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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 20:32

« Les choses, même
les sculptures, sont des tas suspects »


Par Sébastien Gazeau

Les Trois Coups.com


Quelques jours après « Kaïros, sisyphes et zombies », chroniqué sur ce site, Oskar Gòmez Mata, toujours au Carré, présentait sa dernière création au titre tout aussi énigmatique : « Suis à la messe, reviens de suite ». En l’attendant, ses acteurs, avec la même débauche d’énergie, nous ont dispensé une leçon de choses pas très catholique.

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« Suis à la messe, reviens de suite » | © Christian Lutz

Une phrase, parmi des centaines entendues durant près de deux heures : « Chaque personne porte en elle une énigme ». Parole de sage s’il en est, mais bien insatisfaisante. Ce qui est excitant, en revanche, c’est de se colleter avec cette énigme et, tant qu’à faire, avec le mystère de l’humanité tout entière. Dont acte. Avec sa démesure habituelle, Oskar Gòmez Mata poursuit sa quête humaniste en se demandant comment ça marche un homme aujourd’hui. Scientifique à sa manière, sa méthode est simple : organiser la confrontation entre quelques spécimens vivants issus de notre époque matérialiste et leurs concurrents directs, soit un ensemble d’objets en tout genre qui semblent mus par une force propre. De là, on pourra en déduire ce qui distingue les hommes des choses et, qui sait, en tirer quelques lois générales.

Dans une longue salle du Carré spécialement aménagée pour assister à la démonstration du jour, cinq comédiens de L’Alakran vont donc faire l’expérience des choses en se solidarisant avec elles. Exemples : un homme s’assoit sur une chaise animée d’un tremblement mécanique, qui va teinter son chant d’un envoûtant vibrato ; un autre, interprété par Nicolas Leresche, après avoir pris du bon temps avec un objet vibrant non identifié, va se trouver pris d’une frénésie qui rappelle étrangement ce qui se passe sur certains plateaux de télévision. On retrouve dans ce numéro époustouflant de maîtrise et de lâcher-prise le souci d’Oskar Gòmez Mata pour l’outrance et la caricature. Une caricature qui fait mouche si l’on en croit l’hilarité générale, puis le malaise, qui s’instaure parmi les spectateurs littéralement bousculés par l’acteur. Qui, à défaut de sortir réellement de ses gonds, déborde régulièrement les limites d’un espace scénique devenu incertain. Conséquence logique d’un tel ramdam : tout finit par s’effondrer : le banc sur lequel sont assis les comédiens, mais aussi le bon sens qui fait dire à cet animateur déjanté que « la pizza, c’est ça qui nous réunit certainement » !… Fin de la première partie.

L’énergie du désespoir

La démonstration et l’enseignement qu’on en tire sont éloquents. Mais, et c’est pour nous un défaut qui constitue pourtant la marque d’Oskar Gòmez Mata, la leçon se poursuit, assez bavarde malgré le souci de faire rire. Certes, aujourd’hui, « on ne peut plus imaginer un acte spirituel ou abstrait si ce n’est pas de façon mécanique ». Mais pourquoi l’expliquer platement alors que la scène précédente vient de l’exposer avec un sens de l’absurde si réjouissant ? Faut-il, même si c’est pour s’en moquer et les retourner à son profit, recourir ensuite aux procédés d’une projection type Power Point, parodier une vague séquence de télé-évangélisation ou de mauvais film de science-fiction, pour dispenser des messages ? Cette tendance au didactisme un rien potache est irritante, même s’il faut peut-être au moins cela pour dénoncer et se démarquer « des bouchefermées » et redire le profond désespoir dont ce spectacle est porteur. Celui de toutes les personnes victimes, malgré la conscience qu’elles en ont, d’une société où les êtres humains sont appelés à devenir des choses, une « nourriture vivante » donnée en pâture au système. Reste l’énergie du désespoir. Et, sur ce point, Oskar Gòmez Mata et L’Alakran n’ont de leçon à recevoir de personne… 

Sébastien Gazeau


Suis à la messe, reviens de suite, d’Oskar Gòmez Mata

Cie L’Alakran

Conception et mise en scène : Oskar Gòmez Mata

Textes : Oskar Gòmez Mata et Antón Reixa

Avec : Michèle Gurtner, Nicolas Leresche, Esperanza Lòpez, Olga Onrubia, Valerio Scamuffa

Assistante à la mise en scène : Muriel Imbach (bourse de compagnonnage État de Vaud et Ville de Lausanne)

Création lumières : Daniel Demont

Responsable technique et régie lumières : Loïc Rivoalan

Création sonore : Andrès Garcia

Régie son : Christophe Bollondi

Costumes : Isa Boucharlat

Dispositif scénique : Claire Peverelli et Oskar Gòmez Mata

Collaborations artistiques : Delphine Rosay et Alexandre Joly

Chargée de production : Barbara Giongo

Administration : Sylvette Riom

Coproduction : Cie L’Alakran, Grü/Théâtre du Grütli, Festival de la cité (Lausanne), le Centre Pompidou/Les spectacles vivants (Paris), Bonlieu, scène nationale d’Annecy, le festival Mapa (Catalogne), L’Arsenic (Lausanne), Gessnerallee (Zurich)

Avec le soutien de Pro Helvetia, fondation suisse pour la culture ; Organe genevois de répartition de la loterie romande ; Migros-Pour centculture, Ernst Göhner Stiftung, le fonds d’encouragement à l’emploi des intermittents genevois, la Fondation de bienfaisance de la banque Pictet, le Théâtre Saint-Gervais (Genève)

Le Carré • place de la République • B.P. 22 • 33165 Saint-Médard-en-Jalles cedex

Réservations : 05 57 93 18 93 et sur www.lecarre-lescolonnes.fr

Jeudi 27 et vendredi 28 janvier 2011 à 20 h 30

Durée : 1 h 50

21 € | 16 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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