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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 15:17

Les Monty Python au musée !


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


« Temps de pose » nous interroge et fait sourire. Le spectacle d’abord un peu verbeux et potache s’impose sur la fin grâce à une mise en scène ingénieuse et à une équipe pleine de ressources.

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« Temps de pose » | © Alex Grisward

Comment distingue-t-on l’imposture du chef-d’œuvre ? Peut-on tout montrer et, dans ce cas, tout se vaut-il ? Épineuses questions qui se posent tout autant dans le domaine des arts plastiques qu’au théâtre. Et justement, ce sont celles qui nous sont adressées dans Temps de pose, spectacle qui joue malicieusement sur les analogies entre les deux arts, les mises en abyme et le second degré.

Nous voici embarqués dans une délirante enquête (voir la référence pince-sans-rire à Derrick, la série télévisée allemande) ou quête (on pense cette fois-ci au Sacré Graal des Monty Python). Le personnage principal, Préhistoderrick, doit en effet errer dans une forêt de symboles pour permettre la réalisation d’un audioguide qui permettra de tout comprendre ! Notre héros (relais du spectateur) assiste donc à quatre tableaux au sens dramatique, liés à des œuvres plastiques. Après un prologue délicieux sur la Laitière de Vermeer où l’on joue sur l’ambiguïté entre l’œuvre et le produit aussi bien que sur celle qui existe entre le comédien et son personnage, nous entrons donc successivement dans une toile du Caravage, deux clichés de Nadar, un autoportrait de Courbet et un monochrome d’Yves Klein.

Tintin et Yves Klein

Or ces références bien sérieuses coexistent avec une « mythologie moderne » beaucoup moins accréditée : on a parlé de Derrick, ajoutons par exemple Tintin ou Batman. On a encore droit à des esquisses de romances à l’eau de rose. Et une musique à la James Bond ponctue le récit. D’ailleurs, le défilement d’un texte s’apparente à celui d’un générique et file le rapport avec le cinéma (pas art et essai). Par ailleurs, les jeux de mots faciles abondent, comme les caricatures dans les deux premières parties. Cet emploi des références les plus populaires permet ici un autre questionnement, concret, sur l’évaluation esthétique.

On passe au second degré ou on quitte la salle. À coup sûr, le tourbillon cabotin et spirituel du début du spectacle peut nuire à sa réception. De fait, on y sent les postures plutôt que l’urgence de l’interrogation. Certes, on est frappé par la très grande culture déployée, mais le dandysme des artistes empêche de prendre le propos au sérieux. Au contraire, le spectacle prend une autre dimension dans ses deux derniers tableaux. Pas étonnant que les acteurs, toujours très engagés, deviennent alors beaucoup plus justes. Aurélie Miermont et Barthélemy Meridjen en particulier se montrent très convaincants. La mise en scène de Benjamin Abitan, quant à elle, dégage des pistes très intéressantes en travaillant en particulier sur le rapport entre les spectateurs et le spectacle. On vous en laisse les belles surprises.

Il y a donc beaucoup de potentiel dans cette jeune compagnie, beaucoup d’ingéniosité dans Temps de pose. Une petite cure d’amaigrissement du texte (sur le début), et l’on ne se poserait plus la question : canular ou œuvre d’art ? 

Laura Plas


Temps de pose, de Benjamin Abitan

Théâtre de la Démesure • 17, rue de Douai • 75009 Paris

06 17 29 42 53

Courriel : theatredelademesure@gmail.com

Mise en scène : Benjamin Abitan

Avec : Mélissa Barbaud, Raffaëlle Bloch, Hadrien Bouvier, Antoine Dussollier, Barthélemy Meridjen, Aurélie Miermont

Scénographie : Raffaëlle Bloch et Antoine Dussollier

Costumes : Mélissa Barbaud, Raffaëlle Bloch

Création sonore : Raffaëlle Bloch

Son : Thomas Carpentier

Lumières : Ondine Trager

Chef de chœur : Marc Sollogoub

Dramaturgie : Thomas Horeau

L’Échangeur • 59, avenue du Général-de-Gaulle • 93170 Bagnolet

Métro : ligne 3, arrêt Gallieni

Réservations : 01 43 62 71 20

Site du théâtre : www.lechangeur.org

Courriel de réservation : info@lechangeur.org

Du 26 au 30 avril 2014, du samedi au mercredi à 20 heures, le dimanche à 17 heures

Durée : 2 heures

13 € | 10 €

Tournée :

– En mai au festival Inact à Strasbourg

– Les 13 et 15 juin 2014 : château de la Roche-Guyon

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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