La grossièreté pour toute provocation
Le Théâtre de la Commune reprend deux courtes pièces d’Andrew Payne, créées en septembre 2006 au Petit Montparnasse, dans une mise en scène de Patrice Kerbrat. Chaque volet de ce diptyque interroge à sa façon la fidélité : fidélité à soi, fidélité à l’autre qu’il soit ami, associé, épouse ou maîtresse… L’une peut-elle aller sans l’autre ? Le propos est cru, mais l’interprétation par trop convenue.
e Britannique Andrew Payne est scénariste pour le cinéma et la télévision, notamment de
séries à succès. Autant dire qu’il connaît bien l’univers dans lequel il inscrit Synopsis. Dans cette courte pièce, deux associés doivent dans un délai très court « pisser la
copie » d’un nouvel épisode de Libres d’aimer, un téléfilm pour lequel ils ont déjà été payés. En un mois, d’amis ils deviendront concurrents quand l’un se verra proposer
l’adaptation d’un scénario personnel, alors que l’autre se retrouvera seul, et en panne d’inspiration. Ce « couple » professionnel va se déchirer, se trahir, profiter d’une rupture
pour revisiter son histoire et, au final, retrouver son équilibre pervers. Dans une mise en scène sans artifice, voire d’un réalisme sans imagination, Robert Plagnol incarne un Brian un peu
fumiste et profiteur alors que Benjamin Boyer revêt le costume d’un Alan qui tente en vain de s’émanciper.
Une aventure extra-conjugale
Squash, la seconde pièce, se veut plus provocatrice. Greg et Ryan, deux traders, se retrouvent chaque semaine, sans leur épouse respective, pour faire une partie de squash. Dans les vestiaires, simplement évoqués par des bancs et des armoires métalliques, ils échangent des nouvelles sur leur boulot, leur vie de famille… Mais, à un moment, l’un demande à l’autre de lui servir d’alibi pour une aventure extra-conjugale. Jusqu’à quelles compromissions leur amitié les poussera-t-elle ? De complicité en désir de changement, c’est d’une véritable descente aux enfers sexuels qu’il s’agit bientôt, où amour et sexe ne font pas toujours bon ménage. Sans ambages, Squash ne fait qu’opposer l’ennuyeuse fidélité amoureuse à l’excitation d’un désir plus animal. La crudité verbale semble bien être sa seule provocation…
Les deux pièces, au scénario de sitcom, abusent ainsi d’un vocabulaire de télé-réalité, d’une grossièreté gratuite et lassante à force de répétition, abusant des « putain ! », « à chier » et autres « bordel ! ». Leur mise en scène est d’un réalisme sans surprise. Mais c’est surtout la distribution des rôles qui est étrangement monotone : Robert Plagnol incarne dans les deux cas un jouisseur vulgaire et égocentrique alors que son comparse, Benjamin Boyer, un pépère plein de bon sentiments, suiveur, et facilement manipulable. C’est à se demander si les rôles qui leur sont attribués, et qu’ils jouent honorablement, sont les seuls de leur répertoire. Il aurait pourtant été tellement signifiant qu’ils s’échangent leur costume durant l’entracte, donnant plus de complexité et d’ambivalence à leurs personnages. ¶
Olivier Pradel
Les Trois Coups
Synopsis et Squash, d’Andrew Payne
Traduction et adaptation : Vanessa Chouraqui, Robert Plagnol
Texte publié à L’Avant-scène théâtre, coll. « Les Quatre-Vents », en 2006
Mise en scène : Patrice Kerbrat
Scénographie : Jean Haas
Avec : Benjamin Boyer (Alan, Greg), Robert Plagnol (Brian, Ryan)
Lumière : Laurent Béal
Son : Michel Winogradoff
Costumes : Maïka Guézel
Direction technique : Serge Serrano
Régie générale : Alexis Jimenez
Régie lumières : David Pasquier
Régie son : Géraldine Dudouet
Régie plateau : David Gondal
Habilleuse : Violaine Cazenove
Chef électricien : Siegfried July
Photo : © Victor Tonelli/Artcomart
Théâtre de la Commune • petite salle • 2, rue Édouard-Poisson • BP 157 • 93304 Aubervilliers cedex
Réservations : 01 48 33 16 16
Du 4 au 21 novembre 2009, mardi et jeudi à 20 heures, mercredi, vendredi et samedi à 21 heures (le mercredi 11 novembre à 16 h 30), dimanche à 16 h 30, relâche le lundi
Durée : 1 h 40
30 € | 22 € | 16 € | 12 € | 11 € | 5 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à « Paris-Match », « les Échos », « Politis », « le Magazine littéraire », « l’Avant-scène Théâtre »…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, « Pariscope », rubrique “Théâtre”
« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, « Rue 89 », blog “Balagan”
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