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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 16:34

Tourner à vide


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Deux années de recherche et de maturation auront été nécessaires à Matthieu Grenier et Aurélien Serres, à l’origine de l’Atelier Vipère, pour donner lieu à la création « Thank You Faust ». Jouée du 9 octobre au 12 octobre, cette pièce ouvre la saison du Nouveau Théâtre du Huitième.

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« Thank You Faust » | © Atelier Vipère

C’est un dispositif scénographique pour le moins séduisant que l’on découvre en pénétrant sur le plateau du N.T.H.8. Ici, nulle distance entre la scène et la salle : d’emblée convié à une fin de banquet, le public prend place à table et devient par là même partie intégrante du décor. Au menu : cadavres de bouteilles, fonds de verres de vin et trognons de pommes. Çà et là, des globes terrestres et autres éléments tels des crânes, relatifs au domaine des vanités, sont disposés sur les tables recouvertes de sable. Des lustres pendus font office d’éclairage et des tapis délimitent le centre de la scène. La pièce n’a pas commencé, mais l’impressionnant décor signé Claire Davy opère déjà.

Thank You Faust consiste en un échange à deux voix durant lequel Méphistophélès, machiavélique valet, et Faust s’entretiennent lors d’un banquet final. Le docteur arrive au terme d’un pacte de vingt-quatre années signé avec le démon auquel il doit désormais rendre son âme. Pour donner corps au texte original de la pièce, les deux auteurs et comédiens se sont imprégnés des œuvres innombrables traitant du sujet afin de les intégrer à une forme dialectique, entre maître et serviteur. Le fil rouge est ici la question du sens de la vie, dans une mise en tension permanente entre le savoir, la luxure, les plaisirs de l’âme et ceux de la chair. À cette proposition pour le moins alléchante suit pourtant un résultat qui n’est pas vraiment à la hauteur des ambitions du projet. En effet, la pièce s’apparente finalement à une succession de considérations sur la vanité de l’existence sans progression réelle.

Au jeu des deux comédiens, il n’est rien, de prime abord, que l’on puisse vraiment reprocher, mais c’est davantage dans le traitement, le rythme et le ton adoptés que la crédibilité fait défaut. Là où le choix d’insérer des calembours et autres jeux de mots pourrait constituer un parti pris osé mais original, il en résulte une forme plutôt lourde. Au point qu’on a parfois l’impression d’assister à une succession de blagues de potaches, de démonstrations inutiles qui n’apportent pas grand-chose au fond du propos. En effet, loin d’être sulfureux, celui-ci paraît, à mesure que la pièce avance, tourner à vide, sans restituer véritablement la noirceur du mythe et le climat des œuvres d’auteurs tels que Goethe, Huysmans, ou encore Cioran… auxquels se réfère la pièce. Un ingrédient semble manquer pour que l’ambiance se crée. Les divers temps d’échange entre les deux protagonistes, malgré les multiples accroches au public, déçoivent quelque peu.

Ainsi, les deux heures de spectacle semblent parfois durer une éternité pendant laquelle on se surprend à attendre que Méphistophélès sonne enfin le glas, que Faust meure et que la pièce se termine. 

Élise Ternat


Thank You Faust, de l’Atelier Vipère

Conception et jeu : Matthieu Grenier, Aurélien Serres

Scénographie : Claire Davy

Lumières : Arianna Thöni

Nouveau Théâtre du Huitième • 22, rue du Commandant-Pégout • 69008 Lyon

Site du théâtre : www.nth8.com

Courriel : contact@nth8.com

Réservations : 01 78 78 33 30

Du 9 octobre au 11 octobre 2013 à 20 heures et samedi 12 octobre à 17 heures

Durée : 1 h 30

Au choix 5 € | 10 € | 20 € | 50 € | 100 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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Thomas Savigny 17/10/2013 00:29

Voilà plusieurs fois que je lis des critiques d'Élise Ternat de spectacles que j'ai moi-même vus et avec lesquelles je suis en parfait désaccord. Mais là, ça dépasse tout ! C'est pourquoi je me
permets de publier ce commentaire, chose qui m'est assez inhabituelle.
"Thank you, Faust" est un spectacle d'une immense liberté, en cela salutaire, irrespectueux comme rarement, paillard, joyeux comme l'apocalypse, dépressif comme une fête foraine, potache,
farcesque, libertaire. Le monde entier, pas seulement le globe, mais sa croûte terrestre aussi, et tout ce qu'il y a dedans, la chair ET l'âme, s'affichent sans fard.
Merci à l'équipe de ce spectacle. Je reviendrai.
Et si la rédactrice de cette critique plutôt bien écrite mais révélatrice tout de même d'une ouverture d'esprit assez réduite et d'un goût moyen pouvait désormais se contenter de faire les
critiques des spectacles de Claudia Stavisky, le théâtre ne s'en porterait que mieux.
Merci.
Cordialement, T.S.

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