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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 19:37

Tartuffe, nouvel abonné
à la commedia dell’arte


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


La version de « Tartuffe » de la Cie Viva la commedia est énergique mais pas toujours nuancée.

tartuffe lauriane-escaffreLe plateau est disposé selon les caractéristiques propres de la commedia dell’arte, avec en son centre une scène en bois et, de part et d’autre, deux bancs sur lesquels s’assoient les comédiens lorsqu’ils ne jouent pas. Les entrées et sorties de scène se font donc à vue, donnant l’impression, maintenant bien connue, du théâtre en train de se faire.

Il est question ici de l’imposture dont est victime le brave Orgon, sous le charme de Tartuffe, faux dévot qui n’en veut qu’aux biens de la famille. Comment le traître sera démasqué, c’est le fil rouge de la pièce, qui va crescendo. La dernière à avoir les yeux dessillés sera Mme Pernelle, la mère d’Orgon. Entre-temps, il aura fallu qu’Orgon déshérite son fils et que Tartuffe, loin du fameux « Cachez ce sein que je ne saurais voir », parvienne presque à ses fins avec la femme d’Orgon…

C’est bien sûr une mise en garde contre toutes les impostures que la pièce nous propose. Tout le monde en prend pour son grade, les crédules comme les imposteurs. Dans le premier groupe, on trouve Orgon, interprété par Julien Jacob, qui offre quelques coups de gueule très réussis. Plus drôle, Xavier Legat interprète avec talent plusieurs personnages, dont celui de Mme Pernelle, qui mâchonne son dentier entre chaque réplique. Il compose aussi un Valère niais à souhait, un des ces amoureux transis comme on en trouve à la pelle dans le théâtre de Molière et directement inspiré de la commedia dell’arte.

Face à eux se trouvent ces personnages du juste milieu, au discours frappé du sceau du bon sens. À cet égard, Sandrine Moaligou incarne une Dorine gouailleuse, qui est la vraie vedette de tout le début de la pièce. Un peu trop criarde, quand même… Lauriane Escaffre est une séduisante Elmire. Parfois, à travers ses interventions, on devine, au fur et à mesure de la pièce, ce que celle-ci suggère sur le couple qu’elle forme avec Orgon : une histoire parallèle, souterraine, sur ce ménage qui semble se reformer à l’épreuve de l’escroquerie perpétrée par Tartuffe. Enfin, Loïc Renard, avec ses grands yeux et sa peau de lait, est un convaincant Damis, à la joliesse révoltée quand il faut.

Et Tartuffe, donc ? Interprété par Anthony Magnier en personne, il se présente comme un austère curé en soutane et perruque noires, le visage fardé de blanc et noir. Mais la commedia dell’arte ne dispose peut-être pas d’une souplesse psychologique suffisante pour permettre le déploiement de la complexité d’un personnage comme Tartuffe. On voit bien, cependant, qu’il détonne au milieu des autres personnages. Néanmoins, le personnage n’est en définitive ni franchement comique ni franchement inquiétant. Les passages dans lesquels Tartuffe se fait fouetter par un acolyte portant un masque ne sont d’ailleurs pas très convaincants, de même que l’irruption du masque pour le personnage de l’huissier venu saisir les biens d’Orgon au profit de Tartuffe.

En fin de compte, on reste sur l’impression que la pièce est jouée non pas sans enthousiasme, mais comme si une recette (le baume miracle de la commedia dell’arte) était appliquée un peu machinalement, sans véritable invention. L’apport offert par ce parti pris n’est en tout cas pas flagrant, même si l’on passe dans l’ensemble un bon moment. 

Céline Doukhan


Tartuffe, de Molière

Viva la commedia • 16, rue d’Aubervilliers • 75019 Paris

01 77 32 59 18

contact@vivalacommedia.com

www.vivalacommedia.com

Mise en scène : Anthony Magnier

Assistante à la mise en scène : Cécile Mathieu

Avec : Anthony Magnier, Julien Jacob, Sandrine Moaligou, Lauriane Escaffre, Xavier Legat, Julie Gagné-Fasulo, Loïc Renard

Costumes : Daniel Hédouin et Mélisa Léoni

Décor : Stefano Perocco

Masques : Stefano Perocco

Lumières : Damien Gandolfo

Théâtre de l’Oulle • 19, place Crillon • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 86 14 70

Du 8 au 30 juillet 2010 à 15 h 10

Durée : 1 h 35

18 € | 12,50 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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