement que, dans un petit coin, les trois musiciens imposent leur style jazzy et maintiennent la scène à un certain niveau.

Lætitia Ayres apparaît comme la meilleure comédienne

David Serero interprétant Happy Mac, accompagné de Gilles San Juan pour Mr Peachum et, surtout, de Lætitia Ayres pour Polly, semblent se détacher du lot. David Serero s’est créé un personnage de charmeur, efficace et trop sûr de lui, mais parfois trop parodique ou pas assez, souvent dans le cliché du parfait « Ken » brun, au sourire « bright ». Dommage de rester dans la demi‑mesure. Gilles San Juan, lui, endosse à merveille le costume du patron de la mafia. Dans un style caricatural et nerveux à la José Garcia, il fait preuve d’un humour communicatif. Son allure est travaillée et son langage adapté à son personnage, ce qui donne de véritables couleurs à ce Mr Peachum. Quant à Lætitia Ayres, elle apparaît comme la meilleure comédienne de ce plateau. Dans la même démarche que son père, Mr Peachum, elle a su créer un personnage atypique et minutieux qui séduit et amuse. Petite bourgeoise fleur bleue et coincée, jeune femme maladroite et rêveuse, elle est la seule à « tenir » son rôle jusqu’à la dernière seconde.

Enfin, n’oublions pas de saluer la présence des trois musiciens qui sauvent, en partie, l’ambiance de la scène en lui donnant une touche de vitalité. John Altman excelle dans la maîtrise de son saxophone, qui nous transporte et nous enivre. Marc Benhamou l’accompagne au piano et souligne la mélodie de cette partition endiablée. Enfin, Bruno Vouillon à la basse et Christophe Galizzio à la batterie impriment le rythme et le tempo.

Après Place de l’Opéra, de Guy Shelley en 2009, nous avions hâte de revenir à l’espace Pierre‑Cardin pour voir une comédie musicale. La niaque et la générosité de The Beggar’s Holiday sont, certes, bien perceptibles, mais le résultat reste peu concluant. Même avec peu de moyens, faire rêver et éblouir le spectateur est toujours possible. Le tout est de se concentrer sur des intentions précises, afin de ne pas s’éparpiller et risquer de se perdre. À trop vouloir montrer, on montre mal ou pas assez. La deuxième partie est cependant plus convaincante, l’énergie plus présente. Espérons que cette première servira de rodage pour viser par la suite une dynamique plus entraînante et plus élaborée. 

Savannah Macé


The Beggar’s Holiday ou le Rêve d’un mendiant, de Duke Ellington

Production de David Serero

Site : http://www.beggarsholiday.com/contact

Courriel : dserero@msn.com

Mise en scène : James Marvel

Adpatation : David Serero

Avec : David Serero, Candice Parise, Lætitia Ayres, Kathryn Frady, Gilles San Juan, Charlie Glad, John Altman, Marc Benhamou, Bruno Vouillon, Christophe Galizzio

Espace Pierre-Cardin • 1-3, avenue Gabriel • 75008 Paris

Site du théâtre : http://www.pierrecardin.com/evenement.html

Réservations : 0892 683 622

Du 19 au 25 novembre 2012, lundi 19 et mardi 27 à 20 h 30, samedi 24 à 17 heures et 20 h 30, dimanche 25 à 14 h 30 et 18 h 30

Durée : 1 h 30

30 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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