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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 21:50

Un « Théâtre du mépris »
à bout de souffle


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Après « le Mépris » d’Alberto Moravia écrit en 1954, le film de Jean‑Luc Godard en 1963, c’est au texte « T.D.M.3 », de Didier‑Georges Gabily, que Gilles Chavassieux s’attelle ici, pour en restituer une forme pour le moins décevante.

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« T.D.M.3 Théâtre du mépris » | © David Anémian

À la thématique tout à fait séduisante du mépris, Gilles Chavassieux a associé une distribution des plus alléchantes, parmi lesquels Jean‑Marc Avocat ou encore Christian Taponard, pour ne citer qu’eux. Dans ce texte de Didier‑Georges Gabily, commande à partir du roman de Moravia et du film de Godard, il est question d’un écrivain dénommé E, d’un producteur appelé P (comme Paul) et d’un réalisateur appelé R, comme Roger. Il y a également H, une héroïne un peu facile et U (Ulysse), un individu en errance. Tous sont amenés à s’agiter dans un spectacle aux airs de comédie. Un programme réjouissant au premier abord jusqu’à ce que…

… la pièce commence. Les éclairages s’allument sur un décor censé s’apparenter à un studio de tournage de film X. Un assemblage de couleurs primaires compose celui-ci à l’image de l’œuvre de Godard. Cet hommage scénographique maladroit est à peu près le seul point de repère commun avec le film. Les parois blanches en fond de scène ont le mérite d’amener l’arrivée progressive des personnages. Hélas, leur association avec les éclairages et les multiples couleurs donne l’impression d’une boîte colorée dans laquelle les personnages vont et viennent, rappelant l’esthétique des sitcoms télévisuelles des années 1990.

La langue de Gabily est ici totalement dépossédée
de sa force

Aux procédés de distanciation et de mise en abyme de la Nouvelle Vague supplée aux Ateliers une voix off qui présente les personnages en début de pièce et un jeu d’acteur en décalage. La langue de Gabily, vibrante et militante, est ici totalement dépossédée de sa force puisqu’elle s’obscurcit au point d’en être parfois inintelligible. C’est un jeu disparate composé de monologues sans relief qui se déroule sous les yeux du spectateur. Ainsi, les comédiens, plutôt connus pour la qualité de leur art, semblent totalement livrés à eux-mêmes. C’est, par exemple, le cas de Valérie Miranese, pas vraiment crédible dans le rôle de la fille facile droguée. Quant aux monologues hésitants d’Alain‑Serge Porta, ils sont pour le moins assommants. On en vient à s’interroger sur l’existence d’une direction des acteurs tant le rendu est dissonant. De maladroites traversées comiques sillonnent la pièce au point de flirter avec le ridicule. On pense notamment à l’arrivée de Gilles Chavassieux portant une paire de gants Mapa, pour le moins déconcertante.

Loin de retrouver les positions militantes de Gabily contre l’anesthésie d’une société en plein délitement, on se heurte ici à un discours dont la mesure critique est hors de portée, car globalement incompréhensible. Pas de dénonciation efficace non plus avec l’arrivée finale de jeunes comédiennes starlettes, séquence artificielle qui sonne comme ce qui permet de réveiller le spectateur à quelques minutes de la fin, mais aussi comme le coup fatal d’une pièce qui peut avoir comme seul salut de se terminer enfin. Le génie d’avant-garde des œuvres qui ont précédé cette mise en scène est le grand absent. Au lieu de cela, T.D.M.3 s’apparente à une caricature ratée et déjà surannée. 

Élise Ternat


T.D.M.3-Théâtre du mépris 3, de Didier‑Georges Gabily

Actes Sud, coll. « Papiers », novembre  1996, 15 ×20,5 cm, 80 pages, I.S.B.N. 978-2-7427-0434-7, prix indicatif : 11,43 €

Mise en scène : Gilles Chavassieux

Avec : Jean-Marc Avocat, Gilles Chabrier, Valérie Marinese, Alain-Serge Porta, Christian Taponard, Gilles Chavassieux, Lucie Donnet et Claire-Marie Daveau, Emma Pluyaut-Biwer, Caroline Rousset et Louise Saillard, comédiennes stagiaires, élèves du conservatoire de Lyon

Lumière : Jonathan Brunet

Son : Alain Lamarche

Costumes : Pauline Juille

Production théâtre Les Ateliers

Avec la participation artistique de l’E.N.S.A.T.T.

Remerciements au conservatoire de Lyon

Photos : David Anémian

Les Ateliers • 5, rue du Petit-David • 69002 Lyon

Réservations : 04 78 37 46 30

Du 7 au 19 février 2011 à 20 heures

Durée : 1 h 40

20 € | 18 € | 14 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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