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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 19:15

Entre ombre et lumière


Par Emmanuel Cognat

Les Trois Coups.com


En marge du festival Don Quijote, festival de théâtre et danse hispaniques organisé chaque année par l’association Zorongo à la fin de novembre, le Café de la danse accueillait samedi 15 décembre dernier la Cie Arrieritos Danza, qui avait obtenu en 2010 le prix du Public du festival. À travers un florilège de leurs morceaux chorégraphiques les plus mémorables, c’est à une très belle rencontre entre le flamenco et la danse contemporaine que la compagnie espagnole nous a conviés.

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« Tablaos, fiestas y saraos » | © D.R.    

Imaginez le splendide plateau du Café de la danse, avec son immense mur de pierres apparentes en fond de scène. Des feux aux couleurs chaudes, posés à même le sol, peinent à dissiper l’obscurité qui y règne et jouent avec les volutes d’une fumée diaphane. Dos au public, cinq personnages sont assis sur des tabourets. Habillés de longs manteaux fort éloignés des costumes de la tradition flamenca, ils s’animent soudain au rythme d’une musique aux accents rap et groovy. Très chorégraphiés, parfaitement synchronisés, les mouvements lents mêlent aux passes traditionnelles des adages * beaucoup plus contemporains.

Le ton est dès lors donné. La Cie Arrieritos Danza pratique le flamenco contemporain, et ce n’est pas un vain mot. On sent dans chaque chorégraphie un travail formel approfondi. Les danseurs puisent dans les deux pratiques un matériau qu’ils fondent habilement pour créer une danse hybride, puissante, souvent belle, et toujours émouvante. Et ce, quels que soient les univers explorés, qui seront d’ailleurs nombreux au fil de la représentation. De la chorégraphie de groupe initiale à la danse à deux, derrière laquelle on devine les sévillanes andalouses comme lointaines inspiratrices, en passant par des instants beaucoup plus sensuels, dont un très beau corps à corps au sol, très contemporain, le spectacle nous fait suivre le fil des recherches passées de la compagnie.

Un riche métissage

C’est d’ailleurs là le seul point faible de la prestation des Arrieritos, car cet enchaînement de leurs meilleurs moments chorégraphiques manque forcément un peu de cohérence sur le fond, malgré un travail notable sur les transitions. La forme prime ici grandement toutefois, et sa ligne directrice, elle, ne dévie pas d’un cheveu. On apprécie de plus, malgré des chorégraphies très écrites et précises, que des espaces aient été préservés pour l’improvisation, ou du moins l’idée de celle-ci, si essentielle à la restitution de ce qui fait la force et la spontanéité des danses andalouses.

Finalement, le spectacle culmine avec un double duo, dans lequel les couples évoluent sur des espaces scéniques différents, disposés en diagonale et matérialisés au sol par des effets de lumière, l’un ancré de manière assumée dans la tradition alors que l’autre s’engage dans un échange beaucoup plus expérimental. Nulle opposition entre eux toutefois, les deux chorégraphies proposent et se répondent. Et finissent de tendre une passerelle entre deux univers dont le dialogue n’est pas près d’avoir épuisé ses richesses. 

Emmanuel Cognat


* Adage (ballet). En danse classique, l’adage est une suite de mouvements amples exécutés sur un tempo lent.

Le mot, emprunté à l’italien adagio, apparaît vers 1820 dans les théories développées par Carlo Blasis, qui préconise des mouvements liés, recherchant le « moelleux », le « fondu ». Dès lors, les grands maîtres élaborent des exercices et entraînent les danseurs à perfectionner leur technique.

Durant les cours, l’adage permet de contrôler le corps et l’équilibre en exécutant des mouvements comme des arabesques, des promenades, en veillant à la beauté du geste et à la coordination des différentes parties du corps (dont la tête).

Sur scène, l’adage est généralement interprété par deux danseurs, ce qui permet l’introduction de portés ; il doit réaliser une combinaison harmonieuse entre les deux partenaires.

L’adage constitue aussi la première partie d’un pas de deux au xixe siècle ; il est suivi par la variation du danseur, puis de la danseuse, avant la coda qui réunit les deux danseurs.


Tablaos, fiestas y saraos, de Arrieritos Danza

Cie Arrieritos Danza

Site de la compagnie : http://www.arrieritos.com

Avec : Florencio Campo, Tacha Gonzalez, Kelian Jiménez, Elena Santonja, Patricia Torrero

Café de la danse • 5, passage Louis-Philippe • 75011 Paris

Réservations : 01 48 28 79 90 | festival@zorongo.com

Site du théâtre : www.cafedeladanse.com

Site du festival : http://www.zorongo.com/

Samedi 15 novembre 2012 à 20 h 30

Tarif : 20 €

Tarif adhérents (donateurs et amis du festival), groupes scolaires (+ 10 personnes) : 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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