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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 20:04

Planète Platel


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Pour sa seconde édition du festival La Maison sens dessus dessous, c’est un vent frais et printanier qui souffle sur la Maison de la danse du 25 au 29 mars avec six chorégraphes qui ont en partage talent et originalité. Parmi cette programmation fleurie, difficile de passer à côté de « Tauberbach », dernière et très attendue création du chorégraphe belge Alain Platel.

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« Tauberbach » | © Chris Van der Burght

C’est sur une immense et magnifique marée de vêtements entassés que s’ouvre la pièce. Deux structures de métal disposées à l’horizontale, comme tombées du grill, viennent découper cet espace multicolore et chaotique. Au milieu de celui-ci se situe la comédienne Elsie De Brauw, incarnant une jeune femme inspirée du film Estamira de Marcos Prado. Ce documentaire retrace le portrait d’une schizophrène vivant dans une décharge de Rio de Janeiro.

En relation avec une voix off, sorte de démon intérieur, cette dernière ne cesse de s’exprimer dans un étrange langage qu’elle a elle-même mis au point. Ce choix apparaît rapidement comme la marque forte de son isolement et de sa profonde volonté de survivre alors qu’il lui reste si peu. Au milieu des tas de tissus, véritables montagnes de couleurs apparaissent alors quelques corps dispersés çà et là. Comme fondus dans ce paysage apocalyptique, ils émergent avec lenteur avant de disparaître de nouveau, tels des caméléons totalement ensevelis sous les décombres.

Une cité pour âmes perdues

Cette cité des âmes perdues évoque durant toute la durée du spectacle un monde hors du réel. Dans cet univers, les codes ne sont pas les mêmes : entre enfance et animalité, ils se situent dans un entre-deux touchant parce que sincère, étonnant parce que viscéral. La folie s’affiche sous diverses formes. Les danseurs tiennent un rôle à mi-chemin entre le théâtre, la chorégraphie et la non-danse. Ce chant d’expression multiple témoigne de la dextérité des interprètes à être sur tous les fronts. Leur semi-nudité, leurs expressions et attitudes résonnent tels des codes profondément hors normes. Dans le rapport qui naît peu à peu entre eux et Estamira, c’est la rencontre du théâtre et de la danse qui prend corps. Par sa dimension transgressive, la pièce opère telle une libération dessinant les contours d’une ode à l’humanité.

Autre point fort de la pièce : la musique de Jean‑Sébastien Bach, auteur fétiche du chorégraphe, chantée par un chœur de sourds et qui revient comme un leitmotiv. L’étrange dissonance produite par les voix crée une ambiance particulière, comme une gêne légère et pourtant bien là. De même, les danseurs à divers moments de la pièce réinterprètent d’autres morceaux du compositeur.

Pièce touchante et engagée, Tauberbach apparaît comme un monde hors du monde et pourtant profondément ancré par son engagement dans la réalité. Avec cette dernière création, Alain Platel met une nouvelle fois à nu l’humanité face à ses démons intérieurs sans cesser pour autant de la magnifier. 

Élise Ternat


Tauberbach, d’Alain Platel

Concept et mise en scène : Alain Platel

Créé et joué par : Bérangère Bodin, Élie Tass, Elsie de Brauw, Lisi Estaras, Romeu Runa, Ross McCormack

Dramaturgie : Hidegard De Vuyst, Koen Tachelet

Direction musicale, paysages sonores, musique additionnelle : Steeve Prengels

Éclairages : Carlo Bourguignon

Son : Bartold Uytterprost

Décor : Alain Platel et les Ballets C de la B

Costumes : Teresa Vergho

Régisseur plateau : Wim Van de Cappelle

Transport des décors : Luc Loroy, Patrick Legein

Direction de production : Valérie Desmet

Responsable tournée : Steve De Schepper

Maison de la danse • 8, avenue Jean-Mermoz • 69008 Lyon

Site du théâtre : www.maisondeladanse.com

Réservations : 04 72 78 18 18

Vendredi 28 et samedi 29 mars 2014 à 20 h 45

Durée : 1 h 40

29 € | 26 € | 25 € | 22 € | 17 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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